«mãn» de Kim Thúy | Bible urbaine

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«mãn» de Kim Thúy

«mãn» de Kim Thúy

Souvenirs du Vietnam et amours à sens unique

Publié le 13 avril 2013 par Éric Dumais

Crédit photo : Libre Expression

Après avoir fait paraître le livre à succès Ru en 2009, récompensé par le Prix du gouverneur général en 2010 et vendu à plus de 120 000 exemplaires au Québec, puis À toi, deux ans plus tard, l’auteure québécoise d’origine vietnamienne Kim Thúy emprunte avec mãn la voie de la confidence en nous racontant, toujours sous fond de poésie, la trajectoire d’une immigrante vietnamienne confrontée à ses propres choix et à ses amours à sens unique.

La fillette de neuf ans qui a fui à bord d’un boat people sa terre natale lors de la prise de Saigon par les communistes en 1975 a finalement cédé l’espace littéraire à un protagoniste d’environ dix ans son aîné, qui raconte son arrivée au Québec, de son intégration à son mariage, en passant par ses souvenirs avec sa Maman, à son idylle amoureuse avec un Parisien.

On se retrouve en terrain connu avec cette Québécoise d’origine vietnamienne, qui a elle aussi vécu l’exil d’une terre mouvementée par son Histoire. Aussi réservée que la jeune héroïne de Ru, conservant un torrent de larmes séchées au fond d’elle-même, au contraire de ces pleureuses italiennes qui savent si bien jouer la comédie, celle qui est arrivée à Montréal à l’âge adulte, sans papier et sans identité, vit elle aussi un destin qu’elle n’a pas choisi.

Ainsi, nouvellement résidente du Québec, s’accommodant tant bien que mal aux mœurs et aux valeurs purement québécoises, elle ouvre un pan de son cœur au lecteur, qui se retrouve bercé par les douceurs et délices culinaires de l’Orient, dévoilant au gré de ses envies, ses amours, ses peurs, ses craintes et ses déchirements intérieurs.

Restauratrice de jour, amante de Luc la nuit, le protagoniste nous fait voir, au fil de sa correspondance avec ce Parisien lointain, de surcroît marié, l’inconstance d’un être, mais aussi le besoin et l’envie irrésistible de vivre une vie tumultueuse et non aussi linéaire qu’une piste d’atterrissage.

«J’ai aussi tenté de me duper en qualifiant ma rencontre avec Luc de tragédie, de drame ou de malheur qui m’engouffrait tout entière. Si j’avais été une fervente catholique, j’aurais porté le milice et pratiqué la mortification pour le renoncement à soi-même, pour faire mourir ce désir soudain de vivre, vivre vieille».

Déchirée entre deux réalités, entre deux amours, d’un l’un doit rester tapi dans l’ombre et ne jamais voir la lumière, le personnage de Kim Thúy ressemble en tout point à sa génitrice, à savoir qu’elle ne peut s’empêcher de sauter constamment du coq à l’âne, éparpillant ses souvenirs au gré de ses pulsions, rendant ainsi hasardeuse par moments la fluidité de ce troisième roman.

Ce beau bijou de la littérature québécoise, quoique imprégné des voix immortelles des meilleurs poètes vietnamiens et de la plume gracieuse et imagée de son auteure, aurait mérité une histoire plus linéaire, moins décousue, à l’instar du quotidien réel et non épistolaire de son héroïne. Mais, au final, lire Kim Thúy revient à prendre une pause de ces jours routiniers qui nous dépersonnalisent pour vivre un drame tout en poésie en dehors de notre réalité.

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«mãn» de Kim Thúy, Libre Expression, 145 pages, 24,95 $.

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