«Les albums sacrés»: le 10e anniversaire de «Le volume du vent» de Karkwa | Bible urbaine

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«Les albums sacrés»: le 10e anniversaire de «Le volume du vent» de Karkwa

«Les albums sacrés»: le 10e anniversaire de «Le volume du vent» de Karkwa

Le vent le portera

Publié le 28 février 2018 par Mathieu St-Hilaire

Crédit photo : Simone Records

En 2005, la légendaire chanteuse irrévérencieuse et imprévisible Brigitte Fontaine participe à l’enregistrement de la chanson «Red Light» de Karkwa. Il s’agit alors d’une collaboration assez étrange entre une artiste française ayant fait la pluie et le beau temps avec un jeune groupe rock québécois qui en est à ses premiers balbutiements (la chanson se retrouve sur le deuxième album du groupe, Les tremblements s’immobilisent). Les critiques et l’industrie sont toutefois favorables à Karkwa, qui attire l’attention des médias et aussi de l’ADISQ où ils raflent le prix d’auteur-compositeur de l’année avec Pierre Lapointe. Trois ans plus tard, il y a une certaine frénésie lorsqu’arrive leur troisième album, Le volume du vent, paru il y a maintenant dix ans.

À l’époque, il y a évidemment les comparaisons inévitables avec Radiohead. Certains aiment, d’autres critiquent. Une chose est toutefois certaine: leur troisième album, toujours crucial dans la carrière de n’importe quel artiste, sera déterminant pour la suite des choses. Fort heureusement, c’est un groupe en pleine possession de ses moyens qui enregistre Le volume du vent, un disque plus accompli que les deux œuvres précédentes. Louis-Jean Cormier et sa bande réussiront à créer un album solide d’un bout à l’autre et à ainsi livrer l’un des albums rock les plus importants des années 2000.

Si Les tremblements s’immobilisent comptait sur la présence de Brigitte Fontaine le temps d’une chanson, Le volume du vent comporte son lot d’invités intéressants, notamment Olivier Langevin de Galaxie et, surtout, Patrick Watson, récemment récipiendaire du Prix Polaris pour son album Close to Paradise. La table était donc mise.

Karkwa-Simone-Records

«Le Compteur» est une première pièce fascinante, qui débute tout doucement avant que le climat ne change brusquement, avec fracas. La mélodie reste avec nous longtemps après son écoute et l’intensité des percussions amène la chanson à un autre niveau. «Le bal du je serais mieux ailleurs / La peur de ne pas pouvoir m’y faire / Trop tard pour revenir en arrière», chante un Louis-Jean Cormier angoissé. «Deux Lampadaires» mélange tout aussi admirablement bien l’intime et la grandeur, alors que les refrains nous font trembler les tympans. Et pour avoir vu Karkwa en spectacle lors de cette année 2008, laissez-moi vous dire que les membres du groupe faisaient aussi trembler bien des salles au Québec et même en Europe, où le groupe avait fait une tournée en 2007.

«Échapper au Sort» possède des harmonies vocales envoûtantes rappelant Radiohead ou Jeff Buckley. Les arrangements y sont magnifiques et balaient tout sur leur passage. «Oublie Pas» est cette genre de pièce folk-rock plus minimaliste bien placée après les trois premières chansons très chargées. À l’intérieur, Cormier semble se trouver dans ce moment où une relation peut tomber dans la banalité: «Oublie pas mon cœur / Avant qu’on s’écœure / Oublie pas mon corps / Qu’on y croit encore». Des mots simples, certes, mais auxquels tout le monde peut s’identifier. «Le Frimas» apporte une brève brise froide hivernale et mène au deuxième tiers de l’album.

«Le Temps Mort» mélange piano, rythme ralentie et saccadée ainsi que guitares incendiaires dans un enrobage plus jazzé. Le rythme s’accélère avec «La Façade», qui bondit à vive allure avant d’être entrecoupée d’un savoureux passage au piano vers le milieu du morceau. «Où est l’âme? / Où est l’homme? / Où est l’air qui résonne? / Où est l’art qui se donne pour vrai?», se questionne Cormier,  avant une finale en crescendo.

Les mélodies rêveuses se poursuivent sur la deuxième moitié de l’album, notamment avec «Mieux Respirer», une des pièces les plus sublimes du disque. «Combien» est peut-être la chanson faisant la plus penser à Radiohead, sauf que le résultat est fort réussi. On sent vraiment à quel point Karkwa avait évolué tant au niveau musical qu’au niveau de l’écriture. Le groupe fait des pas de géants et étoffe chacune de ses compositions, créant un univers sonore dense. Peu de groupes québécois pouvaient rivaliser avec Karkwa à l’époque ou même depuis. La chanson titre est un intermède instrumental menant au dernier tiers.

Et si l’on pense que Le volume du vent allait perdre de son souffler pour les dernières pièces, le groupe nous prouve qu’il n’en est rien. «Le Solstice» est sournoise et prend son temps à faire son chemin dans notre esprit. Cormier y est tout aussi pensif et introspectif: «Maintenant je suis seul / Au solstice de l’âme / Dans le calme arctique / Qui suit deuils et tourmente». «Dormir le jour» débute comme une ballade lancinante avant que les guitares pesantes ramènent la chanson sur terre dans un atterrissage bien maîtrisé. Comme finale, «À la Chaîne» fait parfois drôlement penser à «The Man from Metropolis Steals Our Hearts» de Sufjan Stevens, les derniers instants de la pièce nous balançant des cœurs aux oreilles.

Le Volume du Vent pavera sans doute la voie à leur album suivant, Les chemins de verre (2011), qui ira même jusqu’à remporter le prix Polaris remis à l’album de l’année. Il demeure d’ailleurs à ce jour le seul album francophone à avoir raflé les honneurs. Karkwa n’a toujours pas fait paraître d’album depuis, même si les membres se sont réunis sur scène à la fin de 2017. Bien sûr, Louis-Jean Cormier est maintenant devenu un artiste incontournable au Québec, sauf ses années passées au sein de Karkwa sont importantes dans l’histoire de la musique rock au Québec.

Revenez un peu arrière et constatez à quel point Le volume du vent est encore capable à la fois de faire trembler la terre, mais aussi de nous faire voyager vers les étoiles.

Surveillez la prochaine chronique «Les albums sacrés» le 15 mars 2018. Consultez toutes nos chroniques précédentes au www.labibleurbaine.com/Les+albums+sacrés.

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