«Les dépêches musicales» de Bible urbaine – Novembre 2018 | Bible urbaine

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«Les dépêches musicales» de Bible urbaine – Novembre 2018

«Les dépêches musicales» de Bible urbaine – Novembre 2018

La grisaille, la sensibilité et une touche d’épouvante

Publié le 14 novembre 2018 par Isabelle Lareau

Crédit photo : Montage: Isabelle Lareau

Il semble que ce mois des morts a un petit quelque chose de funeste… En effet, que ce soit sur la scène locale ou internationale, la musique offerte est sombre, introspective et triste. Au Québec, Salomé Leclerc nous présente un album poétique, Elliot Maginot fait preuve de sensibilité, et Lesser Evil est mystérieux et captivant. En Angleterre, c’est Thom Yorke qui offre une bande originale pour un film d’horreur.

Les découvertes et les nouveautés


Les choses extérieures
– Salomé Leclerc

Forte de son succès avec le magnifique 27 fois l’aurore (2014), l’auteure-compositrice-interprète nous revient avec une troisième parution, nommée Les choses extérieures. Ce disque marque également une étape importante dans la carrière de l’artiste. Cette fois-ci, elle assume différents rôles, autant l’écriture que la composition, les arrangements et la réalisation. Elle a cependant demandé un coup de pouce de la part de ses complices, dont Philippe Brault, à qui elle a fait entendre les chansons afin de lui demander conseil, Félix Dyotte, pour relire ses paroles, Antoine Corriveau, pour l’aider à donner une direction à l’album, et Ghyslain-Luc Lavigne, pour le mixage. Elle a également sollicité l’apport de la violoniste Mélanie Bélair. Ces contributions semblent avoir inspiré la multi-instrumentiste à suivre son instinct et à se révéler.

Cet album apparaît comme une fenêtre ouverte sur le monde de Leclerc. Un univers empreint de poésie et de sensibilité.

«Entre ici et chez toi» est un constat introspectif quelque peu taciturne, tandis que «Dans une larme» est un titre aux paroles tristes, mais dont le rythme est varié et fluide. «Ton équilibre» a les allures d’un aveu à une flamme qui appartient désormais au passé. Le violon et les chœurs sur cet extrait nous donnent l’impression de flotter. «Chanson #7» et «Des plumes et des ombres» semblent être une réflexion d’un amour qui s’est terminé, pour de bon. L’auditeur remarquera également les nombreuses références aux oiseaux.

Avec Les choses extérieures, Salomé Leclerc crée un sentiment de proximité avec l’auditeur en chantant tout doucement, comme pour nous bercer. Et même si sa voix est délicate, nous sentons que Leclerc est bien présente et investie dans les pièces de cette nouvelle offrande. Les textes sont intimes et spécialement jolis, et le rythme des morceaux complimente à merveille le ton de confidence qui illumine Les choses extérieures. Il s’agit peut-être de son meilleur album à ce jour.

L’opus est disponible depuis le 12 octobre 2018.

Comrades – Elliot Maginot

Ce nouvel album marque, pour le musicien originaire de Saint-Hyacinthe, une évolution épatante. Il a su approfondir son talent et son sens de la mélodie. Il avait réussi, pour sa première galette, Young/Old/Everything.In.Between, parue en 2015, à concocter une formule folk harmonieuse, atmosphérique et accrocheuse. Cette fois-ci, le multi-instrumentiste peaufine ses compositions et amalgame plusieurs éléments, relevant essentiellement de la pop. Par ailleurs, il ne s’agit pas du seul changement pour le chanteur et musicien qui, fort d’une grande expérience de tournée, a décidé de changer de compagnie de disque, mais aussi de retenir les services d’un nouveau réalisateur, Connor Seidel (Matt Holubowski, Coco Méliès et Soran), plutôt que Jace Lasek (The Besnard Lakes), qui avait favorisé un son plus éthéré sur sa première offrande.

