«Phototaxie» d’Olivia Tapiero chez Mémoire d'encrier | Bible urbaine

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«Phototaxie» d’Olivia Tapiero chez Mémoire d’encrier

«Phototaxie» d’Olivia Tapiero chez Mémoire d’encrier

Une écriture exquise dans un roman inégal

Publié le 23 janvier 2018 par David Bigonnesse

Crédit photo : Mémoire d'encrier

Propulsée dans la littérature québécoise avec le livre Les murs, lauréate du prix Robert-Cliche 2009 du premier roman, Olivia Tapiero a marqué les esprits par sa plume au scalpel, mature, étonnante. Après son second livre intitulé Espaces, l’auteure nous revient cette fois-ci avec Phototaxie, œuvre dans laquelle trois personnages rêvent de briser les chaînes de la grande machine sociale. Le lecteur plongera en eaux troubles, y trouvant au passage la beauté stylistique de l’écrivaine, mais se perdra un peu dans la structure… hélas!

Trois protagonistes se trouvent au cœur de Phototaxie, soit Zev, Narr et Théo. C’est d’ailleurs ce dernier qui s’avère le plus intéressant personnage. Théo Schultz, pianiste classique, est fasciné par une vidéo montrant un homme qui tombe d’un immeuble. En fait, c’est la chute qui le captive tant. De la beauté semble s’en dégager. De l’érotisme en prime.

Dans ce court roman d’environ 130 pages publié aux éditions Mémoire d’encrier, le narrateur Dieu laisse une très grande place aux protagonistes anarchistes du récit qui s’expriment sur les actions passées, leurs relations avec les autres, au «je», ce qui fait varier le souffle du récit. De plus, d’autres personnages interviennent, tels l’agent de Théo, le maestro, le père et la mère de Narr.

Tout au long, par des exemples ici et là, l’auteure arrive à nous faire ressentir le désir d’anarchie totale de ses personnages et démontre en même temps toutes les petites et grandes choses qui jugulent la destruction du système. Les contradictions des êtres humains y comprises.

Olivia Tapiero sait choisir les mots qui précisent l’action, les ressentiments, les descriptions. Des mots indélogeables, irremplaçables. Son talent réside notamment dans cette faculté à saisir l’effet des termes. C’est pour cette raison que l’on se délecte de la richesse de ses phrases hyper travaillées.

À ce titre, on apprécie les passages dans lesquels Théo décrit en détail ce qui l’attire chez un certain F. En émerge quelque chose de tragique dans cette relation si bien illustrée. «Avec lui je sens la légèreté qui précède les catastrophes. Je lui ouvre tout. Lui ne me laissera rien, pas même ce qui lui colle entre les dents. Il est ma fête, ma cathédrale, mon louveteau exquis. J’aime tout de lui, chaque détail, les paupières, la peau entre les orteils, l’enfonçure autour de l’annulaire. Je lui donne tout pour le voir jouir comme la pluie tremble

Sur le plan de la forme, les choix dans le découpage du roman créent malheureusement des ruptures et laissent le lecteur incertain quant au squelette de Phototaxie. Par exemple, bien qu’il nous laisse découvrir les pensées, actions et visions de Narr, le chapitre «Promenade» s’avère trop long. C’est en effet sa longueur – il s’étale sur plusieurs pages – qui brise le rythme avec les segments précédents, ceux-ci plus courts et allant droits à l’essentiel. C’est pourtant dans cette veine que Tapiero excelle le mieux. On ne sait donc pas réellement où l’écrivaine veut nous amener ici.

Au final, la jeune auteure montréalaise n’a rien perdu de sa capacité à manier l’écriture avec doigté et réflexion. Celle qui nous avait impressionnés en proposant une œuvre vive sur une jeune fille troublée et troublante est toujours présente avec Phototaxie. Cependant on se perd à la moitié du livre et on ne retrouve plus l’excitation de tourner les pages qui nous habitait au début. Cela s’explique en partie à cause de la perte du rythme initial, créant ainsi un manque d’intérêt pour la suite des choses.

Phototaxie d’Olivia Tapiero, Mémoire d’encrier, 128 pages, 2017, 19,95 $.

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