Hichem Khalfa Quartet présente «Réminiscences» – Bible urbaine

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Hichem Khalfa Quartet présente «Réminiscences»

Hichem Khalfa Quartet présente «Réminiscences»

Le beau jazz

Publié le 13 mars 2017 par Elise Lagacé

Crédit photo : www.facebook.com/Hichem-Khalfa-Music

L’histoire du jazz a fait la part belle à certains instruments plus que d’autres, et la trompette est l’un de ceux-là; de Gillespie à Byrd, en passant par le colossal Miles Davis et les Chet Baker de ce monde (pour ne nommer que ceux-là). Si le jazz contemporain a vu la corne d’or se faire plus discrète, il n’en demeure pas moins que d’extraordinaires compositeurs et musiciens l’ont empoignée résolument par les pistons. Parmi ceux-là, pensons à Erik Truffaz et son quartet dont les éclats de rock ponctuent le jazz très nu jazz, parfois fusion, souvent acid. La trompette a fait partie des nombreuses explorations qui a fait du jazz ce qu’il est aujourd’hui. Dans ce beau panorama, Hichem Khalfa est loin de faire piètre figure, et son album Réminiscences, qui vient tout juste de paraître, nous montre la mesure d’un talent certain.

Lorsqu’une nouvelle figure musicale fait une entrée (plus) franche sous les feux de la rampe médiatique, le réflexe courant est de chercher à comparer pour définir et situer. Ici, pour parler du dernier album d’Hichem Khalfa et de son quartet, Réminiscences, nous ne ferons pas exception à cette règle, mais en souhaitant rendre tous les honneurs qui sont dus au jeune trompettiste.

Ainsi, en plus d’évoquer Truffaz sur le plan du genre, il convient ici d’interpeler Nils Peter Molvaer sur le plan de la texture et de la clarté du son, et aussi Patrick Artero, bien connu pour ses reprises de Brel.

À l’écoute de Réminiscences, on remarque que ce qui est heureux avec Hichem Khalfa et ses compositions réside dans une relative transparence qui baigne l’ensemble. De nombreuses influences et explorations viennent se mêler à ses compositions, mais sans jamais rendre opaque et hermétique le résultat final. On découvre ici un mélodiste très créatif et un instrumentiste férocement talentueux.

Dans les sept pièces de l’album, la structure est relativement semblable; la trompette prise les entrées tardives et monte en scène une fois que la table est mise. La basse, le clavier et la section rythmique servent ici d’écrin au bijou qu’est cette trompette d’Hichem Khalfa.

Le résultat est ainsi souvent théâtral, parfois redondant, mais somme toute dominé par la force des lignes mélodiques et du très haut niveau de performance musicale.

Les influences qui viennent teinter Réminiscences sont variées. Des tonalités «arabisantes» de «Momo» au plus bebop «Years Later», en passant par l’évanescent «Kokiri», qui nous renvoie un moment aux premières mesures du «Koln Concert» de Jarrett. L’album se clôture par un morceau résolument marqué par le rock, voire une touche de hip-hop: «T-style».

En définitive, si, sur le plan de la composition et de la structure, on dénote une certaine faiblesse facilement excusable par l’élan créateur fulgurant qui traverse l’album, on se retrouve définitivement devant un morceau de plus dans l’histoire du jazz québécois. L’opus a surtout cette qualité de pouvoir s’écouter en boucle sans qu’aucune lassitude ne s’installe.

Voilà un jazz qui flirte avec un certain classicisme, tributaire d’une culture musicale remarquable, et le plus beau, c’est qu’il le fait sans jamais frôler l’ennui ou l’académisme.

De l’élégance, et du beau, très beau jazz.

«Réminiscences», Hichem Khalfa Quartet, avec Hichem Khalfa à la trompette, Jérôme Beaulieu aux claviers, Jonathan Arseneau à la basse et Dave Crotteau à la batterie, à voir au O Patro Vys le 15 mars 2017.

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