«L'économie participaliste» de Pascal Lebrun | Bible urbaine

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«L’économie participaliste» de Pascal Lebrun

«L’économie participaliste» de Pascal Lebrun

Réflexion sur une alternative au capitalisme

Publié le 5 janvier 2015 par Audrey Neveu

Crédit photo : Lux Éditeur

Sortir du moule du capitalisme n'est pas chose facile. Imaginer un système différent, sans tomber dans le spectre du communisme, encore plus difficile. L'économie participaliste - Une alternative contemporaine au capitalisme, par Pascal Lebrun et publié chez Lux Éditeur, propose une synthèse francophone de cette solution alternative. Autogestion, égalité des sexes, conscience environnementale, les valeurs à conjuguer sont nombreuses, mais l'exercice de pensée est fort utile.

Développée par Michael Albert et Robin Hahnel aux États-Unis, la thèse de l’économie participaliste, ou écopar, propose une organisation de la société basée sur l’égalité et la transparence. Les citoyens sont principalement regroupés en conseils de travailleurs et de travailleuses (CTT) et en conseils de consommation (CC). Les CTT organisent et mettent en oeuvre la distribution des biens de consommation, tandis que les CC comptabilisent et planifient la consommation pour les citoyens pour l’année. Les lieux de travail fonctionnent en autogestion, soit sans hiérarchie. Les décisions sur la planification de la consommation des CC sont prises à l’échelon le plus local possible (ex. un conseil de rue) et sont ensuite approuvées à chaque échelon jusqu’au Conseil national.

Sans tomber dans l’économie planifiée du communisme soviétique, on tente ici de conjuguer planification avec démocratie, dans le but évident d’éviter le gaspillage éhonté des ressources par le capitalisme. On veut aussi supprimer les inégalités de toutes sortes. Par exemple, un médecin devrait faire de l’entretien ménager afin de ne pas s’accaparer un seul emploi qui accorde pouvoir et prestige. Également, un citoyen qui désire travailler moins le peut, tant qu’il accepte que sa consommation doive diminuer proportionnellement. L’effort au travail, notion cruciale, est calculé différemment s’il s’agit d’une mère monoparentale de deux enfants ou d’un jeune homme célibataire en pleine santé. Moult petits détails viennent donner une richesse et une complexité à cette alternative économique.

Doctorant en science politique à l’Université d’Ottawa, Pascal Lebrun s’est donné comme défi de rassembler en une seule œuvre tous les écrits d’importance sur l’écopar et ses critiques. Loin d’être une panacée, l’écopar comporte encore plusieurs lacunes qu’il importe de combler. Les sphères qui restent à élaborer selon la logique de l’écopar sont nombreuses, notamment l’organisation de la sphère privée et de la vie familiale. Or, si personne ne se donne la peine de les identifier et de faire l’effort d’y réfléchir, elles ne se combleront pas seules. Ici, Pascal Lebrun fait preuve d’une distance critique qui sert fort bien sa cause.

Bien qu’il soit petit, l’ouvrage est parfois lourd à lire et demande clairement temps et investissement. On aimerait que l’auteur y suggère des pistes de réflexion plus poussées, même s’il a choisi de ne pas remplir ce rôle. Cet exercice de pensée est difficile, mais nécessaire et rafraîchissant. Il rappelle que le capitalisme n’est pas forcément la seule voie et que pour trouver une alternative, il faut prendre la peine de s’atteler à cette tâche ardue de réflexion, de pensée critique et de confrontation des idées. Fouillé, sans complaisance ni démonisation du capitalisme, L’économie participaliste de Pascal Lebrun remplit bien sa mission.

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