«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire d’«Ixnay on the Hombre» de The Offspring | Bible urbaine

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«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire d’«Ixnay on the Hombre» de The Offspring

«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire d’«Ixnay on the Hombre» de The Offspring

Quand Weezer est un modèle à suivre...

Publié le 21 décembre 2017 par Isabelle Lareau

Crédit photo : Columbia Records

Quatre ans après la sortie de Smash, le quatuor revient en force et présente un nouvel opus. Sachant qu’il ne pourra pas dupliquer ce succès colossal (seize millions de copies vendues), il n’essaie même pas. À la place, la formation décide de se faire plaisir en explorant un son différent, voire plus accessible. Les paroles n'ont jamais été leur plus grande force, c’est plutôt le jeu de guitare qui leur donne du mordant. Et sur ce disque, c’est là-dessus que The Offspring mise. Quatre millions d'exemplaires plus tard, celui-ci est maintenant considéré comme l'une des pierres angulaires de leur discographie. Un peu comme Pinkerton...

En fait, le groupe de la Californie a un réel talent pour les riffs accrocheurs. D’ailleurs, leur musique est facilement reconnaissable pour cette raison. Mais c’est aussi la voix nasillarde de Dexter qui est particulièrement distinctive et qui a contribué à définir leur identité.

The Offspring a commencé sa carrière en 1984 et s’appelait, pendant les deux premières années, Manic Subsidal. La formation est composée du guitariste et chanteur Bryan «Dexter» Holland, du guitariste Kevin «Noodles» Wasserma, du bassiste Greg Kriesel et du batteur James Lilja. Ce denier quitta après le troisième opus et Ron Welty le remplaça. 

Les musiciens font paraître un premier album de façon indépendante. Après un premier disque homonyme en 1989, ils se font remarquer par Brett Gurewitz, guitariste de Bad Religion et fondateur d’Epitaph. Ensemble, ils lancent Ignition (1992). Mais ce n’est deux ans plus tard que le succès est au rendez-vous avec la bombe Smash (1994).

Être ou ne pas être vendus?

La lune de miel avec Epitaph est de courte durée et la formation quitta l’étiquette avant de retourner en studio pour enregistrer le successeur de Smash. Le groupe, qui refusait de donner des entrevues (au début de leur carrière, du moins) pour éviter d’être étiqueté de «vendu», désirait vivement demeurer indépendant. Mais c’était un mal nécessaire, et ce, malgré leur attachement à Epitaph. Gurewitz, qui était aussi leur gérant de disque, a fait preuve de malhonnêteté et a tenté de vendre les droits de leur musique, à leur insu, à Columbia.

S’estimant trahis, les membres font le saut par eux-mêmes chez Columbia. C’est dans ce contexte de controverse, et un an seulement après la conclusion de la tournée pour Smash, qu’ils retournent en studio avec le réalisateur Dave Jerden, acclamé pour son travail auprès d’Alice In Chains, Anthrax, Jane’s Addiction Fishbone et Social Distortion. 

Ixnay on the Hombre débute avec un avertissement. Le segment «Disclaimer» n’est énoncé par nul autre que l’un de mes artistes anarchistes préférés: Jello Biafra! Peut-être est-ce une façon d’annoncer les couleurs de l’album: on fait ce que l’on veut, sans chercher à surpasser le succès de Smash, car cela ne se reproduira pas. Le quatuor a donc décidé de créer un opus qui leur plairait en optant pour un son plus rock que punk et en délaissant volontairement les chansons plus risquées.

Punk ou rock?

Fidèle à ses principes et prêt à explorer de nouvelles avenues, le quatuor surprend les admirateurs de la première heure en offrant un album plus harmonieux et moins agressif que son prédécesseur. Après un accueil mitigé, le temps fait son oeuvre et certains extraits de cette offrande sont devenus des classiques.

Mentionnons «Gone Away», qui est vraiment une ballade puissante. Pas tout à fait le style auquel The Offspring nous a habitués, mais quelle chanson! La vidéo qui accompagne le titre est simple et très dépouillée. Le groupe est dans un hangar industriel, et les membres sont isolés les uns des autres et affichent un air solennel et affligé.

En regardant les images, nous remarquons que la pellicule apparaît intentionnellement abîmée pour un esthétisme plus obscur. Le chanteur est particulièrement expressif; on réalise sur-le-champ que cette pièce est très personnelle. Le micro est remplacé par une ampoule. Par ailleurs, il est le seul qui interagit avec la lumière; les autres semblent plongés dans une semi-noirceur. D’ailleurs, il y a très peu d’accessoires dans ce clip (une tête de poupée, une horloge…), mais, à deux reprises, il y a un plan sur une main de mannequin… Est-ce que la chanson est dédiée à une ancienne petite amie? À l’écoute des paroles, on comprend qu’il s’agit d’un deuil et nous le ressentons nous aussi. Mais c’est le timbre de la voix de Holland qui donne une impression d’immensité à la tristesse évoquée… Je dois avouer que cette chanson me fait toujours frissonner, vingt ans plus tard.

Certains morceaux sont beaucoup plus rythmés, dont «All I Want». Celui-ci est très efficace malgré les paroles clichées de type adolescent qui se rebelle: «So back off your rules / Back off your jive / Cause I’m sick of not living / To stay alive / Leave me alone / I’m not asking a lot / I just don’t want to be controlled». Par contre, la batterie est géniale, ponctuant avec brio le sentiment d’urgence. Encore une fois, la vidéo rend bien l’émotion de la chanson.

Le jeu de batterie est particulièrement énergique sur «The Meaning of Life» et «Mota», les pièces les plus punk de l’album. Ce sont de vrais petits bijoux. On perçoit également l’influence de la musique surf («Me And My Old Lady») et ska («Don’t Pick It Up»). J’entends aussi quelques échos à la Pennywise sur «Cool To Hate».

Leur version de Pinkerton

Est-ce que ce changement de cap en valait la peine? Il semble que oui. Holland a affirmé en entrevue à OC Weekly: «Nous voulions sortir des limites de ce que nous faisions musicalement. Je suis heureux de l’avoir fait, car cela a mis la table pour plusieurs choses que nous avons faites par la suite. Maintenant, en quelque sorte, c’est devenu l’un des albums favoris des fans, et je dis ceci de façon positive, mais nous avons ainsi fait notre Pinkerton.» Et comme pour cet album de Weezer,  admirateurs et critiques ont décrié l’offrande pour se raviser plus tard.

J’avoue qu’à la première écoute, j’ai pensé: «Ça y est, ils se sont ramollis…» Il m’a fallu apprivoiser cet opus pour reconnaître ses qualités. Il est certes plus rock que punk, mais il est aussi plus sombre.

Avis aux intéressé(e)s : Ixnay on the Hombre est disponible en vinyle depuis le 15 décembre dernier.

Mathieu St-Hilaire et moi-même vous remercions de nous avoir lus cette année. Nous serons de retour à compter du 11 janvier 2018 pour célébrer d’autres merveilleux albums sacrés. Consultez toutes nos chroniques précédentes au www.labibleurbaine.com/Les+albums+sacrés.

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