«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire de l’album «Follow the Leader» de Korn | Bible urbaine

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«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire de l’album «Follow the Leader» de Korn

«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire de l’album «Follow the Leader» de Korn

Comment le groupe californien a pris sa place

Publié le 27 septembre 2018 par Isabelle Lareau

Crédit photo : Immortal / Epic

Souvent considéré comme la formation qui a donné naissance au nu metal, le groupe californien a un parcours plutôt cliché, s’inscrivant dans le mouvement de contre-culture que les années 90 ont favorisé. Ce qui le distingue, c’est sa détermination à mettre de l’avant une musique à son image, ce qui ne plaisait pas aux métalleux «puristes» qui y voyaient plutôt un sacrilège.

En effet, en 1993, lorsque Korn a lancé son premier enregistrement, le fait de mélanger le rap et le métal était plutôt inhabituel. Leur démo, Neidermayer’s Mind, fut, au début du moins, boudé. Pourtant, le quintette de Bakersfield, en Californie, ne démordra pas.

Des origines mystiques?

Les débuts de Korn remontent à 1989. Avant que la formation ne soit constituée du chanteur et cornemuseur Jonathan Davis, des guitaristes Brian «Head» Welch et James «Munky» Shaffer, du bassiste Reginald «Fieldy» Arvizu ainsi que du batteur David Silveria, les musiciens faisaient partie de différents groupes.

En effet, Arvizu, Shaffer et Silveria étaient des membres de L.A.P.D. depuis 1989 et étaient amis avec le guitariste Brian Welch. Lorsque L.A.P.D. perdit son chanteur, ils recrutèrent Welch, mais ils avaient toujours besoin d’un chanteur…

Après avoir vu Jonathan Davis sur scène (avec sa formation SexArt et dont les chansons serviront de fondation pour Neidermayer’s Mind), ils savaient qu’il était le chaînon manquant, qu’il apporterait la noirceur voulue à leur musique. Davis, pour sa part, a hésité avant d’auditionner pour le groupe. Welch affirmera plus tard, dans sa biographie, que c’est un médium qui a convaincu le chanteur de passer l’audition!

Les musiciens partagent des goûts semblables, tant en matière de métal (Biohazard, Faith No More, Fear Factory, Pantera, Sepultura ainsi que leurs amis Slipknot – à vrai dire, ils se sont influencés mutuellement car les deux bands ont travaillé avec les réalisateur Ross Robinson, qui a servi d’intermédiaire) que de rap (Beastie Boys, Cypress Hill, Living Colour et Rage Against the Machine). Les gars affectionnent également les sonorités plus funky et déjantées (Mr. Bungle, Primus et Red Hot Chili Peppers). Le chanteur, fanatique du new wave à l’adolescence (Duran Duran, The Cure), contribue à façonner leur son déjà très riche. Petit fait cocasse: les membres de Korn ont, à l’exception du batteur, froncé les sourcils lorsque Jonathan Davis a voulu incorporer la cornemuse à leur musique, mais Shaffer a conclu que puisque «AC/DC l’avait fait, et que c’était cool, pourquoi pas, essayons-le.»

Ils composèrent des chansons ensemble avant même d’avoir un nom. Inspiré, en partie, par le livre Children of the Corn de Stephen King, les membres du groupe ont trouvé une épithète qui leur convient particulièrement bien, en rétrospective. Ils jouèrent avec les mots et baptisèrent leurs admirateurs Children of the Korn. Ces derniers possèdent la caractéristique commune suivante: des parents qui n’aiment pas leur musique, ce qui explique le sentiment de rébellion qui anime ces adolescents.

Ce parallèle avec l’histoire de King n’est pas si surprenant lorsque l’on sait que certains des membres de la formation furent victimes d’intimidation. Davis, pour sa part, fut maltraité par sa belle-mère, victime d’abus sexuels (sa famille ne l’a pas cru) et la cible d’insultes homophobes. Ces cicatrices sont encore bien présentes aujourd’hui. Ayant un historique de dépression et d’anxiété, il deviendra un activiste pour les causes de la santé mentale ainsi que de la communauté LGBTQ+.

Après deux albums plus sombres (Korn en 1994 et Life is Peachy en 1996) et beaucoup d’efforts, les gars connaissent un certain succès et, enfin, des profits. Ils estimèrent qu’ils avaient le droit d’avoir du plaisir et firent la fête. L’alcool, les drogues et le sexe sont omniprésents dans le studio. L’humeur était plus joyeuse et ils souhaitaient faire un album plus léger (et pourtant!) où l’accent serait mis sur les chansons.

