«Dans la peau de...» Norbert Spehner, spécialiste des littératures de genre | Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Norbert Spehner, spécialiste des littératures de genre

«Dans la peau de…» Norbert Spehner, spécialiste des littératures de genre

La passion du polar

Publié le 17 novembre 2017 par Éric Dumais

Crédit photo : Gracieuseté Norbert Spehner

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Cette semaine, nous avons interviewé Norbert Spehner, chroniqueur polars à La Presse+ et aujourd'hui heureux retraité.

1. On peut te lire chaque mois dans La Presse+ où tu y présentes tes critiques de romans policiers, romans noirs ou encore de polars. Peux-tu nous mettre en contexte et nous parler de ton parcours professionnel jusqu’à aujourd’hui?

«J’ai passé 42 ans de ma vie dans les salles de classe comme professeur de français ou de littérature, dont 35 ans au Collège Édouard-Montpetit de Longueuil où j’ai eu la chance et le bonheur de pouvoir, entre autres, donner des cours sur la science-fiction, le fantastique et le roman policier. C’est d’ailleurs avec un groupe de mes étudiants que nous avons fondé le fanzine Requiem devenu par la suite la revue Solaris, qui existe toujours et qui est la plus ancienne revue de SF francophone au monde!»

«Parallèlement à ma carrière d’enseignant, j’ai oeuvré dans le milieu de l’édition et collaboré (et collabore toujours) avec de nombreuses revues et publications tant européennes que québécoises. Il y a quinze ans, j’ai commencé à écrire une chronique polars pour La Presse. J’ai été un des membres fondateurs de la revue Alibis, consacrée aux littératures policières. J’ai publié plusieurs ouvrages de référence sur les littératures de genre, dont certains m’ont valu une modeste notoriété, notamment les deux volumes du Roman policier en Amérique française (qui ont fait découvrir le polar québécois) et, dernièrement, Le Détectionnaire, un dictionnaire des détectives de la littérature policière internationale, une brique de près de 800 pages, publication qui m’a valu, entre autres, d’être parmi les invités d’honneur du Salon du Livre de Montréal 2016.

«L’Université de Montréal m’a décerné un diplôme d’honneur pour mes nombreuses activités, dont la publication du bulletin bibliographique Marginalia, qui est distribué à des chercheurs dans plusieurs pays. Bref, j’ai toujours été et suis encore très actif dans la défense et l’illustration des littératures dites de genre (qu’on appelait aussi «paralittératures»). Pour le détail, je renvoie encore à ma page Wikipédia où on trouvera aussi la liste de tous mes articles.»

2. Et comment s’est-elle développée cette passion pour la littérature de genre?

«Exception faite du coup de foudre pour la Cendrillon de Walt Disney, la passion première de ma folle jeunesse a été la lecture. Je lisais tout ce qui me tombait sous la main. D’abord, les illustrés (comme on appelait les bandes dessinées en France à l’époque), puis les romans de la Bibliothèque verte, où j’ai découvert les Jack London, Alexandre Dumas, Paul Féval, Joseph Conrad et cie. Coup de foudre pour Jules Verne et ses romans d’anticipation et d’aventure… 20 000 lieus sous les mers reste mon roman fétiche (avec Dracula, plus tard…)»

«À cause de mes parents qui en lisaient beaucoup, j’ai découvert les romans policiers de la Série noire, du Masque, des Presses de la Cité, etc. Cette passion ne m’a jamais quitté, d’autant plus qu’une fois enseignant, j’ai pu transmettre cette passion à des générations d’étudiants qui m’en parlent encore aujourd’hui. Arrivé au Québec en 1968, je me suis plutôt spécialisé dans le fantastique et la science fiction (je collectionne les différentes éditions de Dracula, dont je dois avoir une cinquantaine d’exemplaires en toutes sortes de langues).»

«J’ai retrouvé la passion du polar une dizaine d’années plus tard et elle ne m’a jamais quitté. Ceci dit, je suis aussi un grand amateur de westerns (films) et un lecteur de romans westerns (sujet de mon prochain ouvrage à moitié achevé qui se cherche un éditeur). Je ne déteste pas non plus les romans de guerre et les histoires de pirates. Bref, du rêve, de l’aventure, de l’émotion… Pas assez intello pour ingérer la bouillie actuelle des romans-nombrils de la littérature générale, notamment française! Un béotien, je vous dis… et fier de l’être!»

3. Quels sont les auteurs, tous genres confondus, ainsi que leurs œuvres phares, que tous fanatiques devraient avoir lu pour s’affirmer bon connaisseur de la littérature de genre d’après toi?

