«Philippe H. ou La Malencontre» de Mylène Fortin | Bible urbaine

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«Philippe H. ou La Malencontre» de Mylène Fortin

«Philippe H. ou La Malencontre» de Mylène Fortin

La peur d'aimer

Publié le 17 août 2015 par Charlotte Mercille

Crédit photo : Québec Amérique

Premier roman de Mylène Fortin, Philippe H. ou La Malencontre raconte l'histoire d’amour atypique d'Hélène Marin et du fameux Philippe H. Jeune étudiante bien de sa génération, Hélène prépare de peine et de misère un mémoire sur le désir lorsque l’amour s’invite dans son cocon de solitude sans crier gare. Une lecture à la fois légère et intrigante qui aborde de front le trouble anxieux.

Le premier roman de Mylène Fortin se lit facilement en quelques jours, les chapitres s’imbriquant en un récit particulièrement fluide et précis. Suivant le principe de la psychanalyse, l’auteure épluche la protagoniste Hélène à travers les couches de sa conscience tourmentée. Son inconfort dans un souper dominical avec ses parents, le contraste entre l’énergie débordante de sa soeur et sa propre léthargie, sa relation amour-haine avec son mémoire de psychologie, puis enfin, sa peur viscérale de se retrouver face à Philippe H.

Au fil des interactions, le lecteur découvre une Hélène certes angoissée, mais surtout d’une intensité attachante. Mylène Fortin rend bien la sensibilité accrue qui caractérise les troubles anxieux dans la manière avec laquelle Hélène décrit avec vivacité les détails les plus bénins. Dans le voyage initiatique d’Hélène de Montréal jusqu’en Gaspésie, l’auteure a vraisemblablement voulu mettre l’importance de retourner à la source, son petit coin de pays, lorsque la tête ne suit plus le coeur.

Le roman se penche également sur un phénomène répandu chez les jeunes d’aujourd’hui, la difficulté de s’attacher, la peur du rejet qui pousse Hélène à éviter Philippe par tous les moyens, au prix de manquer l’opportunité de tomber en amour. Prise de vertige, Hélène préfère se réfugier dans la coquille rassurante de sa vie en solo. Cette fragilité mise à nue de l’esprit humain, de ne pas être aimé à la hauteur de ses propres sentiments, est touchante à lire.

Philippe H. ou La Malencontre vaut également la peine d’être lu pour le style haletant de l’écriture. On reconnait facilement le talent de dramaturge de l’auteure qui a déjà écrit trois pièces de théâtre. Les dialogues fusent comme des répliques et les onomatopées, la ponctuation et les phrases courtes rythment joliment la prose, de sorte que le texte se lit bien à voix haute.

La dernière page tournée, on sort la tête du livre le coeur gonflé d’espoir pour la protagoniste et pour soi-même. Le bonheur est peut-être à portée de main, même en vivant avec l’anxiété. En gros, le premier roman de Mylène Fortin remplit plusieurs caractéristiques de la chicklit ou de la fiction pour jeunes adultes, mais avec une pointe de finesse qui le fait basculer dans le roman psychologique. Une excellente lecture pour la fin des vacances, avec tout de même un bel exercice de réflexion à faire.

Philippe H. ou La Malencontre, publié chez Québec Amérique, est disponible depuis le 18 mars en librairie.

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