«Dans la peau de...» Annabelle Moreau, rédactrice en chef de Lettres québécoises | Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Annabelle Moreau, rédactrice en chef de Lettres québécoises

«Dans la peau de…» Annabelle Moreau, rédactrice en chef de Lettres québécoises

Nouvelles voix, nouveaux regards

Publié le 19 mai 2017 par Elise Lagacé

Crédit photo : Sandra Lachance

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Cette semaine, nous avons interviewé Annabelle Moreau, qui occupe depuis tout récemment le poste de rédactrice en chef du magazine trimestriel Lettres québécoises.

1. Le milieu de la littérature québécoise est ton monde depuis plusieurs années. Veux-tu nous raconter ton coup de cœur avec la littérature et ton parcours professionnel pour le moins hétéroclite?

«La littérature et les mots, je les ai toujours portés, je crois. Ma mère nous amenait à la bibliothèque ma sœur, mon frère et moi très souvent et j’ai une image très claire de moi, les bras remplis de Yoko Tsuno, de Sonia Sarfati, et Comtesse de Ségur, mais surtout du regard autoritaire de la bibliothécaire m’indiquant du haut de ses lunettes: « C’est 10 livres maximum ». J’ai eu plusieurs — et ça continue — coups de cœur avec la littérature. Si le premier livre qui m’a fait réaliser qu’on pouvait faire des histoires simples pour raconter des affaires compliquées est Le monde selon Garp de John Irving (j’en cite des passages souvent encore et je le relis chaque année), j’ai rapidement développé un goût pour l’étrange, le morbide, le macabre. Edgar Allan Poe et H.P. Lovecraft ont longtemps été sur ma table de chevet et Oscar Wilde avec son Portrait de Dorian Gray me hantent encore. La maison aux esprits d’Isabel Allende vient me troubler juste à penser à la mort de la jeune Rosa à la tignasse verte. Plus près de nous, des écrivaines comme Anne Hébert et Catherine Mavrikakis m’émeuvent particulièrement. Sinon, la semaine dernière j’ai terminé Un parc pour les vivants de Sébastien Larocque (Cheval d’août) et la finesse de son intrigue, mais surtout la violence sourde de ses personnages et du monde qu’il leur laisse n’a pas encore fini de décanter dans mon esprit.»

«J’ai un parcours académique assez classique (sauf pour mon année d’études à l’île de la Réunion), c’est après que le tout s’est corsé. J’ai fait un baccalauréat en études anglaises et littérature comparée et une maîtrise en littérature comparée à l’Université de Montréal. Pendant mes études, j’étais convaincue que je voulais travailler dans une maison d’édition, mais un passage de quelques mois m’a convaincue du contraire, je voulais quelque chose de plus souple et de plus dynamique. Puis, j’ai travaillé dans un festival littéraire, j’ai beaucoup aimé, mais ce n’était pas encore tout à fait ça. C’est là-bas qu’un collège m’a parlé du programme soutien au travail autonome (STA), que j’ai complété avant de me lancer comme travailleuse autonome en 2011. Je n’avais jamais pensé que je serais à mon compte, mais c’est parfait pour moi. J’aime travailler sur plusieurs mandats en même temps et j’ai touché un peu à tout: révision, recherche, traduction, rédaction, gestion de projets, journalisme, gestion de communautés. Cela m’a permis d’avoir toujours plus de contrats et mandats intéressants, et surtout, de pouvoir toujours travailler dans les secteurs qui me plaisent le plus: la littérature et la culture. On a beaucoup essayé de me décourager avec les années, mais je n’ai jamais abandonné mon amour des mots et des auteurs.»

2. Tu as récemment repris le gouvernail de la revue Lettres québécoises. Comment as-tu abordé ce nouveau défi dans ton quotidien?

