«Dans la peau de...» l’altiste Stéphanie Bozzini et le danseur Marc Boivin | Bible urbaine

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«Dans la peau de…» l’altiste Stéphanie Bozzini et le danseur Marc Boivin

«Dans la peau de…» l’altiste Stéphanie Bozzini et le danseur Marc Boivin

«Une idée sinon vraie...»: pour les amoureux de découverte, de musique et de danse!

Publié le 18 janvier 2019 par Éric Dumais

Crédit photo : Groupe Le Vivier

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Cette semaine, nous avons interviewé l’altiste Stéphanie Bozzini du Quatuor Bozzini et le danseur Marc Boivin pour en savoir plus sur le spectacle multidisciplinaire Une idée sinon vraie…, qui sera présenté les 24 et 25 janvier prochains dans l'intimité du Gesù (1200, de Bleury).

*Cet article a été commandité par Groupe Le Vivier.

1. Stéphanie et Marc, pouvez-vous nous raconter brièvement vos parcours respectifs et nous dire ce qui vous a menés à collaborer pour ce spectacle multidisciplinaire?

M.B. : «J’enseigne à l’École de danse contemporaine de Montréal depuis 1987. Autour de 2010, j’ai chorégraphié une pièce pour un groupe d’étudiants dans le cadre d’une collaboration entre l’EDCM et la classe de composition d’Ana Sokolović à l’Université de Montréal. Cette collaboration avait été imaginée et créée par Ana et Lucie Boissinot, directrice artistique et des études à l’EDCM. La rencontre a été des plus dynamiques et c’est ainsi qu’Ana a pensé à moi pour mettre en scène sa musique alors qu’elle écrivait Commedia. Elle avait déjà composé trois mouvements pour le Concours International de Quatuor à Cordes de Banff et elle écrivait de nouveaux mouvements pour le Quatuor Bozzini.»

«Je connaissais le Quatuor de réputation seulement, mais nous n’avions encore jamais travaillé ensemble. J’avoue que, bien que la musique d’Ana m’attirait beaucoup, j’avais une certaine crainte à m’imaginer m’insérer dans la dynamique d’un quatuor à cordes. C’est pourquoi le début du processus s’est fait sur une longue période de recherche en studio, un à un, c’est-à-dire un.e musicien.ne et moi à la fois. Nous improvisions, nous avions tout documenté. Les séances servaient autant à la rencontre qu’à générer du matériel chorégraphique et sonore. Comme il s’agissait de créer une mise en scène davantage de l’ordre du spectacle chorégraphique que du concert, il fallait aussi découvrir diverses sonorités qui allaient accompagner les pièces écrites par Ana et permettre un lien entre elles, de même que des transitions.»

«Ceci dit, c’est à partir de là que nous avons été amenés à collaborer pour ce spectacle, avec le désir de mettre la musique et la danse en relation, très simplement.»

S.B. : «Au fil des ans, nous avons fait plusieurs collaborations multidisciplinaires (théâtre, vidéo, film, etc.). La collaboration avec Marc était une suite logique de ce travail. Je dois dire que c’est une collaboration à trois, avec la compositrice Ana Sokolović, qui a eu l’idée du projet original, en fait. Nous connaissions Ana et nous avions travaillé avec elle sur sa musique. Ana et Marc, pour leur part, se connaissaient à partir d’autres projets. Nous souhaitions travailler sur un spectacle avec de la danse; nous voulions lui commander une nouvelle oeuvre (Commedia II)… Elle a donc rattaché tous les fils!»

«Le travail a commencé en 2011. Nous avons fait beaucoup de recherche pour intégrer les deux disciplines. Il était important, pour le Quatuor Bozzini, pour Marc et pour Ana, que ce soit un projet complètement intégré, c’est-à-dire que la danse ne soit pas chorégraphiée sur la musique, ou que ce soit de la musique inspirée par les mouvements de la danse. Comme si les deux formes d’art seraient une discipline en soi. On a fait beaucoup d’ateliers, d’impros et même des résidences (au Centre d’art de Banff, à Circuit Est). On a présenté une première version à Banff en 2012. Puis on a retravaillé sur une nouvelle version en octobre 2012 à l’Agora de la danse

2. Les 24 et 25 janvier prochains, vous présenterez le spectacle «Une idée sinon vraie…», mettant en vedette des pièces de la compositrice canadienne Ana Sokolović, dans l’intimité du Gesù. Pouvez-vous nous parler brièvement du programme musical qui nous sera présenté?

M.B. : «Le programme musical a été légèrement modifié depuis sa création en 2012, par le fait qu’Ana a, depuis, écrit de nouveaux mouvements et de nouveaux personnages dans la série Commedia. Nous avions donc envie de laisser l’œuvre évoluer avec certains d’entre eux. C’est une grande chance que celle de revisiter une œuvre, surtout après tant de temps (on parle de sept ans). Ça nous a permis de cibler davantage l’essence du projet et le concept de base, qui est cette rencontre entre le corps, l’espace et le son… puis ce transfert de l’idée de personnage à identité.»

Le titre Une idée sinon vraie… vient d’un livre traitant de la Commedia dell’ arte datant du XVIe siècle, qui affirme qu’il est difficile d’avoir une idée totalement juste de la forme (du moins celle pratiquée par Angelo Beolco, un auteur et comédien qui a grandement influencé notre spectacle). Ainsi, et faute de savoir exactement ce que c’était, nous pouvons avoir «une idée sinon vraie du moins vraisemblable». Cette phrase m’a beaucoup inspiré autant pour ce qu’elle dit de la mémoire, mais aussi pour cette incapacité fondamentale à affirmer certaine certitude, et non la moindre, celle de nos identités, qui sont constamment appelées à la malléabilité ou à la transformation, aussi petites soient-elles.»

