«Les albums sacrés»: le 30e anniversaire de «Licensed to III» des Beastie Boys | Bible urbaine

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«Les albums sacrés»: le 30e anniversaire de «Licensed to III» des Beastie Boys

«Les albums sacrés»: le 30e anniversaire de «Licensed to III» des Beastie Boys

Hédonisme 101

Publié le 14 juillet 2016 par Mathieu St-Hilaire

Crédit photo : Getty Images

En 1982, Michael Diamond, Adam Yauch et Adam Horowitz font partie d’un groupe punk hardcore de New York appelé les Beastie Boys. Le groupe fait la première partie d’une multitude de formations punks légendaires, des Dead Kennedys en passant par les Misfits. Ce n’est qu’en 1984, alors que le rap est encore une sous-culture aux États-Unis, que le trio embrassera le hip-hop pour de bon et que les membres changeront leurs noms pour Mike D, MCA et Ad-Rock respectivement. Avec le recul, il s’agit bien entendu d’une décision qui leur servira énormément, sauf qu’il fallait avoir du flair pour faire le pont entre deux mouvements musicaux encore très underground à l’époque aux États-Unis. Leur choix changera complètement la donne et aura un impact immédiat: Licensed to Ill, leur premier long-jeu qui célèbre aujourd’hui ses 30 ans, deviendra le tout premier album rap à atteindre la première place aux États-Unis.

Issu de riches familles juives, le trio, qui n’en est qu’à ses tous premiers balbutiements dans l’univers rap, reçoit en 1985 un coup de fil de Russell Simmonds, cofondateur d’une toute nouvelle étiquette de disque appelée Def Jam Records. Non seulement les Beasties signent-ils avec la toute nouvelle maison de disque, mais ils réussissent même à faire la première partie de la nouvelle star internationale de l’heure, Madonna, dans son Virgin Tour. Les résultats sont catastrophiques, le groupe se faisant huer soir après soir tellement la différence entre les styles (et aussi sans doute dans la qualité des performances) est grande. Sauf que de la mauvaise publicité est tout de même de la publicité, alors le groupe rentre en studio pour enregistrer leur tout premier album, Licensed to Ill.

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Et le fait que trois jeunes blancs fassent du rap créait énormément de controverse dans cette communauté naissante qu’était le hip-hop au début des années 1980. Alors les Beastie Boys se faisaient reprocher de faire de l’appropriation culturelle. Par contre, au tout début de l’année 1986, le groupe hip-hop Run-D.M.C  fait paraître l’album Raising Hell, et leur mégatube «Walk This Way», enregistré avec le groupe hard-rock plus blanc que neige Aerosmith, se hisse au sommet des palmarès. Alors qui fait de l’appropriation culturelle maintenant? Les Beastie Boys entrent donc en studio avec le réalisateur Rick Rubin, qui a aussi produit Raising Hell, exactement au bon moment.

«Rhymin & Stealin» débute donc avec un échantillonnage de «When the Levee Breaks» de Led Zeppelin et «I Fought the Law» des Clash, afin de bien signaler à tout le monde que ce qui suivra sera à la fois rap et rock, tout en provoquant les puristes qui proclament  haut et fort que l’échantillonnage est du vol. Et bien que les trois gars puissent projeter l’image d’être de parfaits abrutis (ce qui est sans doute vrai en partie à l’époque), leur sens du timing est impeccable et leur style explosif est ultra-novateur. Des pièces comme «She’s Crafty» et «Posse In Effect» vieillissent bien, car elles conservent leur énergie juvénile intemporelle.

Sans surprise, Licensed to Ill a été enregistré aux petites heures du matin afin de sauver de l’argent. Tout cela est extrêmement évident à entendre les trois gars rapper tout au long de l’album: Mike D, MCA et Ad-Rock transpirent l’abus d’alcool et les substances illicites. Malgré tout, le disque est une impressionnante parade de hits. «Fight For Your Right» est aujourd’hui devenu un hymne pour les fêtards  beaucoup trop intoxiqués, même si la chanson se voulait être caricaturale au départ. «No Sleep Till Brooklyn», avec Kerry King de Slayer à la guitare, parodie admirablement bien les groupes métal et glam rock, à la Spinal Tap. «Brass Monkey»est une autre piste hyper accrocheuse qui sonne encore merveilleusement bien aujourd’hui.

 Avec le recul, il est absolument incroyable de penser qu’il s’agisse du même groupe qui, quelque dix ans plus tard, allait être derrière le concert bénéfique The Tibetan Freedom Concert et qui épousera pratiquement chaque cause sociale, de la prise de position sur les politiques des États-Unis au Moyen-Orient  jusqu’à la critique des actes de harcèlements sexuels lors de spectacles. Doublement étonnant lorsque l’on entend le trio sur la pièce «Girls»: «Girls to do the dishes / Girls to clean up my room / Girls to do the laundry / Girls and in the bathroom». S’il fallait que la chanson soit lancée en 2016, imaginez le tollé sur les réseaux sociaux ! Pour couronner le tout, des filles dansaient dans des cages sur scène lors de leur tournée de l’album Licensed to Ill. Les membres du groupe ont bien sûr admis leurs erreurs et sont devenus féministes avec les années, mentionnant qu’ils étaient jeunes et ignorants au tout début de leur carrière.

Sauf que ce n’est pas la misogynie qui ressort de Licensed to Ill trente ans plus tard, mais bien le désir absolu de trois idiots de faire une musique révolutionnaire, drôle, percutante et bourrée d’arrogance. Voici trois jeunes rappeurs qui prirent la courageuse et absurde décision de faire une musique jugée «noire» de façon radicale et dénudée de toute subtilité, tout en maintenant un esprit punk en choquant le plus de gens possible. Les Beastie Boys sont devenus des adultes responsables quelques années plus tard, certes, mais Licensed to Ill est le passage obligé de trois jeunes hommes qui veulent à la fois s’éclater et changer leurs vies, en prenant tous les moyens nécessaires pour arriver à leurs fins. Qu’ils aient réussi tout ça et bien plus encore relève presque de la science-fiction.

Surveillez la prochaine chronique le 28 juillet 2016.

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