«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire de «Hello Nasty» des Beastie Boys | Bible urbaine

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«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire de «Hello Nasty» des Beastie Boys

«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire de «Hello Nasty» des Beastie Boys

Le jour où je suis tombée en amour avec les Beastie Boys

Publié le 25 juillet 2018 par Isabelle Lareau

Crédit photo : www.facebook.com/beastieboys

C’était le 27 juillet 1994, il y avait un soleil brûlant et j’étais au Parc des Îles de l’île Sainte-Hélène (maintenant appelé le Parc Jean-Drapeau). J’assistais au Lollapalooza, essentiellement pour voir L7, Luscious Jackson, The Breeders et Smashing Pumpkins. Juste avant la prestation de Billy Corgan, alors très nonchalant (ma grande déception de la journée), un trio hip-hop fortement inspiré par le punk était à l’affiche. Je n’avais pas particulièrement envie de les entendre car, à mon sens, ce n’était que trois gars qui criaient sans raison et qui n’avaient pas nécessairement de très belles voix…

Entrent sur scène les rappeurs. Leur énergie était formidable et dangereusement contagieuse. Ils ont offert un spectacle phénoménal où ils ont démontré leur talent avec une aisance incomparable. J’ai été éblouie, comme tous les festivaliers présents. Le parterre était survolté et le mosh pit était particulièrement intense. Ils avaient volé la vedette. J’ai eu un véritable coup de foudre musical. Le lendemain, je suis allée chez le disquaire pour me procurer leur discographie complète. Par la suite, à chaque nouvelle parution, j’achetais le disque le jour même.

Ce concert fut une épiphanie: j’avais enfin compris l’ingéniosité de la formation new-yorkaise. Je crois qu’ils ont révolutionné l’histoire de la musique grâce à leur métissage, à leurs références au rap old school et à leur sens de la mélodie. Leur mélange de rock, de punk et de hip-hop a permis aux gens qui n’étaient pas familiers avec le rap de découvrir ce genre et, par la suite, de l’explorer.

Les débuts d’un groupe d’adolescents

La formation a vu le jour en 1981, à New York, une ville qu’elle a tatouée sur le cœur et qui sera un thème récurrent dans leur carrière. Le chanteur Michael «Mike D» Diamond forma un groupe punk hardcore nommé The Young Aborigines. Celui-ci comprenait la batteuse Kate Schellenbach, le guitariste John Berry et le bassiste Adam «MCA» Yauch. À la fin des répétitions, ils changeaient d’instrument et faisaient de la musique pour rigoler. Les chansons créées lors de ces moments de distraction obtenaient davantage de succès que les titres sérieux. C’est ainsi que les morceaux du casse-tête se mirent en place.

En 1982, le groupe enregistra un maxi (Polly Wog Stew) sous le nom de Beastie Boys. La même année, lors d’un concert, ils firent la connaissance du chanteur de The Young and the Useless, Adam «Ad-Rock» Horovitz. Lorsque Berry quitta la formation, c’est ce dernier qui le remplaça. En 1983, ils explorèrent le rap et lancèrent un maxi intitulé Cooky Puss. La batteuse, qui ne se sentait pas à l’aise avec le style hip-hop que les Beasties avaient adopté, abandonna la formation peu après, et Mike D prit le relai.

Mélomanes et skateurs

Certaines pièces n’ont d’intérêt que dans leur contexte. Les Beasties ont leur univers bien à eux, entremêlé de blagues, d’absurdité et d’un immense amour pour la musique, tous genres confondus. Avant d’enregistrer un album, les gars se réunissaient afin de partager leurs découvertes musicales, des chansons qui, inévitablement, devenaient des pierres angulaires de l’offrande à paraître. Ces séances d’écoute étaient entrecoupées de planche à roulettes, les musiciens ayant fait aménager une rampe à côté de leur studio. Pas étonnant qu’il n’y ait eu que huit albums en 31 ans!

Très varié, Hello Nasty est, certes un hommage au passé, mais également un clin d’œil à aux cultures geek et populaire. Cependant, pour bien saisir toutes les subtilités, il faut écouter ce disque du début à la fin, et ce, à quelques reprises.

