«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire d'«Exit Planet Dust» de The Chemical Brothers | Bible urbaine

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«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire d’«Exit Planet Dust» de The Chemical Brothers

«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire d’«Exit Planet Dust» de The Chemical Brothers

Un fort beau reflet de l’émergence du courant «big beat»

Publié le 17 décembre 2015 par Isabelle Lareau

Crédit photo : Virgin Records & Astralwerks

L’histoire de la musique est ponctuée d’anecdotes intéressantes. En l’occurrence, The Chemical Brothers se nommait, à ses débuts, The Dust Brothers. Cependant, il y avait déjà un duo de réalisateurs américains (ils ont, notamment, collaboré à Paul’s Boutique des Beastie Boys) qui utilisait ce nom depuis 1985… Lorsque les Américains ont menacé de poursuivre les Britanniques, ceux-ci ont changé de nom, et le titre de l’offrande, Exit Planet Dust, se veut donc un hommage aux réalisateurs et un clin d’œil à toute cette saga.

Formé en 1989 à Manchester, The Chemical Brothers est composé de deux DJs, Tom Rowlands et Ed Simons, qui sont également des copains de l’université (ils étudiaient l’histoire à l’Université de Manchester). Ils décident de créer un duo informel afin d’avoir l’occasion d’exercer leurs talents de DJ et ils remportent un succès phénoménal, ce qui les motiva à enregistrer leurs propres chansons. Après un extrait, «Song to the Siren» (1992), et un maxi, Fourteenth Century Sky (1994), qui ont suscité l’intérêt des mélomanes et des animateurs de radio, les DJs présentent Exit Planet Dust, leur premier album officiel.

Ils offraient, à l’époque, un son frais et original; un mélange d’électro, d’acid house, d’échantillons recherchés et de rythmes très rock. Ils sont aujourd’hui reconnus comme l’un des groupes phares du mouvement big beat. Très créatifs, Rowlands et Simons ne se contentent pas d’utiliser uniquement des échantillons, ils créent également leurs propres beats. Parmi leurs influences, mentionnons; Kraftwerk, Public Enemy, My Bloody Valentine, The Smiths, New Order et même Sisters Of Mercy!

Personnellement, à cette époque, je n’étais pas une fanatique de la musique techno, mais grâce à des groupes tels que The Chemical Brothers, The Prodigy et The Crystal Method, j’ai réalisé que le techno pouvait offrir des rythmes plus agressifs et tout aussi énergiques que ceux associés à la musique rock. Ces textures à saveur rock expliquent pourquoi cet album est aussi marquant et, surtout, pourquoi il a transcendé divers publics. En ce sens, ce disque possède un caractère avant-gardiste.

L’une des très grandes qualités de cet opus est sa grande fluidité; les chansons s’emboîtent parfaitement les unes dans les autres et créent un sentiment d’unicité. Lorsque l’on écoute Exit Planet Dust, nous avons l’impression qu’il s’agit d’un mix digne d’une soirée intense et enlevante, avec une conclusion plus douce et décontractée. Le passé de DJ dans les clubs de Manchester explique cette facilité qu’a The Chemical Brothers à concevoir une entité fignolée comme un tout cohérent (pour qui s’intéresse à la glorieuse époque de Madchester, je vous suggère de regarder le film 24 Hour Party People, 2002).

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Parmi les titres remarquables de ce disque, soulignons «Life Is Sweet», une collaboration avec Tim Burgess de The Charlatans. Ce morceau fut accompagné par un clip en noir et blanc l’où on aperçoit les DJs confinés dans une pièce qui peine à contenir les musiciens et leur imposant équipement, sans compter tous les câbles et fils électriques. Ils ont les allures de scientifiques fous obnubilés par la création de rythmes et d’échantillons, à un point tel qu’ils ne regardent jamais la caméra. On comprend facilement que les deux Anglais sont des geeks (terme que j’utilise avec respect et admiration) dont le but premier est de faire de la musique!

L’album contient des moments très énergiques ainsi que des morceaux plus tranquilles («Chico’s Groove» ou «One Too Many Mornings»), parfait pour une fin de soirée. Le seul titre qui ne semble pas appartenir à cette offrande est «Alive Alone», la collaboration avec la fabuleuse Beth Orton. Ceci étant dit, Exit Planet Dust est une œuvre particulièrement solide, les rythmes sont pesants et vigoureux. Cette offrande est définitivement un fort beau reflet de l’émergence du courant big beat, que ne s’est pas essoufflé avec les années et qui inspire les DJs contemporains tels que deadmau5 et Skrillex.

À surveiller le 14 janvier 2016: «Whatever People Say I Am That’s What I’m Not» d’Arctic Monkeys. Consultez toutes nos chroniques précédentes au www.labibleurbaine.com/Les+albums+sacrés.

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