«La petite anecdote de…»: Simon Predj, qui s'exprime face à l'injustice | Bible urbaine

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«La petite anecdote de…»: Simon Predj, qui s’exprime face à l’injustice

«La petite anecdote de…»: Simon Predj, qui s’exprime face à l’injustice

Le courage de prendre la parole pour briser le silence

Publié le 23 novembre 2020 par Vincent Gauthier

Crédit photo : François Couture

Chaque semaine, Bible urbaine demande à des artistes de tous horizons de raconter une anecdote ludique, touchante ou simplement évocatrice sur un thème inspiré par son œuvre. Cette fois, c’est au tour de Simon Predj de se prêter au jeu! Avec son premier recueil de cas réels intitulé La mort en héritage: histoires vraies et insolites de meurtres en famille, l'auteur raconte des histoires vécues effrayantes et épouvantables, en plus de soulever des questions pertinentes sur la nature humaine. Aujourd'hui, il nous raconte une anecdote choc qui lui a fait réaliser l'importance de s'exprimer et de dénoncer l'injustice lorsqu'elle croise notre route. Un texte poignant et important, la preuve:

Je me souviens, je devais avoir à peine 20 ans, mon père m’avait raconté quelque chose de troublant. Une affaire d’enfants maltraités. Rien de très violent ou de sexuel, mais tout de même assez fort pour marquer ces enfants et leur laisser des séquelles psychologiques pour la vie.

Ce qui m’avait le plus choqué c’est l’origine de cette anecdote: elle était arrivée au sein de ma propre famille.

Ce n’était pas des gens proches de moi. Plutôt des cousins lointains que j’ai rencontrés seulement deux ou trois fois. Mon père ne m’avait partagé que des bribes infimes des évènements. Lui-même n’en connaissait pas tous les détails. C’est probablement mieux ainsi, car j’y pense encore parfois. Ça m’habite.

Sur le coup, j’ai ressenti de la colère. Je ne voulais plus jamais croiser le responsable. J’essayais de comprendre comment une personne pouvait aussi mal agir avec ses propres enfants et je n’y arrivais pas. Les évènements me dépassaient. J’ai ressenti une grande pitié pour ces jeunes, une tristesse que je n’avais pas le pouvoir de résoudre.

J’ai l’âme du justicier. J’ai toujours été comme ça. Les injustices m’enragent, c’est plus fort que moi. J’avais des fantasmes de vengeance envers ce membre de ma famille que je connaissais à peine. À mes yeux, c’était mon devoir de dénoncer. Mais je doutais, car je ne connaissais pas le fond de l’histoire, que de minuscules informations qui pouvaient bien avoir été déformées à la façon du téléphone arabe.

J’avais malgré tout un malaise. Comme si une responsabilité venait avec cette histoire. J’avais le sentiment profond que je devais faire quelque chose de cette information troublante, mais quoi? Qui suis-je pour m’en mêler? Je me considérais trop loin dans la chaîne pour agir, trop loin pour confirmer une quelconque culpabilité, trop loin pour être pris au sérieux. Alors, comme beaucoup trop d’entre nous, et comme ça arrive trop souvent lorsqu’une situation similaire survient, je n’ai rien fait.

Depuis, je me demande encore si j’aurais dû. Est-ce que mon mutisme est synonyme d’endossement? Cette simple pensée ne m’a jamais complètement quitté. Ces situations arrivent encore beaucoup trop souvent. Lorsque nous sommes témoins de gestes condamnables, nous savons tous que ce que nous devrions faire, c’est dénoncer. Mais nous préférons rester prudents. Nous ne voulons pas tirer des conclusions trop hâtives. Nous doutons. Nous refusons trop souvent d’accepter que des gestes inhumains puissent avoir lieu près de nous, même lorsque ceux-ci nous sautent aux yeux. Nous nous fermons comme des huîtres et nous préférons éviter de nous mêler de la vie des autres. Nous n’osons pas interférer et nos craintes nous bâillonnent. Le silence est le complice des cas d’abus.

Les histoires que je raconte dans mon podcast Ars Moriendi sont parfois très dures et difficiles à entendre. Et croyez-moi, elles sont tout aussi difficiles à écrire. Mais j’ai le sentiment qu’en relançant ces horreurs, en propageant ces terribles affaires criminelles, je perpétue les leçons qui en découlent. Il est important pour moi de ne pas seulement raconter le sensationnalisme de ces cas. Je tente, au mieux de mes compétences, de soulever une réflexion, sans toutefois donner toutes les réponses à l’auditeur. Il doit, selon moi, analyser lui-même l’histoire en suivant la piste que je propose au rythme de mes mots, et de son côté, armé de son propre vécu, il peut arriver à en déceler une leçon sur la nature humaine.

L’impact de ces histoires n’est pas à négliger. Ce sont des contes moralistes pour adultes. Elles nous font réfléchir et nous aident collectivement à éviter qu’elles se répètent… parfois. J’ose le croire. Mon podcast est en quelque sorte ma rédemption. Ça n’a jamais été intentionnel toutefois. À la base, je souhaitais uniquement créer un show humain et éviter les pièges dans lesquels tombe trop souvent ce genre d’émission. Il était important pour moi de respecter les victimes, les coupables de même que les auditeurs. Mais ce que je réalise avec le temps, c’est à quel point Ars Moriendi m’a transformé, à quel point il m’a appris à apprivoiser ma sensibilité, à quel point il m’a fait grandir. Il a fait de moi une meilleure personne.

En perpétuant la mémoire de ces vies brisées, j’ai le sentiment de briser le silence en quelque sorte. Je n’ai pas parlé lorsque mon père m’a raconté ces tristes évènements qui assombrissent l’histoire familiale. Ce n’était probablement pas mon rôle que celui de me mêler de cette histoire. Mais je le regrette quand même. Je refuse de faire cette erreur à nouveau. Je ne garderai plus jamais le silence. Au contraire, j’ai envie de hurler.

C’est un peu ce qu’Ars Moriendi m’apporte: une tribune pour faire ma part en ouvrant une réflexion sur ce que nous sommes et pour sensibiliser mon prochain, du mieux que mon vécu me le permet, sur les côtés plus ténébreux de la nature humaine. Avec un peu de chance, j’en inciterai d’autres à hurler, le jour où ils douteront à leur tour.

Le silence et l’indifférence sont des lames à double tranchant bien affilées pendant au-dessus des têtes des moins héroïques!

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Le premier recueil de nouvelles de Simon Predj, La mort en héritage: histoires vraies et insolites de meurtres en famille, est disponible dès maintenant dans toutes les bonnes librairies. Cliquez sur l’image ci-haut pour en savoir plus! Vous pouvez lire d’autres petites anecdotes juste ici.

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