«Vaste question! Quel que soit le genre, il me semble qu’on devrait avoir une base d’oeuvres «classiques». Sans cela, on est incapable de vraiment juger, évaluer, apprécier les oeuvres du présent. Bon, allons-y en vrac…»

«Pour le fantastique, une de mes passions premières, je choisirais le Dracula de Bram Stoker, Frankenstein de Mary Shelleyr, Dr Jekyll et Mister Hyde de R.L. Stevenson. Dans le fantastique moderne, j’irais du côté de Stephen King (surtout ces premiers romans comme Salem ou Shining), Dan Simmons (Terreur est un chef-d’oeuvre). Pour la science-fiction, Jules Verne et H.G. Wells, les pères fondateurs, Ray Bradbury et ses Chroniques martiennes, Clifford D. Simak et Demain, les chiens, Isaac Asimov (notamment son cycle des robots), Philp K. Dick. Par contre, je connais peu ou pas les auteurs actuels. Dans le roman western, les oeuvres de Larry McMurtry, notamment Lonesome Dove, Lance Weller et ses Marches de L’Amérique, ou le terrible Méridien de sang de Cormac McCarthy. Pour le polar, vous êtes priés de me lire dans La Presse+… Blague à part, il faudrait avoir lu les nouvelles d’Edgar Allan Poe, les meilleurs récits d’Agatha Christie, notamment les Dix petits nègres ou Le meurtre de Roger Ackroyd, un Raymond Chandler, au moins,  et pour le contemporains: Michael Connelly, Ian Rankin, Henning Mankell, Jo Nesbo et des auteurs québécois comme Jacques Côté, Marie-Eve Bourassa, Jean-Jacques Pelletier et quelques autres…Comme j’ai aussi un faible pour les romans de guerre, j’ajouterai À L’Ouest rien de nouveau d’Erich Maria Remarque (l’enfer de 14-18), ou Sympathy for the Devil de Kent Anderson (guerre du Vietnam).»

4. On aimerait tester ton imagination débordante et à toute épreuve pendant quelques secondes. Si tu avais à écrire ta propre œuvre de fiction et qu’on te demandait d’en résumer l’histoire, quelle serait-elle?

«Parfois, je me dis qu’il me reste un défi dans ma vie: écrire un roman! Par contre, j’ai écrit et publié plusieurs nouvelles policières et fantastiques (voir détail sur mon profil Wikipédia), toutes publiées en revue ou en recueil. Par manque de temps,  lot de tout joyeux retraité actif, il y a une histoire que j’aime beaucoup et qui me trotte dans la tête depuis des années. Ça s’appellerait L’homme du train. Dans la première partie, un tueur professionnel élimine un comptable de la mafia au cours d’un voyage en train. En quittant, il abandonne l’arme du crime dans un réduit plus ou moins secret du dernier wagon. Dans la deuxième partie, on retrouve notre homme qui s’est rangé, a fondé une famille. Il a un jeune fils de 6 ans dont il est fou. Au cours d’une visite dans un musée ferroviaire, le gamin échappe à sa surveillance. Quand il le retrouve, l’enfant est assis à l’arrière d’un wagon et tient un objet que l’homme reconnait: le revolver qu’il a dissimulé il y a quelques années. «Regarde, papa! Pan, pan…» Le coup part accidentellement et le père reçoit une balle en plein front! Amen. Belle histoire de famille, non?»

5. L’année 2017 est certes déjà bien entamée et de nombreux auteurs ont dévoilé déjà bon nombre de livres à donner la chair de poule. Il y en a sûrement des tonnes, mais quels seraient tes 5 coups de cœur de l’année et pourquoi en quelques mots?

«C’est vrai que pour la quantité, on est servis… Beaucoup moins pour ce qui est de la qualité, par contre. On pourrait se passer, par exemple, d’un certain nombre de fonds de tiroirs scandinaves ou de ces éternels thrillers dits psychologiques (certains les qualifient de «noir domestique») qui se copient sans fin! Une fille dans le train, ça passe, mais épargnez-nous le reste de voyageurs! Cette année, il m’est arrivé fréquemment de fouiller dans la pile de livres envoyés par les éditeurs et de n’en trouver aucun susceptible de m’intéresser. Les titres que je vais nommer font donc vraiment partie des best of…»

Dans les romans policiers (et les westerns), j’ai particulièrement aimé les titres suivants:

«Cartel» de Don Winslow (Seuil): Je triche un peu, car il a été publié en 2016, mais ce roman est un monument: un agent américain anti-drogue s’attaque aux cartels mexicains. Jeu de massacres et épopée sanglante peuplé de personnages extraordinaires.

«L’Assassin dans les ruines» de Cay Rademacher (Le Masque): L’action de ce polar allemand se déroule à Hambourg, en 1948, dans une ville dévastée par les bombardements et occupée par les Anglais. Un flic allemand doit collaborer avec un officier britannique pour résoudre une série de meurtres. Absolument fascinant!

«Amqui» d’Éric Forbes (Héliotrope noir): Probablement le meilleur premier polar québécois de l’année. La cavale meurtrière d’un ex-libraire, libéré de prison prématurément et qui a quelques comptes à régler. Noir et jouissif!

«Où le soleil s’éteint» de Jacques Côté (Alire): Le lieutenant Daniel Duval et son équipe sont sur la piste d’un tueur fou qui n’a plus rien perdre, car il est sur la liste noire d’un gang. De l’action et des personnages qu’on a plaisir à retrouver.

«Les Marches de l’Amérique» de Lance Weller (Gallmeister): Un super western dans la lignée de Méridien de sang de Cormac Mc Carthy, qui raconte le destin tragique de deux amis chatouilleux de la gâchette qui parcourent l’Ouest américain où grouillent malfrats et indiens hostiles (euphémisme)! Dans la même veine western: La Famille Winter de Clifford Jackman (Alto). Pas fréquentables, ces Winter!

Pour consulter nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le www.labibleurbaine.com/Dans+la+peau+de…

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Par Gracieuseté Norbert Spehner

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