«La veuve» de Fiona Barton chez Fleuve noir | Bible urbaine

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«La veuve» de Fiona Barton chez Fleuve noir

«La veuve» de Fiona Barton chez Fleuve noir

Des vies qui basculent

Publié le 20 juillet 2017 par Éric Dumais

Crédit photo : Fleuve noir

Ce premier roman de la Britannique Fiona Barton comporte une situation de départ souvent utilisée dans le polar contemporain et des airs de déjà-vu avec le bestseller La fille du train de Paula Hawkins. Sur le plan narratif, le lecteur se retrouve en terrain connu, donc, et là où les deux auteurs se rejoignent précisément, c’est qu’elles offrent chacune leur tour un premier roman encensé par la presse. À cette exception près que La veuve n’a pas réussi ce pari de nous faire décrocher la mâchoire de surprise à la toute dernière page.

«Les monstres ont rarement l’air de ce qu’ils sont». Force est d’admettre que cette affirmation est d’autant plus vraie que ce voisin qui respire la forme et la sympathie, à une porte de chez nous, peut s’avérer être, en réalité, un tueur sadique, un kidnappeur d’enfants, un pédophile de la pire espèce, voire un collectionneur de pornographie juvénile.

Et c’est à peu près l’image que l’on peut se faire de Glen Taylor qui, du jour au lendemain, sera accusé des pires torts que l’on peut affliger à un être humain. Selon toute vraisemblance, le mari de Jane Taylor, jusqu’alors sans histoire, un homme attentionné et dévoué envers sa femme, aurait téléchargé des centaines de photographies de pornographie juvénile dans son ordinateur et vraisemblablement kidnappé la jeune Bella Elliott, trois ans, alors qu’elle jouait dans la cour arrière de la maison. Sauf que ce dernier nie les accusations portées contre lui devant la police et les médias anglais. Et, comble de malchance, il sera fauché, en pleine période de procédures judiciaires, par un autobus à la sortie de l’épicerie, emportant dans sa tombe la vérité et un secret bien gardé. «Je suis un homme innocent. J’ai été traqué par la police et privé de ma liberté pour un crime que je n’ai pas commis», clame-t-il quelques jours avant sa mort. Mais peut-on croire cet homme qui avait déjà un pied dans le vice?

Depuis, la vie de Jane Taylor est un enfer; la presse a presque établi ses quartiers dans sa cour dans le but évident d’avoir un témoignage-clé, une entrevue exclusive, une confession-choc pouvant permettre à un journal tels que le Telegraph ou le Herald de publier la nouvelle avant tout le monde.

L’enquête policière, menée avec brio par l’inspecteur Sparkes, prend presque toute la place dans La veuve, s’éternisant au rythme du silence pesant de Jane Taylor, qui refuse catégoriquement d’ouvrir la bouche et de se prononcer sur l’histoire. Là où l’histoire de Fiona Barton gagne des points, c’est dans la construction narrative de l’intrigue qui présente, à la manière de La fille du train, une alternance de voix en les personnes de Jane Taylor (la veuve), Kate Waters (la journaliste), Dawn Elliott (la mère de Bella) et Bob Sparkes (L’inspecteur en chef). La multiplication des points de vue apporte certainement du dynamisme à la trame narrative du récit, quoique lourde au premier abord. Il aurait été ingénieux de la part de l’auteure de mieux préparer le terrain pour offrir à son lecteur, ainsi qu’à sa patience, qu’il aurait aimé récompensée!, une conclusion digne d’intérêt plutôt qu’une finale prévisible depuis belle lurette.

Au lieu de cela, on referme le livre tout en se répétant probablement la même question que Jane Taylor s’est répétée inlassablement dans sa tête lorsque les accusations ont porté sur son mari: «Mais pourquoi?»

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