«22, A Million», le troisième opus de Bon Iver | Bible urbaine

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«22, A Million», le troisième opus de Bon Iver

«22, A Million», le troisième opus de Bon Iver

Un album inclassable

Publié le 17 octobre 2016 par Édouard Guay

Crédit photo : Jagjaguwar et Bon Iver

Il y a des ces albums qui sont si beaux, si intenses et si uniques qu’ils viennent nous chercher au plus profond de nous-même, et ce, dès la première écoute. Nous sommes tellement happés par ce que l’artiste nous propose qu’il est parfois plus judicieux de laisser reposer l’œuvre quelque temps pour y revenir ensuite. Vous aurez beau multiplier les écoutes, il vous laissera toujours avec ce même mélange de bonheur déstabilisé et de grâce inquiète. 22, A Million, le troisième opus de Bon Iver (son premier en cinq ans) fait partie de ce club sélect d’albums d’exception.

Bien du chemin a été parcouru par Justin Vernon, le maître d’œuvre du groupe Bon Iver. Après For Emma, Forever Ago, qui proposait un folk acoustique un brin naïf, composé en solitaire dans une cabane du Wisconsin, il a atteint la consécration grâce à la majesté des envolées orchestrales de Bon Iver. Le multi-instrumentaliste et son registre vocal très dense a ainsi touché à plusieurs registres, tout en restant accessible au grand public.

Avec 22, A Million, cependant, Vernon se plaît à déstabiliser, jusque dans les titres des pièces! Il joue avec la vitesse et l’amplitude de sa voix, y ajoutant des instrumentalisations tantôt tonitruantes, tantôt minimalistes.

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Séquenceurs, gradateurs, silences et bruits sonores viennent s’ajouter aux cordes, aux bois, aux cuivres et aux percussions des autres membres de Bon Iver, se mélangent aux voix transformées mais instantanément reconnaissables de Justin Vernon. L’auditeur aura parfois l’impression que ses écouteurs font défaut tant les effets de parasitage sonores, de défectuosité, de branchements et de débranchements sont réussis.

Toutes ces programmations et filtres sonores ne donnent cependant pas à 22, A Million un côté artificiel, bien au contraire. Des pièces telles que «22 (OVER S∞∞N)», «33 “GOD”» ou «29 #Strafford APTS» respirent l’authenticité et rappellent parfois le folk plus solitaire des débuts, tandis que d’autres moments machinaux plus «programmés» tels que «10 d E A T h b R E a s T» ou «21 M♢♢N WATER» nous perturbent et nous chatouillent l’esprit.

Le folk paisible de feu de camp des débuts s’est transformé en véritable virtuosité technique, disparate mais cohérente, osée et inclassable. Sensibilité et douceur se distillent dans la rugosité sauvage des programmations. 22, A Million, c’est 34 minutes bien tassées d’un exutoire envoûtant qui nous rentre dedans comme une tonne de briques.

Vernon, qui a profité de la pause de Bon Iver pour tâter les expérimentations techniques, notamment avec Kanye West, démontre qu’il appartient à un club très sélect d’artistes qui se mettent en danger artistiquement, nous mettant dans un état de surprise si immense que les mots nous manquent pour en parler.

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