«Les tilleuls de Berlin» de Jean Octeau | Bible urbaine

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«Les tilleuls de Berlin» de Jean Octeau

«Les tilleuls de Berlin» de Jean Octeau

Sauver l’art pour sauver la civilisation

Publié le 4 mai 2016 par Marc-André Amyot

Crédit photo : Éditions Grasset

Mars 1931. Karl Schuster a conquis le milieu de l’art à Berlin. Il a trente ans et jouit d’une relative renommée, jusqu’à ce que son univers soit bousculé par l’ultranationalisme nazi. Avec le conflit mondial qui point, tout est menacé: les droits humains, la liberté, la culture, l’Homme. Dans ce qu’il est convenu de nommer une grande fresque historique sur la Seconde Guerre mondiale, Jean Octeau offre une œuvre inspirante sur la résilience humaine en temps de guerre.

La crise de 1929 a gagné l’Europe. Alors qu’il se rend dans sa Transylvanie natale pour visiter ses parents, Karl Schuster fait la rencontre d’Esther, qui éveillera en lui une passion à déchirer la peau. Ce premier amour est annonciateur d’un destin marqué par les femmes. Tout au long du récit, il aimera aussi Janina et Lena (puis Sarah), qui l’aimeront en retour, à leur façon, mais jamais il n’oubliera Esther, de qui il suivra la trace partout sur ce continent abîmé par les affres de la guerre.

Grâce aux femmes qui l’accompagnent, Karl est préservé des souffrances du conflit : déportation, Goulag soviétique et Gestapo. Une chance dont il se saisit pour mener sa propre enquête sur l’art dégénéré que le régime cherche à faire disparaître et tenter de le préserver par tous les moyens possibles. Flirtant avec des amis du régime et des opposants, ses aventures finiront par avoir raison de sa naïveté et lui feront regretter la douce odeur de ses tilleuls adorés. Entre la défense de l’art et la souffrance du monde, Karl apprendra que la résistance ne se fait pas que par les armes, et qu’elle laisse parfois dans son sillage désolation et mort.

Il y a de ces écrivains qui n’ont pas besoin d’avoir vécu la détresse pour la ressentir et en décrire avec finesse et précision les différents degrés. Leur seule nécessité, c’est une culture générale étendue, une bonne dose d’empathie et un intérêt débordant pour le sujet. Des traits que possède de toute évidence Jean Octeau dont le premier roman en est la preuve concrète.

Difficile de raconter l’âpreté de la vie en temps de guerre, les sacrifices et les déchirements, mais aussi le courage derrière la quête de justice et l’entraide humaine. C’est pourtant ce à quoi on a droit à mesure que l’on tourne chacune des 563 pages de ce roman. Jean Octeau a du Hilsenrath dans la plume, avec toutefois une dose de romantisme qui se substitue à la noirceur, et qui rend le genre humain plus acceptable.

S’il faut patienter longtemps avant de voir l’histoire décoller, la lourdeur des cent premières pages ne suffisant pas à mettre en appétit, le lecteur est récompensé de ses efforts par un récit qui va grandissant.

Grâce à une écriture élégante et riche, qui n’a nul besoin des béquilles de la langue parmi lesquelles les métaphores, l’auteur offre un récit complet et haletant, qui s’ouvre sur l’autre histoire de cette Seconde Guerre mondiale. Une histoire de destruction culturelle et humaine, souvent occultée par les obus et les habits militaires clichés.

Les tilleuls de Berlin, c’est le portrait d’un monde qui résiste au feu de la haine avec pour seules armes la volonté et la justice. Une histoire ficelée avec l’expérience des idées longuement mûries. Des personnages forts développés, auxquels on s’attache forcément, des lieux mythiques qu’on s’imagine aisément et une quantité phénoménale de détails historiques qui ont l’avantage de ne jamais peser sur le récit, prouvent ce dernier point.

Du propre aveu de l’auteur, il lui aura fallu un peu plus de douze ans pour finaliser ce premier roman.  Le temps fait bien les choses, car il aura servi ce récit plein d’empathie mais jamais crédule, soutenu par une plume charmante qui nous fait regretter d’avoir tourné la dernière page.

«Les tilleuls de Berlin» de Jean Octeau, Éditions Grasset, 39,95 $.

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