«Neuf bonnes nouvelles d'ici et une bonne nouvelle d'ailleurs» aux Éditions de la Bagnole | Bible urbaine

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«Neuf bonnes nouvelles d’ici et une bonne nouvelle d’ailleurs» aux Éditions de la Bagnole

«Neuf bonnes nouvelles d’ici et une bonne nouvelle d’ailleurs» aux Éditions de la Bagnole

Paysages d'enfance

Publié le 11 septembre 2014 par Valérie Lachaîne

Crédit photo : Éditions de La Bagnole

Suite au succès de Neuf bonnes nouvelles et une moins bonne, les Éditions de La Bagnole sont de retour avec un même concept de recueil de nouvelles. Cette fois, la «moins bonne nouvelle» fait place à «une nouvelle d’ailleurs», ou plus précisément d’Haïti! Au menu: un chat fan des Bruins de Boston, Lara Fabian, un lac qui engloutit des enfants, des guimauves, Alice et son courage de pirate, un toit d’école, un passionné de photographie et une dame qui traîne son Snoopy comme si sa vie en dépendait.

Faisant partie de la collection Gazoline, ce recueil regroupe dix auteurs autant connus du monde jeunesse (Camille Bouchard, Simon Boulerice) que de la littérature adulte (Perrine Leblanc, Max Férandon, Elsa Pépin). Seule contrainte donnée par l’éditrice Jennifer Tremblay: le lieu, ou plus précisément le paysage québécois. C’est donc sous le ciel de toutes les saisons québécoises et de l’été haïtien que nous pouvons suivre les différents personnages de ces nouvelles, en passant par l’hiver qui tire de la mitraillette sur l’autoroute 20, le printemps et ses visites inattendues, l’été et ses vaches qui ruminent en se foutant de tout, et l’automne avec ses batailles de pommes.

La plus belle plume est sans contredit celle d’Elsa Pépin dans sa nouvelle Les chats disparaissent en silence, qui se veut à la fois suspense et tristesse. L’aisance avec laquelle l’auteure joue avec les mots en est à couper le souffle. Une fillette de 14 ans nous avoue qu’elle est «le fruit d’un ménage sans tempête», ou encore nous parle de la mère de son amie qui est totalement inconsolable, «comme si en avalant tout le sucre de la terre elle accoucherait d’une nouvelle petite fille en pain d’épices ou en chocolat». L’auteur nous dresse là le portrait d’une désillusion, celle de l’amitié qui s’efface avec le temps et du monde de l’enfance qu’on doit finir par laisser derrière nous. En prime: un chat qui s’appelle Chester et des références à Alice au pays des merveilles… de toute beauté!

Monsieur Box, de Kettly Mars, est une très belle nouvelle où l’on peut sentir l’enfance, avec son village et ses bonbons. Elle nous apprend que les apparences sont parfois trompeuses, et nous livre des mots de passionnée de photographie: «Il pouvait même attraper la musique et la garder prisonnière sur ses images». L’empreinte vocale, de Simon Boulerice, est certes très comique (comment ne pas rire avec la présence de Lara Fabian), mais les subtilités qui s’y trouvent s’adressent à un public plus averti.

Petites déceptions: Le caillou, de Perrine Leblanc. Sa plume, habituellement si fine, est ici saccadée et dure à suivre, comme une adolescente qui parle sans arrêt. Même chose avec Trésor de famille de Camille Bouchard. On aurait dit une sorte de remake de la Guerre des tuques dans un verger à St-Joseph-du-Lac. 

Chapeau à Max Férandon avec sa nouvelle Le chat de l’oncle Émile, pour l’humour autant présent dans son texte (un chat qui laisse des post-it!) que dans ses notes de bas de page («mot inventé par l’auteur, qui ne peut se contenter des milliers de mots disponibles dans le dictionnaire»).

Dans l’ensemble, l’écriture est accessible tout en étant recherchée. Le Dossier Gazoline, qui clôt le recueil, aide à la compréhension des nouvelle et lie les sources d’inspirations réelles des auteurs au thèmes fictifs de leurs écrits. L’œuvre s’adresse à des adolescents de 14 ans et plus, ou plutôt à des lecteurs expérimentés, voire audacieux, mais pourrait très bien plaire à tout adulte qui saurait s’y reconnaître. En effet, les auteurs ne prennent vraiment pas le lecteur pour acquis, et c’est sans aucun doute ce qui rend la lecture si agréable.

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