«Vertiges» de Fredric Gary Comeau | Bible urbaine

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«Vertiges» de Fredric Gary Comeau

«Vertiges» de Fredric Gary Comeau

Portraiturer notre époque

Publié le 22 octobre 2013 par David Bigonnesse

Crédit photo : editionsxyz.com

Il s’agit d’une première incursion dans l’univers du roman, mais pas dans la littérature pour Fredric Gary Comeau, car ce dernier est l’auteur de plusieurs recueils de poèmes. Dans Vertiges, il fait croiser avec une plume pointilleuse le destin de huit personnages. Plume pointilleuse parce qu’il n’y a pas de mots de trop dans ce roman. Juste ce qu’il faut pour instaurer une ambiance, un rythme et une forme qui s’arriment parfaitement à la vie des protagonistes.

Structurer un roman avec huit personnages qui vivent des réalités différentes contribue inévitablement à une grande efficacité rythmique. La formule choisie, c’est-à-dire des fragments de la vie des protagonistes qui s’enchaînent, sert la cadence du livre. À travers ces fragments, le lecteur pourra découvrir tous ces personnages, mais une attention particulière est accordée à Hope Fontaine. Cette jeune femme, dont le père est un galeriste français et sa mère une artiste, est à la recherche d’un poète acadien dont le recueil a été laissé dans le désert du Nouveau-Mexique. C’est en fait sa mère, Grace, qui a fait cette découverte et a informé sa fille qu’il s’agissait, avec les sources astrologiques qu’elles consultent, de «l’homme de sa vie».

Dans Vertiges, Hope n’est cependant pas la seule à avoir une mission. Dès le début du livre, le lecteur assiste à une scène terrible: un attentat à la bombe dans une gare parisienne. Benjamin Bouquet sera la seule victime de cette attaque terroriste. Son grand-père Victor aura comme seul but de venger celui qui l’aura tué.

L’éventail de protagonistes issus de la plume de Fredric Gary Comeau est tout aussi intéressant. Parmi ceux-ci, on suit Olivier, ce jeune Outremontais qui explore sa sexualité affamée avec Hope, alors que Naguib est un médecin qui a des pulsions et fantasmes d’une rare violence. Des êtres qui fascinent en fait par leurs désirs dérangeants évoqués sans ambages.

Vertiges est empreint d’une grande contemporanéité par le mélange des thèmes que sont la sexualité, la vengeance, le vide existentiel, la violence et l’amour au XXIe siècle. Si la structure du roman favorise un mouvement bien soutenu, il en est de même pour le style d’écriture. Des dialogues parfois serrés et des phrases courtes qui ne laissent pas le temps au lecteur de jouer les vierges offensées. «Montréal. Hôtel Inter-Continental. Chambre 212. Hope est nerveuse.  Olivier, lui, ne l’est pas. Il la déshabille férocement. Il se déshabille. Il est complètement glabre, hormis la région pubienne. Il est bandé. Il n’a jamais cru possible d’être à ce point bandé. Il a une femme devant lui. Elle est si belle.»

Les amateurs d’art comme de musique sauront sans doute apprécier les noms évoqués ici et là (Vito Acconci, Jeff Wall, Richard Serra, etc.) ainsi que des extraits d’œuvres de Léo Ferré et d’autres artistes. L’univers poétique de l’auteur n’est d’ailleurs pas détaché de ce roman, qui reste en quelque sorte toujours présent du début à la fin, sous diverses formes (autant référentielle qu’incrustée).

Les Éditions XYZ ont publié, avec la nouvelle collection «Quai no5» dirigée par Tristan Malavoy-Racine, un livre qui déstabilisera autant par sa forme que par son contenu. Le lecteur suit les personnages d’un endroit à un autre, mais il n’est pas dépaysé, puisque l’intérêt repose réellement sur les protagonistes, leurs caractéristiques et motivations. Vertiges correspond en ce sens parfaitement à notre époque: sans détour, rapide et pulsionnelle.

«Vertiges» de Fredric Gary Comeau, Éditions XYZ (coll. Quai no5), 2013, 189 pages, 19,95 $.

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