«Le chasseur de lapins» de Lars Kepler | Bible urbaine

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«Le chasseur de lapins» de Lars Kepler

«Le chasseur de lapins» de Lars Kepler

Un thriller psychologique d’une effroyable intelligence

Publié le 27 juin 2018 par Éric Dumais

Crédit photo : Actes Sud, collections Actes noirs

Je me souviens encore – comme si c’était hier, de l’horrifiant prologue du roman Désaxé où l’on assistait à une mise en scène macabre d'une femme retrouvée morte dans sa cuisine, assise par terre avec la bouche entrouverte, décédée des suites d'une hémorragie causée par des coups de couteau d'une violence inouïe. Qui peut écrire de pareilles histoires? Soufflé, je m'étais bien vite questionné sur la signification de cet étrange sobriquet qu’est Lars Kepler. Le quatrième de couverture a répondu en soi à ce que mon intuition croyait alors: c’est le pseudonyme d’un couple de Suédois, Alexander et Alexandra Ahndoril, qui ont transposé leur complicité d’amoureux pour tisser des histoires à dormir debout. Après Le Pacte, Incurables, Playground et, il y a déjà huit ans de cela, L’Hypnotiseur, Lars Kepler explore cette fois l’imagination tordue d’un tueur en série à l’aide, en trame de fond, d’une effroyable métaphore sur l’acte d’être «pris comme un lapin».

«Les lapins courent plus vite que les renards simplement parce qu’ils courent pour survivre» – Franck Thilliez

Lars Kepler n’a rien à envier à leurs compatriotes suédois Erk Axl Sund ou Camilla Läckberg. Avec cet art de bien dresser la table avec autant de conviction, j’avoue qu’ils ont un don assez naturel pour accrocher notre attention et nous garder captifs – nous aussi, comme des lapins.

En effet, avec ce septième roman à paraître chez Actes Sud, dans la collection Actes noirs, on suit à titre de spectateurs témoin une jeune escorte du nom de Sofia Stefansson, qui se rend dans la commune de Djurshol, près de la baie de Germaniaviken pour y rencontrer son client, qu’elle connaît uniquement sous le sobriquet Wille. Au commencement, leur discussion va bon train, mais de fil en aiguille, une tension délicate s’installe, comme si le courant ne passait qu’à moitié, comme si ce Wille, qui plus est prêt à payer cinq fois le prix pour libérer ses plaisirs charnels, devenait de plus en plus étrange, de plus en plus déplacé. Et avant que leur partie de jambes en l’air ne tourne va réellement au cauchemar, quiconque – y compris votre cher lecteur, ne se serait attendu à voir surgir, au rez-de-chaussée, un être prêt à tout pour satisfaire sa vengeance, un vengeur prêt à tuer jusqu’au dernier ces lapins qui lui ont fait du mal par le passé. Le tueur de lapins a des comptes à régler, et Wille n’est que la première proie à être prise au piège.

On retrouve avec bonheur, dans cette récente histoire, l’inspecteur vedette Joona Linna, qui purge actuellement une peine de prison de vingt-trois mois au centre pénitentiaire de Kunla, à Stockholm, de même que l’exquise Saga Bauer, toujours celle qui fait tourner toutes les têtes, de la Säpo de Solna. Ensemble, et avec l’aide de collègues de la Säkerhetspolisen (le service de la sûreté de l’État suédois), ils tenteront au mieux de révéler le vrai visage de ce tueur de lapins, qui vise des hauts placés de la société suédoise pour les faire tomber un à un. Bien vite, ils comprennent qu’un point central les relie tous, mais lequel? C’est évidemment LA bonne question à laquelle personne ne peut répondre, sauf que le temps est compté.

Dans ce polar de cinq-cent-soixante-sept pages, qui se lit en quelques jours à peine, on assiste à une construction narrative plutôt efficace, qui alterne les histoires en parallèle pour bien maintenir le suspense en place. Point fort de ce nouveau récit avec, sous les projecteurs, l’inspecteur Joona Linna: c’est définitivement leur brillante idée d’avoir réussi à se servir de lui, et ce, même s’il est incarcéré. Quant à Saga Bauer, sa présence est peut-être trop secondaire, sauf que la multitude de personnes qui traverse Le chasseur de lapins excuse sa présence quelque peu effacée. Autre atout au niveau narratif: sur plusieurs centaines de pages, on assiste à l’enquête complexe sans savoir du tout qui est le tueur, sauf que lorsque Lars Kepler nous le dévoile, c’est de manière diablement subtile alors qu’ils remplacent «Le tueur de lapins» par… son vrai nom. Vous croyiez réellement que j’allais vous donner la réponse tout cru dans le bec? Mais voyons!

Pour conclure, et si j’avais à offrir un seul bémol, c’est définitivement les péripéties finales, qui auraient pu être raccourcies pour mieux condenser l’action, ainsi qu’un coup de théâtral final qui nous laisse plus sur notre faim que perplexe comme je l’ai été. Car de mon côté, je suis resté sur un point d’interrogation gros comme ça avec une finale que je ne comprends guère. Peut-être pourrez-vous m’expliquer, cher lecteur? J’ai dû louper un détail…

Si vous aimez les histoires de longue haleine desquelles résultent ce sentiment d’avoir vécu une montagne russe d’émotions – entre cet effroi et cette excitation d’avoir été le témoin d’actes abominables, vous passerez un bon moment de divertissement avec Le chasseur de lapins, croyez-moi. Je l’ai même préféré à L’Hypnotiseur qui a pourtant connu un succès fou et qui a même eu droit à son adaptation cinématographique. Si vous voulez un avis honnête, on tient ici une histoire plus palpitante encore.

«Le chasseur de lapins» de Lars Kepler, Actes Sud, collection Actes noirs, 567 pages, 39,95 $.

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