«Les albums sacrés»: le 30e anniversaire de «Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me» de The Cure | Bible urbaine

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«Les albums sacrés»: le 30e anniversaire de «Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me» de The Cure

«Les albums sacrés»: le 30e anniversaire de «Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me» de The Cure

Romantisme et démesure

Publié le 25 mai 2017 par Isabelle Lareau

Crédit photo : Elektra

En 1987, j’étais un peu trop jeune pour apprécier The Cure à sa juste valeur. Je les entendais à la radio et je les trouvais pas mal, mais je ne possédais pas encore leurs albums. Je les ai vraiment découverts au secondaire, grâce à MusiquePlus, par le biais du clip de la chanson «Lullaby». Je suis tombée sous le charme. C’est une histoire d’amour qui se poursuit depuis.

Je saisis beaucoup mieux la profondeur et le brio derrière leurs mélodies. Ils ont certainement un côté pop, mais il y a également un sentiment de noirceur romanesque qui imprègne leur musique. C’est aussi un état d’esprit qui se transmet au fan, procurant ainsi un réconfort enveloppant.

Robert Smith a fondé, à Crawley (West Sussex, en Angleterre), The Cure à la fin des années 70 avec des copains d’école. Il est le seul membre original du groupe, bien que certains aient quitté pour revenir plus tard. Il est le parolier principal depuis de nombreuses années, préférant chanter ses propres mots, et il est également multiinstrumentiste. Ses parents, étant musiciens, l’ont toujours encouragé à développer son talent.

Une force tranquille…

Leur ascension progressait très bien en Grande-Bretagne lorsque que Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me, leur septième album studio, fut lancé. L’extrait «Just Like Heaven» a permis une percée spectaculaire aux États-Unis pour Smith et ses acolytes. Cette fabuleuse chanson pop est très entraînante. Les paroles sont plutôt directes et, touche charmante, Smith danse avec sa conjointe dans la vidéo.

Malgré le fait qu’on lui attribue un rôle de premier plan dans le mouvement goth, Smith s’en est toujours défendu, affirmant que seulement ceux qui ne sont pas gothiques qualifient le groupe de gothique. Il soutient que The Cure était davantage un «shoegazing band» à ses débuts. Pourtant, l’association perdure. Les paroles sont glauques et son style vestimentaire a été copié par plusieurs gothiques.

Il conserve ce look, car son épouse le trouve beau ainsi et, aussi, par rébellion. En ce qui a trait à son personnage de scène, il fut grandement inspiré par Siouxsie de Siouxsie and the Banshees alors qu’il remplaçait leur guitariste pendant une tournée en 1979. Il fut impressionné par son côté diva, ce qui lui a fait réaliser qu’un chanteur pouvait être théâtral. Personnellement, je ne crois pas qu’il soit particulièrement extraverti en concert, il est plutôt très présent dans le moment, ne faisant qu’un avec la musique. Son maquillage et ses cheveux constituent sa signature, ça, par contre, on ne peut le nier.

Romantisme et démesure

En ce qui concerne les textes, il offre une prose inspirée de la littérature et, par rapport aux thèmes… Eh bien, le musicien écrit seulement lorsqu’il est déprimé. Les phrases sont relativement simples et courtes, et il y a beaucoup de répétitions… Il parle de ses doutes, de ses moments de désespoir et de l’amour également. Il va, à l’occasion, opter pour des allégories, mais ce n’est pas tant le choix des mots qui donne un caractère poignant à sa musique, mais bien sa façon de chanter si distinctive. De plus, son jeu de guitare est impressionnant et souligne avec justesse la mélancolique mise de l’avant.

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«The Kiss», la première chanson, est dans la même veine de ce que le groupe a offert par le passé, avec une approche axée sur l’expérimentation, en dehors de la structure de la pièce pop plus traditionnelle. Il y a également de superbes morceaux quasi instrumentaux tels qu’«If Tonight We Could Sleep» et «The Snakepit» aux accents orientaux, très envoûtants.

«Why Can’t I Be You?» est une pièce mystérieuse pour moi. Lorsque j’écoute le ton de sa voix, j’ai l’impression qu’il s’agit d’un aveu troublant, d’une déception envers soi-même et vis-à-vis les personnes qui ont naturellement une personnalité ou une apparence qui suscite l’envie et l’admiration. Cependant, lorsque j’écoute les paroles, Smith y relate davantage son désir envers quelqu’un, une attirance démesurée… Le vidéoclip a mal vieilli cependant, il soulèverait probablement la controverse s’il paraissait aujourd’hui; le blackface serait du moins vivement critiqué.

«All I Want» est un morceau triste et romantique comme seul Smith sait les concevoir. «How Beautiful You Are» possède une mélancolie qui subjugue l’auditeur, alors que «Shiver and Shake» surprend par son rythme effréné et son ton agressif, ce qui est plutôt rare pour The Cure. «Like Cockatoos» est onirique et tordue, tout fait dans l’ADN du groupe. La chanson «The Perfect Girl» est peut-être la plus faible de l’opus toutefois.

Un véritable classique

Kiss Me Kiss Me Kiss Me est un excellent album, l’un des piliers de la discographie de The Cure. Cependant, j’aurais tout aussi bien pu vous parler de Desingration (1989), Pornography (1982) ou encore Wish (1992)… La majorité de ses parutions sont particulièrement solides et s’écoutent du début à la fin sans escamoter de pièces au passage.

À l’ère de Spotify et iTunes, il semble que l’album concept ou même un disque de plus 50 minutes soit de moins en moins convoité tant par les artistes que les mélomanes. Il y a quelque chose de rassurant à l’idée de pouvoir mettre la main sur une offrande qui s’écoute du début à la fin, d’avoir une échappatoire, un accès à un monde imaginaire. Selon moi, c’est le cas avec The Cure.

Robert Smith est un musicien fantastique qui a trouvé son identité en tant qu’artiste très rapidement et qui a surtout réussi à perfectionner son art. Il demeure fidèle à lui-même et offre des prestations incroyables, à en donner des frissons. La musique est son univers de prédilection et il le partage avec nous.

Et pour vous, que signifie The Cure?

Surveillez la prochaine chronique «Les albums sacrés» le 15 juin 2017. Consultez toutes nos chroniques précédentes au www.labibleurbaine.com/Les+albums+sacrés.

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