S.B. : «Pour ce spectacle, nous avons repris le concept original d’Une idée sinon vraie… puis on l’a remanié, on a brassé les cartes et on a gardé certains éléments du premier spectacle. L’idée, c’était de reprendre ce qu’on avait, puis de l’approfondir, de regarder où on est, maintenant, en 2019, après sept ans, au niveau artistique, personnel, comme groupe, comme collaborateurs. Ç’a été un processus vraiment libérateur.»

«C’est comme si on pouvait se permettre maintenant de choisir ce qu’il y a de mieux, ce qu’on préfère, ce qui nous lance des défis. Retrouver le familier, mais aussi redécouvrir d’autres aspects de la pièce.»

«Il y a des nouveaux mouvements musicaux, des nouvelles chorégraphies. Donc, c’est cette version-là qu’on présente les 24 et 25 janvier. Jusqu’à la prochaine fois…»

Jeu de lumière avec la violoniste Alissa Cheung pour «Une idée sinon vraie…»

3. Comme leurs noms l’indiquent, les pièces Commedia dell’arte et Commedia dell’arte II sont inspirées de ce même genre du théâtre populaire italien qui met en scène des personnages très distinctifs. De quelle façon la musique et la danse arrivent-elles à illustrer ces différentes personnalités?

M.B. : «Justement, j’ai voulu m’éloigner de l’illustration des personnalités de tous les personnages, même si, évidemment, une familiarité entre ce qu’ils sont dans la musique et la sensibilité d’Ana reste très présente. Il s’agissait, pour moi, de traverser divers états de corps que la musique d’Ana évoquait en parallèle, avec un jeu de transformation d’un état à l’autre.»

«La musique d’Ana est magnifique et très évocatrice en soi. Il m’importait de la laisser faire son chemin autant dans l’oreille du spectateur que dans la proprioception de mon corps. Le rapport est davantage formel, sensoriel, rythmique. Par après, une certaine dramaturgie nous a permis de revenir au sens du «personnage-identité». Les costumes ont d’Angelo Barsetti ont beaucoup aidé à ce niveau.»

4. Comment ce spectacle se démarque-t-il des autres créations du Quatuor Bozzini, notamment «Warblework» de la série Focus que nous avons eu la chance de découvrir en décembre dernier?

M.B. : «Chaque création est d’abord une rencontre et une mise en péril devant la carte blanche offerte de part et d’autre. Quelle sera la nature de cet échange? Que fera-t-il émerger chez l’un ou chez l’autre?»

«Je n’ai pas eu la chance d’entendre Warblework de la série Focus, mais je me souviens très bien, entre autres, d’une rencontre entre le QB et Jean-Frédéric Messier, où la musique et la mise en scène étaient complètement disjonctées. J’avais été impressionné et fasciné! C’est là que je me suis rendu compte de la disponibilité et de la versatilité de ces musiciens. Je voyais qu’une réelle rencontre de recherche en commun était possible.»

S.B. : «Warblework de Cassandra Miller est une oeuvre de concert pour quatuor à cordes, donc ça se présentait dans le cadre d’un récital de musique. C’était nous sur scène (avec la musique!) Dans Une idée sinon vraie…, on partage la scène avec Marc. On bouge (on danse un peu), on joue par coeur. Il y a des costumes, des lumières, une scénographie.»

«Ceci étant dit, l’oeuvre musicale que nous jouons dans ce spectacle est la musique de la compositrice Ana Sokolović, et ce sont des oeuvres de concerts. Nous sommes d’ailleurs dans le processus de les enregistrer pour notre prochain disque (sortie prévue pour 2020). Et nous prévoyons de les présenter à l’occasion de notre série Focus au cours des prochaines années!»

En phase de travail avec la compositrice Ana Sokolović chez Groupe Le Vivier.

«Ce qui était spécial dans la présentation de Warblework (en plus que c’est une très bonne pièce musicale!), c’était de le faire dans le cadre la série Focus où l’on garde une portion de la soirée pour faire une causerie avec le public, pour démystifier la musique, pour la contextualiser. C’est vraiment une discussion avec le public. Puis on rejoue la pièce dans son entièreté, ce qui donne une nouvelle écoute pour le public.»

5. Pour quelle(s) raison(s) nos lecteurs devraient-ils courir voir ce spectacle et, surtout, quel type d’expérience vont-ils vivre à vos côtés ces deux soirs-là?

M.B. : «J’ose dire qu’il y a beaucoup à recevoir de ce spectacle, de la musique d’Ana, des éclairages de Lucie Bazzo, qui sont magnifiquement repris et recréés par Pierre Lavoie, des costumes, de la musique et de la danse. Je pense que le spectacle se prend comme une traversée sensorielle, une méditation sur le jeu d’être une chose un jour, et une autre un autre jour. Bref, c’est la liberté de vibrer selon…»

S.B. : «Pour la découverte, pour la musique et pour la danse! Pour voir des musiciens êtres «liftés» (portés) dans les airs par Marc Boivin pendant qu’ils jouent!»

Votre curiosité a été attisée? La nôtre aussi! Pour vous procurer vos billets, consultez le site de Groupe Le Vivier au www.levivier.ca/calendrier.  Pour découvrir nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le www.labibleurbaine.com/Dans+la+peau+de…

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