«C’est le plus gros défi de ma carrière et le plus stimulant aussi. On m’a proposé en novembre 2015 de devenir la rédactrice en chef de Lettres québécoises. Le directeur André Vanasse voulait passer le flambeau à une équipe plus jeune en janvier 2017. J’ai eu peur, ai pensé que je ne serais pas à la hauteur, mais j’ai tout de suite réalisé que ce magazine allait pouvoir devenir le catalyseur idéal pour mon amour des mots et mes qualités de rassembleuse, car c’est ce que je suis au fond: une organisatrice en chef. Je suis là pour mettre le talent de mes collaborateurs et auteurs de l’avant, et j’adore ça. À LQ, nous sommes une très petite équipe (l’éditeur, Alexandre Vanasse, le coordonnateur éditorial, Jérémy Laniel, et moi). Nous faisons tout nous-mêmes, de l’infographie aux médias sociaux, en passant par l’édition, la prise de décisions et les envois postaux. Le numéro 166 qui sera en librairie le 24 mai prochain est un vrai travail d’équipe. Tous les choix éditoriaux ont été faits avec mes deux acolytes et notre principe est de continuer à travailler et à réfléchir tant que nous ne sommes pas les trois entièrement satisfaits (et je suis assez exigeante). Dans mon quotidien, je le vois comme un projet à long terme, une manière de révolutionner la manière de penser la littérature d’ici avec les talents d’ici. J’ai tenu dans mes mains il y a deux jours le premier numéro et je suis soufflée, vraiment, par la qualité de textes, je remercie tellement ceux qui ont cru en ce projet et se sont donnés corps et âme dans leur critique ou chronique. Je leur dis bravo et me retrousse déjà les manches pour les numéros de septembre et décembre 2017.»

3. À quoi ressemblera Lettres québécoises sous ta direction?

«Si je savais! Je veux surtout que ce soit un magazine aux grandes qualités littéraires et artistiques. Je veux surprendre le lecteur, lui couper le souffle et l’informer à la fois sur des œuvres et des créateurs contemporains. Je veux que comme d’autres magazines d’art et de littérature que j’aime, il soit aussi beau que bon, qu’il mette de l’avant, grâce à une maquette revampée, les textes de ses multiples collaborateurs, près d’une cinquantaine par numéro, et qu’on le garde comme référence, notamment à cause des magnifiques photos (pour ce numéro, la photographe Sandra Lachance a fait les clichés de Catherine Mavrikakis). Je veux beaucoup de choses, et ce premier numéro sous ma direction n’est que le début de ce que j’ai envie de faire.»

4. Tu collabores à d’autres belles initiatives littéraires québécoises, dont la websérie Rature et lit, tout en maintenant ta collaboration avec le magazine Châtelaine. Comment relies-tu ces univers qui peuvent sembler incompatibles à première vue?

«Tous ces projets me stimulent, me permettent d’apprendre et de concrétiser ce que j’aime au quotidien. Nous sommes ces jours-ci en plein tournage de la troisième saison de Rature et lit. J’adore travailler avec Elsa Pépin, l’animatrice, et Simon Paradis, le réalisateur. C’est le nirvana pour moi d’imaginer des émissions, d’inviter des auteurs et de coordonner les lieux. J’adore ce projet dont les diffusions commenceront à l’automne Pour Châtelaine, j’y suis depuis juin 2015 et de participer à la vitalité d’une institution comme comme ce magazine pour les femmes du Québec est un vrai bonheur. De grandes journalistes y ont travaillé et j’espère leur faire honneur.»

5. As-tu des projets d’écriture personnels parallèlement à tous ces projets où tu préfères prêter ta plume et ton regard?

«Si je prête la plupart du temps ma plume et mon regard, ce que j’adore, j’ai aussi des projets d’écriture personnels que j’aimerais voir se concrétiser. Je travaille sur un roman noir, très noir, depuis 3-4 ans, et j’espère pouvoir y consacrer plus de temps cet été. Sinon, j’ai toujours voulu réaliser des documentaires sur le milieu culturel et des reportages à l’étranger. Pour avancer, je dois avoir des objectifs et des rêves et ce n’est pas ce qui manque.»

Pour consulter nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le www.labibleurbaine.com/Dans+la+peau+de… 

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Par Sandra Lachance

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