Surdose d’émotions

Je crois qu’il serait juste d’affirmer que Korn crée de la musique agressive, mais que Davis et ses acolytes sont des gars sensibles. L’exemple le plus révélateur est l’extrait «Pretty» (la préférée de Davis de l’album) qui est infiniment triste et particulièrement sordide. Le chanteur, qui a travaillé dans un bureau de coroner, relate le cas d’une fillette de 11 mois qui fut violée à maintes reprises, dont les jambes étaient cassées, puis étranglée par son père.

Le morceau «Justin» fut écrit pour un jeune admirateur atteint du cancer et dont le dernier souhait était de rencontrer Korn. Une demande qui a mis Davis particulièrement mal à l’aise, ayant de la difficulté à gérer le statut d’idole. «Reclaim My Place» fait écho aux railleries qu’il subit, et ce, même s’il est une vedette de rock.

La rançon de la gloire

Contrairement à Jane’s Addiction, Korn partage les crédits pour les droits d’auteur entre tous les membres. Et lorsque vient le temps de choisir le sort d’une chanson, ils passent au vote. En ce qui a trait à «Freak On a Leash», un des titres favoris de la bande, le chanteur voulait conserver la version originale qui contenait un pont instrumental axé sur la guitare. Les autres membres ont préféré l’abréger afin que l’extrait cadre avec les standards de la radio commerciale. Ce qui est ironique, compte tenu du fait que Davis a écrit ce morceau afin de critiquer l’industrie de la musique, à qui il reproche de le faire sentir comme un prostitué et de lui avoir volé son innocence. Cette pièce est aussi un hommage au beatboxer Doug E. Fresh.

«All in the Family», un duo avec Fred Durst de Limp Bizkit, se voulait, au départ, un titre démontrant la camaraderie entre les groupes nu metal, trop souvent accusés de rivalité malsaine. Le fait que le studio avait les allures d’un bar particulièrement décadent et que tous, ou presque, étaient sous influence a nui à l’esprit du morceau et celui-ci ressemble davantage à un échange d’insultes homophobes… Ce duo devait être chanté, à l’origine, avec B-Real de Cypress Hill, mais sa compagnie de disque a refusé.

Toutefois, l’amour du hip-hop de Korn est tangible grâce à la présence des artistes Ice Cube («Children of the Korn») et Tre Hardson, ex-membre de Pharcyde («Cameltosis»).

À vrai dire, les musiciens aiment autant le rap que le métal, mais leur mixture si unique découle également du fait qu’ils ont fait un effort conscient de créer des chansons ayant une mélodie. Ils considèrent que Follow the Leader constitue une réussite sur ce plan, car ils sont parvenus à créer des refrains vraiment accrocheurs. Ils affirment que, pour la première fois, ils ont écouté avec attention comment ils jouaient, ce qui leur a donné confiance en leur talent et l’envie d’aller plus loin, tout en s’amusant.

Le jeu de basse de Fieldy est super entraînant, il est possible de déceler des similitudes avec Les Claypool et Flea. Les deux guitaristes sont très talentueux, et le batteur modulait son jeu au rythme du chanteur au lieu de suivre le métronome. La voix de ténor de Davis et le fait qu’il rappe, crie et chante en variant les intonations font de lui un chanteur intéressant. De plus, il n’hésite pas à conserver sur les enregistrements les moments plus désespérés que laisse trahir son interprétation, spécialement lorsqu’il traite de sujets plus sombres et personnels.

La popularité est difficile pour les membres. Davis décide de devenir sobre en 1998, peu après la sortie du disque, réalisant qu’il ne pourrait pas survivre à sa dépendance et qu’il était désormais un père (il devra se battre à nouveau contre cette maladie en 2013 et, plus récemment, avec le décès de son épouse qui tentait de devenir sobre). Head fait le même constat, quitte la formation en 2005 afin de vaincre sa toxicomanie, et devient chrétien. Il se joindra à nouveau à Korn en 2013, et ce, de façon permanente. David Silveria quitta également la formation en 2006 et fut remplacé par Ray Luzier. Malgré ses nombreux plaidoyers, le groupe refuse de le réintégrer en raison de ses commentaires négatifs à leur égard.

Ils ont, à ce jour, offert douze albums. Leur notoriété s’est amoindrie, tout comme la popularité du nu metal. Korn a bien tenté d’innover en infusant du techno et en choisissant des collaborateurs variés, mais leur son a peu évolué. Cependant, revisiter Follow the Leader nous a permis de nous souvenir pourquoi le groupe a occupé une place de choix dans la musique des années 90. 

Surveillez la prochaine chronique «Les albums sacrés» le 11 octobre 2018. Consultez toutes nos chroniques précédentes au www.labibleurbaine.com/Les+albums+sacrés.

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