Sa voix conserve le même timbre mélancolique et on perçoit toujours sa sensibilité à fleur de peau. Surtout, on devine une certaine tristesse, mais aussi une certaine retenue. La présence des synthétiseurs et du saxophone nous rappelle indéniablement les fameuses années 80, un peu comme s’il s’agissait d’un emprunt plutôt qu’une source d’inspiration. Cela crée un mélange qui manque de limpidité et qui peut faire sourciller l’auditeur à l’occasion.

Toutefois, l’ambiance est légèrement planante, à la The War on Drugs, et également très enveloppante. La réalisation est très fignolée, peut-être un peu trop, et cela cause un effet mielleux qui peut devenir lassant par moments. Ceci étant dit, ce disque est très bon et il est parfait pour accompagner les journées grises et maussades de novembre. Le sentiment de mélancolie qui est omniprésent tout au long de Comrades saura se creuser un sillon dans l’imaginaire des mélomanes qui affectionnent ce genre.

L’album est en vente depuis le 2 novembre 2018.

Les revenants d’entre les morts


Suspiria
– Thom Yorke

Le chanteur et guitariste n’est pas vraiment un revenant, mais en tant qu’artiste solo, son dernier enregistrement date de 2014… Cette fois-ci, il s’aventure en territoire inconnu et offre, sous la forme d’un album double, une première bande originale en carrière. Elle fut composée spécialement pour le film de Luca Guadagnino, Suspiria, qui revisite la version originale de Dario Argento (1977).

Cet enregistrement constitue un tout en soi et s’écoute très bien, et ce, même si l’auditeur n’a pas vu le film. La musicalité du chanteur de Radiohead se prête particulièrement bien à l’exercice et la magie des vingt-cinq pièces (interludes, morceaux instrumentaux et chansons) surprend.

Il y a certes une certaine douceur, mais il y a également un aspect réaliste dans le côté plus macabre que Yorke nous offre sur cet opus. Par ailleurs, les arrangements sur cette bande originale sont superbes et la présence du piano est sublime. De plus, Yorke a fait appel au London Contemporary Orchestra and Choir ainsi qu’à son fils Noah (batterie sur «Has Ended» et «Volk») pour l’épauler dans ce projet.

«Unmade», «Suspirium» et «Suspirium Finale», parmi les rares titres où l’on entend la voix du musicien, sont excellents. Ces extraits sont très similaires à ce que Radiohead a offert par le passé. Il est même possible que vous ayez une folle et forte envie d’entendre un successeur à A Moon Shaped Pool (2016). Pour sa part, Thom Yorke devrait faire paraître un nouvel opus en 2019.

La bande originale est en vente depuis le 26 octobre 2018.

À surveiller ce mois-ci:

Lesser Evil – Lesser Evil

Lesser Evil est un nouveau duo composé d’Ariane M. et de Christophe Lamarche-Ledoux (feu doux, Chocolat, Organ Mood et autres). L’histoire de leur rencontre est charmante; il s’agit d’anciens voisins qui, pendant leur enfance, avaient des fenêtres de chambre adjacentes. Il faudra plusieurs années avant que l’idée de collaborer ne se concrétise, mais l’attente en a valu la peine. Espérons que ceci est le début d’une relation musicale fructueuse, car cette introduction est particulièrement intéressante.

Leur musique démontre une certaine subtilité tout en ayant une richesse au niveau de la composition. Il s’en dégage un son lugubre et langoureux. Les paroles offrent un soupçon de noirceur et sont chantées avec mélancolie et chaleur.

Les sonorités sont plutôt variées; il y a des textures plutôt modernes, et d’autres davantage vintage. La voix d’Ariane, trafiquée à l’occasion pour augmenter l’effet nostalgique ou encore désemparé, peut faire penser à celle de Kandle. L’atmosphère générale qui en émane est quelque peu obscure et sophistiquée. Cette offrande est indéniablement enchanteresse. «Caution» est le premier extrait officiel. Légèrement cacophonique, on ressent un sentiment d’inquiétude teinté d’épouvante. 

Le mini-album sera disponible est le 30 novembre 2018.

Surveillez la prochaine chronique «Les dépêches musicales» de Bible urbaine dès janvier 2019. Découvrez nos suggestions des mois passés au www.labibleurbaine.com/Lesdépêchesmusicales.

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