«Simone Simoneau: Chronique d'une femme en politique» de Valérie Plante et Delphie Côté-Lacroix | Bible urbaine

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«Simone Simoneau: Chronique d’une femme en politique» de Valérie Plante et Delphie Côté-Lacroix

«Simone Simoneau: Chronique d’une femme en politique» de Valérie Plante et Delphie Côté-Lacroix

Une Simone à la hauteur de celles qui l'ont précédée

Publié le 9 décembre 2020 par Edith Malo

Crédit photo : Delphie Côté-Lacroix

Lors de sa victoire en 2017, Valérie Plante a déclaré: «Ce soir, nous avons écrit une nouvelle page d'histoire pour Montréal. 375 ans après Jeanne-Mance, Montréal a enfin sa première mairesse». Trois ans plus tard, elle nous partage le récit de son ascension au sein du parti Projet Montréal, mais surtout l'histoire d'une femme engagée que rien ne prédisposait à la mairie de Montréal.

Parue le 27 novembre aux Éditions XYZ dans la collection «Quai No 5», la bande dessinée Simone Simoneau: Chronique d’une femme en politique est le fruit d’une collaboration entre l’auteure Valérie Plante et l’illustratrice Delphie Côté-Lacroix.

Ici, la mairesse de Montréal signe les bulles et expose son parcours en politique municipale. Elle relate, entre autres, la recherche de financement pour poser sa candidature au sein du parti Projet Montréal, le porte à porte, les nombreuses poignées de mains et bien d’autres défis plus grands encore, comme le sexisme ordinaire et la défense de ses priorités, voire de ses convictions.

Simone Simoneau, ou Sissi pour les intimes, c’est l’alter ego de Valérie Plante. Un personnage fortement inspiré par la vraie personnalité de la mairesse, mais sans en être sa réplique conforme.

Cheveux blonds et mère de deux filles, Simone Simoneau réside dans le quartier Côte-des-Neiges à l’instar de Valérie Plante qui a deux fils, mais qui habite toutefois dans Rosemont. De plus, Sissi se présente dans le district Centre-Sud, alors que Valérie Plante s’est présentée dans le district de Sainte-Marie.

Nombreux sont les clins d’oeil humoristiques pour évoquer le parcours similaire des deux femmes. Ainsi, le parti Projet Montréal se nomme le parti «Action/Réaction Montréal». L’organisme communautaire où elle s’est fait remarquer et référer par une collègue s’appelle «Femmes debout». On se rappelle d’ailleurs que Valérie Plante a dirigé pendant sept ans la Fondation Filles d’action, un réseau pancanadien d’organisations vouées à l’émancipation des filles.

Les Simones

Ce n’est pas un pur hasard si le personnage porte le prénom de Simone! Première femme élue à la mairie de Montréal, elle n’est pas sans rappeler des icônes féminines fortes et aguerries. Que ce soit Simone Veil, représentante illustre de la lutte pour les droits des femmes, Simone de Beauvoir, l’incarnation même du féminisme, ou encore la syndicaliste Simonne Monet-Chartrand, plus près de nous, le prénom Simone reste chargé de sens et d’images.

Comme je le disais précédemment, la mairesse aborde le sujet du sexisme ordinaire. Quand sa mère lui fait remarquer à quel point elle est chanceuse d’avoir un époux aidant qui la supporte à la maison, cette remarque, en apparence anodine, reflète en réalité des idées préconçues à l’égard du rôle des femmes vs des hommes. Si un homme briguait la mairie, on ne soulignerait pas l’apport essentiel de la femme derrière lui.

Valérie Plante présente également une statistique importante à travers sa bande dessinée: la perception des femmes comparativement à celle des hommes face à la définition des tâches d’un poste. En entrevue, elle souligne que «les hommes se surévaluent de 30% alors que les femmes se sous-évaluent de 30%». Souvent, ces dernières n’osent pas postuler à un poste si elles ne répondent pas à tous les critères et elles ont tendance à se juger plus sévèrement qu’un homme.

Ce sont ces détails-là, entre autres, que l’auteure fait ressortir à travers son histoire et qui teintent, du même coup, le personnage de Simone d’une certaine sensibilité, d’un côté combattif et profondément humain.

