«Les sangs» d'Audrée Wilhelmy | Bible urbaine

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«Les sangs» d’Audrée Wilhelmy

«Les sangs» d’Audrée Wilhelmy

La troublante hypnotisation du lecteur

Publié le 9 septembre 2013 par Marie-Michèle Martel

Crédit photo : Leméac

Si nos lectures se suivent mais ne se ressemblent pas, celle-ci est encore plus loin de ce que nous avons généralement l’habitude de lire. Audrée Wilhelmy publie cet automne son deuxième roman, Les sangs, chez Leméac Éditeur. Voici une interprétation possible et incomplète d’une véritable expérience de lecture.

Cent-soixante pages auront suffi à Audrée Wilhelmy pour nous secouer un bon coup. Le lecteur entre dans l’univers de sept femmes dont un seul lien les unit: Féléor Barthélémy Rü. Toutes l’ont côtoyé à leur façon, toutes ont goûté à sa jouissance et toutes y ont également connu la mort. Ces femmes y décrivent donc, par le biais de lectures à teneur biographiques, leurs expériences sexuelles, mais aussi leurs souhaits face à la mort. Malgré les rumeurs circulant sur le fait que Féléor serait le présumé meurtrier de ses épouses, de nouvelles femmes se jettent dans ses bras, allant même jusqu’à lui demander de les tuer. C’est le traitement de la passion, mais aussi celui de la mort qui est particulièrement intense dans ce livre.

Au fil des pages, on comprend que la mort n’est pas une fin en soi. Elle participe à la jouissance des femmes de Féléor. Elle se ressent à chaque page, mais n’est pas du tout effrayante. L’approche d’Audrée Wilhelmy implique totalement le lecteur, le poussant même dans le jeu qui se déroule à travers chaque journal. Non seulement témoin, le lecteur y est totalement participant, mais n’a nullement honte de l’être. Il ne veut que dévorer les pages les unes après les autres, un peu comme Féléor a dévoré l’existence de chacune de ses femmes.

Le roman en entier est rédigé sous la forme d’un journal personnel. Les femmes se racontent puis, Féléor Barthélémy Rü s’exprime et apporte ses précisions quant aux véritables faits ou souvenirs propres se rapportant à chacune de ses femmes. On y découvre donc toujours une nouvelle facette de la relation, voire de la passion qui les animait jadis.

L’écriture est particulièrement visuelle. Elle rejoint même les lecteurs qui ont plus de difficulté à imaginer les détails ou à sentir l’ambiance des descriptions. C’est la raison pour laquelle la lecture de ce roman est intrigante et ponctuée d’images. Elle nous hypnotise et nous touche. Elle secoue nos perceptions. Qu’on savoure ce roman d’un coup ou qu’on y prend des pauses, les mots puissants nous montrent le pouvoir de la littérature.

Les sangs est un roman qui joue avec la participation du lecteur dans des relations intrigantes, passionnées et parfois inquiétantes. Les sens du lecteur sont constamment en alerte, notamment celui de la vue. Les tableaux se faufilent devant nos yeux à chaque page. Un roman court qui saura hypnotiser le lecteur qui se laissera bercer par ses mots.

«Les sangs» d’Audrée Wilhelmy, Leméac Éditeur, 156 pages, 18,95 $.

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