«Libérer la colère» aux Éditions du remue-ménage | Bible urbaine

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«Libérer la colère» aux Éditions du remue-ménage

«Libérer la colère» aux Éditions du remue-ménage

30 femmes en colère

Publié le 15 mai 2018 par Charlotte Mercille

Crédit photo : Éditions du remue-ménage

La colère est-elle la chasse gardée des hommes? La femme peut-elle exprimer cette émotion sans se condamner socialement? Un collectif de 30 femmes catalysent leurs expériences de cette émotion dans le recueil Libérer la colère, paru aux Éditions du remue-ménage. Activistes, membres de minorités, mères, filles, survivantes, les auteures livrent sans filtre leurs réflexions sur les privilèges, la maternité, le racisme, la santé et la violence qu’on leur demande d’encaisser en silence au quotidien.

Les femmes sont en colère. Elles se l’avouent dans un ouvrage collectif co-dirigé par Geneviève Morand et Natalie-Ann Roy. Libérer la colère détruit le vieil adage «Sois belle et tais-toi». Il déconstruit le mythe de la féministe hystérique ou de la germaine qui perdure dans l’esprit de plusieurs détracteurs du mouvement féministe. Autrement dit, la femme peut être en colère, au même titre que l’homme, et l’exprimer sans nécessairement être perçue comme menaçante ou folle.

La sortie du recueil a toutefois semé la controverse, lorsque, comble de l’ironie, l’une des collaboratrices a été dénoncée comme étant une «harceleuse» et une «agresseuse» par d’autres auteures du collectif. Une pluie d’accusations a inondé la page Facebook des Éditions du remue-ménage, qui publie des ouvrages féministes depuis plus de quarante ans. L’éditeur a finalement retiré les textes signés par la fautive et repoussé la date de lancement officiel vers la fin du mois de mars.

Le recueil s’ouvre sur les célèbres mots de Laurel Thatcher Ulrich: «Well-behaved women seldom make history». À travers les différents thèmes abordés, un constat règne: de la place publique à l’intimité du cocon familial, les femmes apprennent à taire la violence de leurs émotions.

Les témoignages puisent dans un large bassin de réalités sociales culturelles et psychologiques pour montrer que la colère habite comme un corps étranger les femmes, sans qu’elles sachent quoi en faire. La femme qui se fâche n’est pas folle, castrante ni germaine. Elle exprime tout simplement la fureur des injustices accumulées. Elle se donne aussi le pouvoir de nourrir le progrès de la cause féministe. 

Le livre se prête bien au concept de safe space, une zone neutre qui permet de discuter d’expériences de marginalisation. Entre le ton académique et la poésie, il y a un monde de plumes qui colorent les enjeux. Les chapitres se lisent comme on entend une manifestation dans la rue. Un cri de ralliement à la fois, dans la cacophonie organisée d’une révolte trop longtemps réprimée. Libérer la colère n’est pas un livre facile. Bien que les textes soient courts, les implications qui en découlent sont longs à absorber.

À travers leurs tranches d’existence, les auteures nous apprennent que les rôles sexuels sont avant tout une affaire de prestation quasi théâtrale, où les femmes sont confinées dans une palette d’émotions comparativement restreinte à celle des hommes. La colère est étrangère au code social féminin. Les jeunes filles la ressentent, mais ne l’apprennent pas à l’école ni à la maison.

Solidaires, les récits à coeur ouvert font écho dans le vécu de la majorité des lectrices, de la même manière qu’ils donnent aux hommes l’opportunité de mieux comprendre et surtout d’écouter la colère des femmes, au lieu de la minimiser.

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