«Mercy Mary Patty» de Lola Lafon publié chez Actes Sud | Bible urbaine

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«Mercy Mary Patty» de Lola Lafon publié chez Actes Sud

«Mercy Mary Patty» de Lola Lafon publié chez Actes Sud

Patty dans la vie, Patty dans leurs vies

Publié le 22 novembre 2017 par David Bigonnesse

Crédit photo : actes-sud.fr

Originale est cette idée de propulser Patricia Hearst dans l’univers de la fiction littéraire. «Patty», figure mystérieuse de l’histoire états-unienne, enlevée en 1974 par la SLA, se retrouvera au centre de la vie de trois personnages féminins du nouveau roman de Lola Lafon, Mercy Mary Patty. En utilisant une narration et une construction exigeantes, l’auteure nous amène graduellement à nous intéresser à la fois à l’étrange trajectoire de Hearst ainsi qu’aux relations qui subsistent entre les femmes du récit.

Gene Neveva, professeure américaine, a pour mission de soumettre un rapport pour l’avocat de Patricia Hearst. Cette dernière s’avère être nulle autre que la petite-fille de William Randolph Hearst, richissime homme de presse américain, capturée par une faction révolutionnaire au nom de la SLA (Symbionese Liberation Army) en 1974. Évidemment, une rançon est exigée.

Pour extraire ce qu’il y a de plus pertinent dans cet immense dossier sur la désormais célèbre Patty, son enlèvement et son existence parmi la SLA, l’Américaine décide de solliciter l’aide d’une assistante. L’élue est Violaine, une jeune Française très sérieuse, avec bien sûr des zones d’ombre.

Cela prend plusieurs pages avant de s’habituer au style de l’écrivaine. On constate rapidement que Lola Lafon s’écarte du modèle souvent uniforme qui définit le roman. Elle réussit à faire travailler son lecteur grâce à l’utilisation d’une narratrice qui, tout du long, s’adresse au vous (à Gene Neveva en fait); elle a d’ailleurs lu son essai Mercy Mary Patty qui est sorti en 1977. En fait, elle est sur ses traces, essaie de comprendre ses motivations, sa personnalité, etc. On s’interroge aussi à la fois sur le rôle réel que Patricia Hearst a joué au sein de ce groupuscule extrémiste et celui de Gene Neveva auprès de l’entourage de la petite-fille de William Randolph Hearst.

Il n’est pas toujours aisé de trouver sa place en tant que récepteur dans Mercy Mary Patty. Cette atmosphère de captivité autour du destin de Hearst nous éloigne parfois de l’œuvre. Il faut cependant avouer que dans ce portrait que doit composer Violaine ainsi que Gene Neveva au fil des reconstitutions et assemblages de morceaux de vie de Hearst, notre fascination s’en trouve accentuée. Elle n’est d’ailleurs pas étrangère à celle que nous exerçons à l’égard des personnages insaisissables qui peuplent notre espace médiatique depuis tout temps.

Tout ce qui teinte les interactions humaines est mis en relief par l’auteure de La petite communiste qui ne souriait jamais: les questionnements et doutes des personnages, leurs caractéristiques propres, leurs trajectoires de vie, l’exigence de Gene Neveva envers Violaine, etc.

Lola Lafon a eu l’audace de plonger et de créer à partir d’une matière réelle son œuvre littéraire. Son audace repose aussi sur sa structure, la multiplicité des regards féminins, ainsi que sa narration. Sauf que cette singularité ne rime pas automatiquement avec le sceau d’«œuvre marquante» pour le lecteur.

Au final, nous constatons qu’il est ardu de s’attacher à ses personnages même si leur essence s’avère brillamment portée par les mots.

Mercy Mary Patty de Lola Lafon, Actes Sud, 240 pages, 36,95 $.

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