Simone Simoneau: une héroïne en quelque sorte?

Qui n’aime pas les histoires de héros ou d’héroïnes qui font preuve de persévérance et de détermination? Dans Simone Simoneau, on adore suivre le parcours de cette citoyenne engagée qui provient du milieu communautaire et qui fait de l’environnement et du logement social ses causes fondamentales.

Elle incarne ainsi la naïveté naissante d’une novice qui souhaite faire bouger les choses, qui s’implique avec son coeur et qui sait reconnaître le dévouement d’une équipe fidèle de bénévoles.

Toutefois, au terme de ma lecture, j’ai l’impression que cette bande dessinée de 102 pages effleure à peine les étapes franchies par Simone dans sa course qui la mène vers le point culminant: sa victoire dans Centre-Sud. Sans vouloir snober le style littéraire choisi, bien au contraire, c’était audacieux de présenter cette histoire sous la forme d’une BD!, cet album aurait pu contenir plus de détails, car on en redemande un coup la lecture terminée.

Il n’en demeure pas moins que le parcours de Simone/Valérie est fort inspirant. Citoyenne ordinaire et sans réelle formation politique, elle a su s’ériger et se démarquer des candidats provenant du milieu des affaires, en plus d’amasser la somme faramineuse demandée pour faire approuver sa candidature.

Sa personnalité fonceuse, vivifiante et modeste à la fois se démarque dans les tons de couleur empruntés par Delphie Côté-Lacroix, qui a eu carte blanche de la part de la mairesse pour la création des illustrations. Ici, le vert de son gilet évoque, semble-t-il, la robe verte qu’elle portait lors de sa victoire en 2017, mais aussi ses convictions environnementalistes.

Du bleu ciel au corail, les couleurs sont vives et insufflent un vent de fraîcheur, un vent de changements aussi.

Illustrer un Montréal multiculturel

Delphie Côté-Lacroix illustre non seulement les quartiers de Montréal, mais l’essence même de la métropole et ses visages multi-ethniques. Les bénévoles, dont la reconnaissance et la gratitude de Valérie Plante envers eux sont plus que palpables, proviennent de diverses communautés culturelles. Le Montréal coloré et éclectique qu’on connaît, quoi!

L’illustratrice, qui est récipiendaire du Prix littéraire du Gouverneur général (2019) pour le livre jeunesse Jack et le temps perdu de Stéphanie Lapointe, propose ici un album graphique un peu moins poétique et un peu moins profond à mon humble avis. Étrangement, Simone Simoneau m’a semblé un brin plus enfantine, avec ses dessins épurés, alors que le livre jeunesse auquel Delphie avait prêté ses talents de dessinatrice, même avec ses teintes sombres et l’absence de cases, offrait une plus grande liberté, voire une plus grande palette d’émotions et d’onirisme.

Bien entendu, ici on ne s’adresse pas au même public et on navigue dans un tout autre registre, mais quand je pense au parcours de Valérie Plante, il me vient en tête les mots «innovation» et «unicité», comme c’est la première femme qui accède à la mairie de Montréal. J’aurais aimé voir davantage cet aspect à travers ces illustrations.

Une suite à venir prochainement?

Apparemment, une suite pourrait voir le jour, celui de sa victoire à la mairie de Montréal en 2017! Cependant, j’espère que Valérie Plante aura un jour cette envie d’écrire ses mémoires par le biais d’une biographie, ce qui lui permettrait d’étoffer son parcours, car cette BD donne réellement envie de la connaître sous toutes ses coutures. Notamment parce qu’on aime les récits de battants!

La version anglaise, publiée sous le titre Okay, Universe par la maison d’édition Drawn & Quarterly, est également disponible. Une partie des profits sera remise à l’organisme Groupe Femmes, Politique et Démocratie.

La bande dessinée de Valérie Plante et Delphie Côté-Lacroix, Simone Simoneau: Chronique d’une femme en politique, est disponible dès maintenant dans toutes les bonnes librairies. Cliquez sur l’image ci-haut pour en savoir plus! Et vous, que lisez-vous en ce moment? Pour lire toutes nos critiques de livres, rendez-vous ici.

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