«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire de l'album «To Bring You My Love» de PJ Harvey | Bible urbaine

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«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire de l’album «To Bring You My Love» de PJ Harvey

«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire de l’album «To Bring You My Love» de PJ Harvey

Âme sensible et artiste assumée

Publié le 26 février 2015 par Isabelle Lareau

Crédit photo : Island

La mystérieuse Polly Jean était un secret bien gardé des mélomanes britanniques jusqu’à ce que la musicienne fasse paraître son troisième album, l’excellent To Bring You My Love.

La formation PJ Harvey a vu le jour en 1991 et comprenait, à l’époque, Harvey au chant et à la guitare, Steve Vaughan à la basse ainsi que Rob Ellis à la batterie. Le trio se fait rapidement remarquer grâce aux parutions Dry (1992) et Rid Of Me (1993). Ils se distinguent grâce à son rock à saveur punk, teinté de blues et soutenu par des textes incisifs, honnêtes et brutaux.

Suite à des frictions internes, le groupe se sépare après la tournée pour l’offrande Rid Of Me. En 1995, elle présente, en tant qu’artiste solo, To Bring You My Love, ce qui créé une véritable secousse dans le paysage musical nord-américain. Parolière, chanteuse, multi-instrumentiste (guitare, piano, orgue, percussion…) et coréalisatrice, elle surprend autant par son talent que par son individualité. Ce nouvel opus marque pour la Britannique un grand changement; elle délaisse les sonorités punk et s’inspire de musiciens tels que Captain Beefheart, Tom Waits et, bien sûr, Nick Cave. Pour la réalisation, elle retient les services de John Parish et Flood, qui deviendront des collaborateurs fréquents tout au long de sa carrière.

Plusieurs critiques la considère comme l’égérie gothique du mouvement grunge, mais je crois plutôt qu’elle offre un rock original, avec une prédilection pour le côté sombre, d’où la connexion avec le blues. Sa voix est puissante et vulnérable à la fois, comme si son âme était à vif. En fait, la voix de PJ Harvey est riche en contraste et en émotion; éraillée à l’occasion, elle oscille entre l’affliction et l’acrimonie. Je la soupçonne d’être une femme rebelle et tourmentée. Et pourtant, les aveux déchirants qu’elle partage ne sont pas toujours les siens. 

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De plus, il n’y a pas que la musique de PJ Harvey qui est singulière, il y a aussi sa personnalité publique. Bien qu’elle soit évasive sur sa vie privée, elle s’assume, sans chercher à obtenir une quelconque forme de validation. Son style personnel l’illustre bien; elle est une femme sexuée qui ne cherche pas à séduire, comme elle le démontre avec son clip «Down By The Water».

Cette vidéo contrastait avec l’esthétisme de l’époque (où les chemises à carreaux, les jeans troués et les espadrilles Converse étaient la norme). On y voit une femme longiligne, exsudant de confiance, vêtue d’une robe satinée écarlate et maquillée à outrance.

To Bring You My Love est un album solide et varié, tant au niveau de l’instrumentation que des atmosphères. La pièce éponyme est l’introduction parfaite; lascive et perçante, le hurlement de PJ résonne avec conviction. «Meet Ze Monsta» possède un rythme groovy et moderne, tandis que la très mélancolique «C’mon Billy» offre un jeu de guitare folk, accompagnée par une voix très blues. «Long Snake Moan», pour sa part, est corrosive à souhait. D’ailleurs, c’est cette offrande qu’il l’a consacrée comme l’une des trois grandes dames de la musique alternative (en compagnie de Tori Amos et Björk).

Selon moi, ce titre est tout à fait justifié.

Prochaine chronique à surveiller le 12 mars: «The Bends» de Radiohead. Consultez toutes nos chroniques précédentes au www.labibleurbaine.com/Les+albums+sacrés.

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