Vous remarquerez que les Beasties sont des as de l’échantillonnage, des textures et des mélodies. Ils savent manier le rythme et le moduler de façon ultra fluide. Et, bien que les musiciens affectionnent le punk (Bad Brains, Black Flag et Minor Threat), on ne l’entend pas sur ce cinquième opus. Par contre, impossible d’ignorer l’arrivée de Mix Master Mike, un virtuose des tables tournantes, qui a su incorporer de nouvelles sonorités. Son apport est palpable, notamment sur les titres instrumentaux «Song for Junior» et «Sneakin’ Out of the Hospital».

La controverse, la maturité et le legs des Beastie Boys

Des critiques et des artistes ont reproché aux trois MCs de ne pas être des rappeurs authentiques, car ils proviennent de familles aisées et qu’ils sont d’origine juive. Malgré leur amour pour New York qui est, à leurs yeux, une source intarissable d’influences aussi diverses que multiethniques (un héritage qu’ils ont toujours revendiqué), certains estiment qu’ils manquent de profondeur. Le trio a, bien sûr, fait sourciller bien des gens lorsqu’ils sont devenus le premier groupe rap à obtenir la première position sur le fameux top Billboard pour Licensed To Ill (1986). Soyons honnêtes, les classiques «(You Gotta) Fight For Your Right (To Party)», «No Sleep Till Brooklyn» et «Girls» sont plutôt… juvéniles.

Les gars avaient créé à l’époque des personnages, et ceux-ci ne reflétaient plus qui ils sont devenus avec les années. Ils ont gagné en maturité et ont développé une conscience sociale, ont condamné le racisme, ont épousé le mouvement féminisme et promu la cause du Tibet (par le biais du Milarepa Fund, qui orchestra le Tibetan Freedom Concert).

Ils tentèrent de se distancer de cet album tout au long de leur carrière par la suite. Hello Nasty ne fait pas exception. Ils démontrent une certaine maturité, mais aussi une certaine nostalgie. Le thème de la technologie qui obnubile les gens à mauvais escient est présent, un peu comme si les musiciens se sentaient légèrement dépassés… «Song for the Man» parle d’une femme qui a été victime de harcèlement dans le métro, une scène dont Ad-Rock fut témoin.

Horovitz a également revisité des moments plus sombres de son existence (la surdose mortelle de son ami et chanteur de The Young and the Useless ainsi que le décès de sa mère, qui n’aura pas eu la chance de voir la parution de Licensed To Ill ni l’évolution de son fils), par le biais du titre «Instant Death».

«Dr. Lee, PhD» est un hommage à Lee «Scratch» Perry, un musicien reconnu en tant que pionnier du dub reggae. Non seulement il chante sur la chanson, celle-ci contient également un échantillon de «Dub Revolution» de Lee Perry & The Upsetters.

Il y a les vidéoclips qui sont toujours intéressants à regarder. C’est le cas d’«Intergalactic», un extrait qui fut très populaire, où les B-Boys nous expliquent qu’ils sont d’excellents rappeurs et que nous ne devrions pas les mettre au défi, car nous le regretterions. Pourtant, le clip, un mélange d’humour et de films de science-fiction de type amateur, est tout sauf prétentieux. Et quelle chanson, de la dynamite!

«I Don’t Know» est une balade bossa-nova très douce qui explique que la richesse n’est pas synonyme de bonheur. Cela ne sonne pas du tout comme les Beasties, mais, après tout, s’il y a bien un groupe qui excelle à changer de style, c’est bien eux.

Récemment, Mike D, en parlant de sa carrière après la fin des Beastie Boys déclara ceci à Vulture: «Je suis intéressé à essayer les choses pour lesquelles j’ai l’impression que je n’ai pas d’affaire à essayer. Parce que cela faisait partie de ce que nous faisions en tant que groupe. Nous n’avions pas peur d’essayer quoi que ce soit.»

Et c’est exactement ce qu’ils ont fait, de 1981 à 2012.

Tristement, le décès de MCA (2012) entraînera la fin du groupe, Ad-Rock et Mike D préférant cesser par respect pour leur ami. Cependant, leur pérennité est assurée grâce à des artistes comme Eminem, Kid Koala et Rage Against the Machine.

Surveillez la prochaine chronique «Les albums sacrés» le 9 août 2018. Consultez toutes nos chroniques précédentes au www.labibleurbaine.com/Les+albums+sacrés.

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