«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire de The White Stripes | Bible urbaine

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«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire de The White Stripes

«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire de The White Stripes

Rouge, blanc et blues

Publié le 7 janvier 2020 par Isabelle Lareau

Crédit photo : Third Man Records

Légèrement avant que les années 2000 ne surviennent, j’avais la triste impression que peu de formations parvenaient à se distinguer par leur originalité ou leur capacité à innover… Il faut dire que les années 90 avaient été particulièrement riches en albums révolutionnaires, et ce, dans une panoplie de styles et de mélanges de genres différents. Par hasard, en 2001, je suis tombé sur le clip de «Fell In Love With a Girl», où des blocs Lego, modulés par un rythme effréné, construisent et déconstruisent comme par magie les profils d’un duo qui allait réinjecter une dose de vitalité essentielle à la renaissance du rock garage. C’était The White Stripes.

L’origine de la formation était, à ses débuts du moins, plutôt mystérieuse: une sœur discrète et son frère fort bavard, vêtus uniquement de rouge, de blanc et de noir… Les médias, n’étant pas dupes, ont rapidement découvert la supercherie: Meg et Jack étaient (à l’époque) un couple marié. L’idée était que le public s’intéresse à la musique et oublie l’aspect plus sensationnel de leur relation. Malheureusement pour eux, cela n’a pas eu l’effet escompté, bien au contraire.

Néanmoins, leur image était habilement construite et cette confusion a certainement contribué à leur aura énigmatique.

Par ailleurs, la conception du groupe est elle aussi mystérieuse… La rumeur voudrait que Jack, qui était batteur dans d’autres formations avant de former The White Stripes, ait demandé à Meg de jouer un rythme quelconque pour l’accompagner à la guitare alors qu’il était, pour sa part, en train d’enregistrer de la musique, à la maison. Il est tombé sous le charme de sa façon de jouer, qu’il considérait rafraîchissante et surtout libératrice, car cela lui permettait de se rapprocher de la musique blues qu’il aime tant.

C’était en 1997, à Détroit. Deux ans plus tard, ils lancent ensemble un premier opus, intitulé The White Stripes.

Faire du neuf avec du vieux

Adolescent, Jack était de son temps et affectionnait des groupes comme Nirvana. Cependant, son mentor, alors qu’il apprenait comment rembourrer des meubles (c’était son métier avant d’être musicien à temps plein), l’a introduit au vieux blues. Ce fut une révélation pour le jeune de dix-huit ans, qui considérait désormais que des artistes tels que Son House et Blind Willie McTell parvenaient à exprimer comme nul autre des sentiments avec une authenticité inégalée, et ce, sans enjolivement.

Jack a également eu un faible pour le country. Meg, pour sa part, a dit en entrevue que Bob Dylan est son musicien préféré. Je crois que ces influences expliquent pourquoi le duo, bien qu’il ait été associé au rock garage, a toujours eu un son différent des formations associées à la renaissance du mouvement, comme The Vines, The Hives et The Strokes.

Leur son unique n’est pas le fruit du hasard… Jack, étant le cerveau des Stripes; il avait par ailleurs décidé de la direction artistique qu’ils allaient emprunter. Il voulait créer un théâtre punk. La mise en scène qu’il avait imaginée serait toujours axée sur le blanc, le rouge et le noir. Un autre élément inusité fut établi dès le commencement: il n’y aurait pas de basse; seulement une batterie, une guitare et une voix. Une règle stricte qui leur permettait d’être plus inventifs, et surtout, d’éviter de surcharger leur musique, la hantise de Jack.

Le chanteur et guitariste croyait que la vraie liberté artistique résidait dans la contrainte.

De plus, il a opté, à cette époque, pour un son analogue. C’était un désir conscient de se distinguer de ses contemporains, qui préféraient le digital. En studio, le couple est reconnu pour ses conditions d’enregistrement sans flafla qui vont à l’essentiel. En effet, il n’y avait que l’équipement et une machine à café; aucune distraction n’était permise.

De plus, Jack est un perfectionniste qui aime la spontanéité; il cherche à enregistrer ses chansons en une seule prise. Il ne les retravaille pas, et en plus il tient à effacer les mauvaises. Cela a bien changé depuis, car aujourd’hui il utilise le logiciel Pro Tools. Mais à cette époque, les ordinateurs étaient proscrits et les instruments étaient tous rétro, le leader ayant une nette préférence pour ceux des années 60. Cette méthode s’est avérée efficace: sur une période de huit ans, la formation a fait paraître six albums, dont certains ont été réalisés en deux semaines seulement.

Une paire tout en contraste

Bien que, de façon générale, Jack soit reconnu pour son ingéniosité, la contribution de Meg au sein des White Stripes fut le sujet de plusieurs débats polarisants.

Jack, le plus jeune d’une famille de dix enfants, a toujours baigné dans un univers musical, grâce à son père et à ses frères, et c’est pourquoi il joue de différents instruments. Meg étant très secrète, on sait peu de chose sur sa vie avant les White Stripes, ou même après. Il semble qu’elle ne savait pas jouer de la batterie lorsque Jack lui a demandé un coup de main…

Cependant, elle sait jouer de façon très instinctive et avec réserve, elle est d’ailleurs l’antithèse de Jack à cet égard, mais aussi (et pas seulement) son faire-valoir. En ponctuant le rythme seulement lorsque nécessaire, elle laisse de la place à Jack, qui peut donner libre cours à ses envolées de guitare. Elle ne sature jamais les chansons pour démontrer sa dextérité; elle valorise plutôt le silence comme partie intégrante de la musique. Son sens de la mélodie a un petit je ne sais quoi, similaire au vers d’oreille ou encore aux comptines d’enfants. À mon avis, créer quelque chose d’aussi distinctif et d’accrocheur démontre un certain talent.

Plusieurs critiques lui ont reproché son jeu trop simpliste, mais je crois surtout qu’ils n’ont pas compris qu’elle favorisait une approche minimaliste et émotionnelle à la fois. Son comparse l’a toujours défendue, disant qu’elle était la meilleure composante du duo, et que jamais il ne voudrait la remplacer lorsqu’on lui demandait si Meg l’empêchait de progresser.

Un début prometteur

Je l’avoue, cette offrande ne se distingue pas vraiment par son originalité. On y entend indéniablement deux des plus grandes influences de Jack: Son House pour la guitare et MC5 pour le côté plus bigarré ou cacophonique des White Stripes.

À vrai dire, cet opus me fait surtout penser à The Jon Spencer Blues Explosion, bien que la formation fut moins expérimentale et noise, étant davantage ancrée dans le blues traditionnel. Mais c’est un excellent album, sans moment faible, les dix-sept titres sont entraînants et bruts, tout en étant bien structurés.

Pour un premier album, c’est franchement impressionnant.

Assurément, le son des White Stripes s’est affiné avec le temps, mais surtout il a su rester moderne. Un peu comme si le duo avait délaissé ses racines blues et country pour embrasser ce qui le rend unique. Cette offrande était le présage de ce que le groupe avait à offrir, c’est-à-dire du vrai rock énergique.

Je regrette la fin de la formation, mais savoir quand s’arrêter fait également partie des convictions artistiques de Jack White. Et, quand même, je suis reconnaissante d’avoir six excellents albums à écouter lorsque je m’ennuie de mon duo préféré!

Surveillez la prochaine chronique «Les albums sacrés» le 16 janvier 2020. Consultez toutes nos chroniques précédentes au www.labibleurbaine.com/Les+albums+sacrés.

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