«Le ciel de Bay City» de Catherine Mavrikakis | Bible urbaine

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«Le ciel de Bay City» de Catherine Mavrikakis

«Le ciel de Bay City» de Catherine Mavrikakis

Mise en récit d'une mémoire chaotique

Publié le 30 mars 2016 par Valérie D'Auteuil

Crédit photo : Éditions Héliotrope

Il y a de ces romans poignants qui ne laissent pas indemne. Le ciel de Bay City de Catherine Mavrikakis, publié chez Héliotrope en 2008, raconte l’histoire troublante et fragmentée d’Amy, fille d’immigrants juifs français qui, après la Seconde Guerre mondiale, se sont établis au Michigan dans une banlieue ennuyante mais dont le ciel est gonflé des cendres des morts de l’Histoire.

Comment vivre lorsqu’on a survécu à notre naissance? C’est le dessein dont est affublée la protagoniste du roman Le ciel de Bay City de Catherine Mavrikakis. À travers la narration elliptique, on découvre une adolescente ravagée et littéralement hantée par les morts de sa famille, puis une adulte lucide. Le soir de son anniversaire, le 4 juillet 1979, Amy, alors adolescente troublée, met le feu au bungalow familial de Bay City et devient la seule survivante de sa lignée, répétant ainsi l’histoire des camps de concentration où ses grands-parents maternels ont perdu la vie. Elle entre alors dans une longue période d’errance solitaire marquée par un désir de faire violence au ciel ravageur par son métier de pilote de ligne. C’est avec la naissance de sa fille, Heaven, qu’Amy accepte de laisser une certaine lumière salvatrice pénétrer sa vie.

Catherine Mavrikakis tisse au fil des pages du roman une histoire touchante et aborde des thèmes qui lui sont chers, soit le deuil, la filiation et le passé. On y sent à la fois la soif de recommencement, motif si évocateur dans les romans ayant pour thème l’Amérique des immigrants, et une volonté d’en finir avec le passé, de faire table rase de la mémoire par le feu purificateur. Avec l’histoire d’Amy, l’auteur parvient à faire vivre au lecteur le poids de la survivance et l’indifférence du ciel devant les horreurs de la guerre. Si le roman semble ressasser certains éléments thématiques, cet effet de circularité s’inscrit toutefois dans le ton de l’œuvre. La lecture du roman peut sans doute parfois devenir lourde et saccadée pour le lecteur, et Mavrikakis laisse quelque peu ce dernier avec des questions en suspens, mais il faut également apprendre à ne pas tout recevoir d’un roman et à se laisser prendre au jeu des temporalités, jeu tout à fait symptomatique de la mémoire d’une narratrice qui ne semble pas toujours des plus fiables.

Récit vibrant qui ne laisse personne indifférent, avec Le ciel de Bay City, Catherine Mavrikakis préparait sans doute le terrain pour un roman tel que La balade d’Ali Baba, sorti à l’automne 2014, qui guidait le lecteur sur la route de l’américanité et des fantômes du passé.

«Le ciel de Bay City» de Catherine Mavrikakis, Éditions Héliotrope, 14,95 $.

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