«L'entrevue éclair avec...» Daniel Bordeleau, auteur de Bombardier. La chute d’un géant | Bible urbaine

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«L’entrevue éclair avec…» Daniel Bordeleau, auteur de Bombardier. La chute d’un géant

«L’entrevue éclair avec…» Daniel Bordeleau, auteur de Bombardier. La chute d’un géant

Les Québécois sont en droit de comprendre ce qui s'est (réellement) passé

Publié le 16 février 2021 par Éric Dumais

Crédit photo : Lise Malo

Dans le cadre de «L’entrevue éclair avec…», Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à une personnalité publique afin d’en connaître un peu plus sur sa personne, son parcours professionnel, ses inspirations, et bien sûr l’œuvre qu’il révèle au grand public. Aujourd’hui, nous avons jasé avec le journaliste spécialisé en économie Daniel Bordeleau, qui vient de faire paraître l'ouvrage Bombardier. La chute d’un géant aux Éditions Fides.

Daniel, vous êtes un journaliste spécialisé en économie. Durant 25 ans, on a pu vous voir et vous entendre sur les ondes de la Société Radio-Canada, en plus de vous lire dans le journal Les Affaires, Le Devoir et la revue Protégez-vous. D’où vous est venue cette passion pour ce domaine, et qu’est-ce qui vous a motivé à en faire votre métier?

«Devenir journaliste était un rêve d’adolescence. À cette époque, nous habitions à Longueuil et mes parents avaient un ami, Teddy Chevalot, journaliste à La Presse, qui était souvent invité à la maison. Teddy publiait alors une série d’articles sur la corruption qui sévissait à Ville Jacques-Cartier. Il est rapidement devenu un modèle pour moi. Par la suite, étudiant au Collège Sainte-Marie, je me suis joint aux rédacteurs du journal du collège.»

«À la fin de mes études en science politique, j’ai cherché sans succès un emploi en journalisme. J’ai été embauché au service des communications du recensement de Statistique Canada. Quelques années plus tard, j’ai postulé comme journaliste à la station de radio CIEL-MF (98,5) à Longueuil. Stéphane Venne, le compositeur et chansonnier, qui mettait alors cette entreprise sur pied, m’a immédiatement engagé comme directeur, et seul employé, du service des Affaires publiques de la station. Ce fut le début de ma longue carrière de journaliste.»

Le 8 février, vous avez levé le voile sur votre livre, Bombardier. La chute d’un géant, paru aux Éditions Fides. Dans cet essai de 200 pages, vous dressez un constat sévère de la situation actuelle de Bombardier. Pouvez-vous partager les raisons profondes qui vous ont forcé à écrire un livre à ce sujet? On est curieux!

«J’ai commencé à suivre Bombardier il y a plus de vingt ans quand j’étais journaliste à l’émission Les affaires et la vie. À cette époque, Bombardier venait d’acheter le manufacturier d’équipement ferroviaire allemand Adtranz et il commençait à réfléchir à un nouvel appareil pouvant succéder à ses avions régionaux. J’ai donc suivi de près la croissance de Bombardier. Et même si les journalistes doivent demeurer neutres face à leur sujet, je n’ai pu m’empêcher d’admirer l’audace de cette compagnie, notamment en ce qui concerne la C Series.»

«Comme beaucoup de Québécois, j’ai été extrêmement déçu par le tragique dénouement de cette aventure. Comment autant d’espoirs, d’efforts et d’argent ont-ils pu être réduits à néant? Ce ne pouvait pas être simplement la chance qui avait tourné. Je sentais le besoin de comprendre et d’expliquer ce qui s’était passé, et mon essai en est le résultat.»

«À mon avis, comme tous les Québécois et toutes les Québécoises ont investi dans Bombardier par l’entremise de la Caisse de dépôt et placement du Québec, ils étaient aussi en droit de comprendre ce qui était arrivé.»

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Bien sûr, avec ce livre qui arrive à point nommé avec l’actualité québécoise, vous offrez la chance à vos lecteurs de mieux comprendre les enjeux de Bombardier, l’une des industries les plus importantes du Québec. Pouvez-vous nous résumer quelles sont les lignes directrices que vous y évoquez?

«Mon analyse révèle que cinq erreurs de gestion majeures ont entraîné la chute de Bombardier. Tout commence avec la diversification dans le secteur ferroviaire, qui n’a pas produit les résultats escomptés. Des problèmes récurrents de contrôle de qualité ont entraîné des coûts considérables qui se chiffrent en milliards de dollars américains et qui ont plombé les résultats de Bombardier.»

«Deuxièmement, les avions C Series sont magnifiques, mais ils étaient trop petits pour répondre aux besoins du marché. Les ventes n’ont donc pas été à la hauteur des espoirs de la direction. Troisièmement, le développement de ces avions a coûté deux milliards de dollars de plus que prévu.»

«Quatrième erreur: la compagnie s’est entêtée à développer, parallèlement aux C Series, un avion d’affaires, le Learjet 85, qui a coûté deux milliards et demi de dollars. Malheureusement, ce n’est qu’après huit ans d’efforts que les dirigeants se sont rendu compte qu’il n’y avait aucun marché pour cet avion, et le projet a donc été abandonné.»

«Finalement, il est clair que le conseil d’administration n’a pas su jouer son rôle de chien de garde. Le poids de la famille Bombardier-Beaudoin, qui contrôle l’entreprise grâce à ses actions à dix droits de vote, en est sans doute la principale raison.»

Évidemment, les Québécoises et les Québécois, suite à la nouvelle des récentes mises à pied chez Bombardier, se sont enflammés sur le web récemment, accusant l’industrie d’enrichir ses membres de la haute direction, alors que des centaines de travailleurs ont perdu leur emploi en situation précaire. Qui de mieux placé que vous pour commenter la situation actuelle? On aimerait bien vous entendre à ce sujet!

«En 2019, les salaires de la haute direction de Bombardier totalisaient 23 millions de dollars américains, dont les deux tiers allaient au président-directeur général. De telles rémunérations sont évidemment scandaleuses. Il faut toutefois comprendre que les salaires de la direction ne constituent pas la principale raison de l’écrasement de cette entreprise.»

«La disparition de quatre mille emplois depuis l’été dernier est le résultat d’un enchaînement de mauvaises décisions d’affaires sur vingt ans. Il faut espérer que ces personnes hautement qualifiées trouveront rapidement à se replacer et que l’hémorragie chez Bombardier s’arrêtera enfin.»

Pour finir, si votre éditeur vous donnait carte blanche pour la parution d’un prochain livre, sur quel sujet aimeriez-vous vous pencher, cette fois, et pourquoi?

«Je réfléchis présentement à la question. Au cours des vingt prochaines années, notre société va connaître des bouleversements considérables, liés aux questions environnementales. L’évolution des modes de transport et de la production d’énergie m’intéressent énormément.»

Pour lire nos précédents articles «L’entrevue éclair avec» et faire le plein de découvertes, consultez le www.labibleurbaine.com/nos-series/lentrevue-eclair-avec.

*Cet article a été produit en collaboration avec les Éditions Fides.

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