«Zone B» de Marie Hermanson | Bible urbaine

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«Zone B» de Marie Hermanson

«Zone B» de Marie Hermanson

Un thriller avare en coups de théâtre

Publié le 14 avril 2014 par Éric Dumais

Crédit photo : Actes Noirs

La Suédoise Marie Hermanson a créé de toute pièce un thriller psychologique à la jonction de Twin Peaks et Shutter Island où les nombreux revirements de situation assaisonnent le suspense et confirment à chaque chapitre l’incroyable talent de conteur de l’auteure dans son dixième roman, Zone B.

Dans ce petit bijou frôlant 400 pages et qui s’avère l’un des meilleurs coups de la collection Actes Noirs depuis Millénium de Stieg Larsson et L’Hypnotiseur de Lars Kepler, l’auteure fait preuve d’une telle ingéniosité que la grande Camilla Läckberg en baverait de jalousie. C’est qu’elle a réussi à inventer une histoire captivante, limite page turner, où son protagoniste se retrouve aussi impuissant que Miranda Gray (Halle Berry) dans le film Gothika de Mathieu Kassovitz.

Grosso modo, Zone B raconte l’histoire de Daniel, un enseignant suédois qui se retrouve au chômage après avoir perdu son poste contractuel. Bon timing ou pas, son frère jumeau Max l’invite à venir visiter le décor enchanteur d’Himmelstal, en Suisse, où il est barricadé afin de faire soigner sa bipolarité et ses sautes d’humeur. Plus ou moins ouvert à l’idée de renouveler ses vœux d’amitié avec son jumeau, Daniel va devoir malgré lui accepter l’invitation lorsque son frère lui confirmera que son billet est déjà payé.

Arrivé à Himmelstal, Daniel apprend à ses dépens que la fameuse clinique privée que Max lui avait parlée ressemble davantage à un hôpital psychiatrique juchée dans une vallée alpine qu’à une clinique privée. Son frère l’obligeant à prolonger son séjour, Daniel obtempère et se plie à ses vœux. Mais, un soir autour d’un feu, Max avoue à son frère qu’il est endetté et qu’il doit quitter le pays pour aller régler des comptes avec la Mafia. Pour ce faire, il doit changer d’identité avec Daniel pendant que ce dernier demeure à Himmelstal, en attendant son retour.

Daniel va donc devoir raser sa barbe pour adopter le même look de son frère Max, mais jamais il n’aurait pensé que la situation tournerait autant au vinaigre: les jours s’écoulent et il n’a plus aucune nouvelle de son frère jumeau. Et puis, aucun moyen de prouver aux docteurs Karl Fisher et Gisela Obermann qu’il est bien Daniel, car il ressemble comme deux gouttes d’eau à son satané frère, qui semble bien avoir pris la poudre d’escampette! Comment Daniel arrivera-t-il à prouver son identité et à quitter les lieux?

Marie Hermanson enferme son protagoniste dans un véritable huis clos d’où il ne pourra plus s’échapper, car Himmelstal est divisée en trois zones distinctes où des clôtures électrifiées empêchent les plus aventureux de sortir. Aucun des résidents, sauf la plantureuse Samantha et sa confidente Corinne, ne croit l’histoire de Daniel, tous persuadés que Max est en train de développer un trouble de la personnalité multiple. En somme, Daniel est dans un véritable pétrin et il n’a aucun moyen de s’en sortir…

Divisé en quatre parties, le roman laisse le lecteur devant plusieurs coups de théâtre, qui servent à reconduire le suspense vers des sommets jusqu’alors insoupçonnés. Thriller haletant, il est difficile de ne pas avoir la langue pendant devant cette suite de rebondissements, mais l’unique bémol, qui vient tout de même entacher notre plaisir de lecture, demeure le dénouement, qui laisse ouvertes de nombreuses questions auxquelles on aurait aimé avoir des réponses.

Malgré, après tout, rares sont les livres qui nous plongent avec autant d’aisance dans un tel plaisir de lecture. N’hésitez pas et régalez-vous!

«Zone B» de Marie Hermanson, Actes Sud, collection Actes Noirs, 389 pages, 38,50 $.

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