«Humanz» de Gorillaz | Bible urbaine

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«Humanz» de Gorillaz

«Humanz» de Gorillaz

Un dernier party avant la fin du monde

Publié le 1 mai 2017 par Édouard Guay

Crédit photo : Parlophone et Warner Bros.

Ce n’est un secret pour personne: Damon Albarn est un artiste polymorphe. Déjà habitué à brouiller les pistes en réinventant constamment le son de son groupe Blur, le musicien britannique n’avait pas fini de nous surprendre… En cosignant la création du groupe virtuel Gorillaz avec le bédéiste Jamie Hewlett, Albarn a révolutionné le monde musical et a pu, au passage, se créer un terrain de jeu artistique très vaste qui n’a aucune limite, ou presque... Sur Humanz, le cinquième album du collectif, l’expérimentation et les collaborations sont à leur comble, pour le meilleur et pour le pire.

Sept ans se sont écoulés depuis l’excellent Plastic Beach et l’inégal The Fall, entièrement composé sur iPad. Depuis, Albarn a composé des opéras rock, a fait renaître Blur et nous a offert un album solo (le très bon Everyday Robots, paru en 2014). Toutes ces incursions ont élargi sa palette musicale qui lui a permis d’ouvrir une nouvelle phase pour Gorillaz. Après les robots dépeints sur son album solo, Albarn donne à son groupe virtuel une plus grande «humanité» avec Humanz, en misant davantage sur les musiciens et les collaborateurs derrière les quatre membres fictifs.

Exit l’esprit cartoon; on nous propose ici un party post-apocalyptique de l’ère Trump, où des tonnes d’invités fêtent la fin de l’Amérique à la même table… Bien sûr, Gorillaz a toujours mélangé les influences, ce qui est leur principale qualité. Cependant, c’est la première fois que le résultat paraît aussi peu constant. On a l’impression que le groupe, pas très inspiré, a confié les clés du studio à des amis et se contente de faire quelques caméos par-ci, par-là.

Ainsi, 2-D, Noodles, Russell et Murdoch prennent moins d’importance sur ce cinquième album, préférant ici s’effacer derrière une foison de collaborateurs issus de différents horizons. Hip-hop, R&B, électronique, dancehall et rock anglais (Noel Gallagher, autrefois un rival d’Albarn avec son groupe Oasis, vient même faire son tour sur «We Are the Power») sont au menu sur Humanz.

Tous les genres des albums précédents sont condensés en une seule unité, mais à trop vouloir inviter de convives à son party, Damon Albarn aurait-il perdu le contrôle?

Les six extraits diffusés sur Internet avant la sortie de l’album présageaient cette approche mixte: on est passé de la déroutante «Hallelujah Money», où le poète et compositeur anglais Benjamin Clementine nous servait une critique acerbe de l’atmosphère de l’Amérique trumpienne, à «Saturnz Barz (Spirit House)», une pièce plus entraînante aux influences de reggae dancehall (merci Popcaan). Puis, il y a eu «Ascension» avec le rappeur Vince Staples, l’excellente «Andromeda», morceau électronique rappelant le Gorillaz des beaux jours, et «We Got The Power», un hymne peace and love un brin sirupeux. Les thématiques sont intéressantes: on nous parle de racisme, d’inégalités, de tolérance et de divisions… Cependant, le rendu n’est pas toujours convaincant.

Certes, l’esprit irrévérencieux de Gorillaz est toujours là, mais il se retrouve ici dilué dans la multitude d’approches de la vingtaine (!) d’invités sur l’album. On s’ennuie franchement de la voix de Damon Albarn, qui n’a jamais semblé aussi peu présente sur un projet. Pour chaque bon moment, on nous en ressort un autre franchement plus banal, ce qui nous rappelle quelque peu l’expression «trop de cuisiniers gâtent la sauce».

Plusieurs collaborateurs de la première heure, comme le trio De La Soul, peinent à faire revenir l’esprit de Gorillaz entre deux pièces facilement oubliables. Certes, «Strobelite» et «Ascension» sont deux très bonnes pièces qui feront danser, «Let Me Out» satisfera les amateurs de hip-hop (merci Pusha-T), et «Busted and Blue» emmène un volet plus mélancolique à une proposition qui, jusqu’alors, manquait de profondeur. Les synthétiseurs du légendaire Jean-Michel Jarre sont également les bienvenus. Cependant, l’album s’essouffle énormément en dernière ligne droite, nous offrant des pièces facilement oubliables et sur le pilote automatique comme «Charger», «Carnival», «Sex Murder Party» (probablement la chanson la plus idiote de Gorillaz) ou «She’s My Collar».

La version de luxe de l’album, avec six pièces de plus, ne vient pas vraiment changer la situation, alors que seule «The Apprentice» ressort du lot.

Ainsi, malgré des qualités indéniables, Humanz ressemble à ce climat d’instabilité et de confusion engendré par Donald Trump à la tête de l’Amérique. On ne sait plus trop où donner de la tête et les humains composant l’album semblent parfois dépassés par les évènements. Espérons que Damon Albarn saura rendre Gorillaz great again en concert

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