«Montréal $ud» de Dead Obies | Bible urbaine

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«Montréal $ud» de Dead Obies

«Montréal $ud» de Dead Obies

Le Sud Sale débarque en ville

Publié le 12 novembre 2013 par Isabelle Lareau

Crédit photo : Dead Obies

Habitués des WordUP Battles, c’est en 2011 que les gars de Dead Obies ont décidé de collaborer ensemble. En 2012, ils nous offrent un premier disque (ou mixtape) intitulé Collation Vol. 1 et obtiennent la deuxième place des Francouvertes 2013. Depuis, la formation provoque beaucoup de bruits, suscitant les accolades de la part des critiques pour leur style unique et leur présence sur scène ainsi que les foudres des défenseurs de l’identité québécoise pour une utilisation assumée du franglais. Ils récidivent avec Montréal $ud, disponible dès aujourd'hui sur l’étiquette Bonsound.

Le groupe Dead Obies est très particulier, tant par sa forme (cinq rappeurs – Snail Kid, 20some, Yes McCan, O.G. BEAR, RCA – et un producteur, VNCE) que par sa musique: un amalgame de franglais, de gros mots, de joual et de créole, d’échantillonnages et d’une ligne de basse lourde. Ils s’identifient au mouvement post-rap et croient qu’il n’est pas nécessaire de tout expliquer, privilégiant les paroles plus mystérieuses que directes.

Il est donc difficile de les comparer à un groupe hip-hop du milieu québécois. On pourrait être tenté de les comparer à Alaclair Ensemble, mais bien que les deux groupes adhérent au post-rap, ils sont très différents. Dead Obies sont beaucoup plus sombres et crus, ils n’ont pas l’aspect rigolo d’Alaclair Ensemble, et les textures musicales sont plus diversifiées.

À la première écoute, l’album peut sembler long (dix-sept chansons au total) et inconstant, un peu comme un collage hétéroclite; la cadence varie énormément. Certaines pièces sont longues (plus de six minutes) et les cinq rappeurs font presque tous leur apparition sur chacune des chansons. Mais en scrutant un peu plus, on comprend qu’il s’agit d’un album concept, qu’il y a une histoire; c’est leur version du chemin de croix.

Issus du Sud Sale, ils cherchent à améliorer leur situation, avec les illusions et coups durs que cela comporte. La trame narrative est conçue en trois actes: l’accumulation de frustration associée à la vie de banlieue (Longueuil, anciennement Montréal Sud), la fuite par le plaisir et finalement la prise de conscience.  

Il y a plusieurs extraits intéressants comme «Runnin’», chanson dont le thème est les espadrilles et qui contient un extrait de «Moi, mes souliers» de Félix Leclerc. Il y a aussi «Montréal $ud», qui est représentatif de l’identité de DO, tant au niveau des propos que de la forme: «Rappelle-toi qu’on est parti de nothing / Pis qu’ma moms work à l’usine su’l’nightshift / So, si ç’tait pas du weed pis d’la musique, I might just… / Roll up dans une caisse sur St-Laurent».

«Planète Roche» est un hommage aux clubs, qui semble être inspiré d”«Oh Yeah» de Yello. On se questionne sur la signification de «Swish», dont l’introduction contient l’intervention d’une Française qui souhaite qu’on lui parle en français plutôt qu’en dialecte québécois. Serait-ce un pied de nez aux détracteurs? Cependant, «Get Dough» (qui sonne un peu comme du D-12) et «What It Is» sont moins mémorables, mais «Tony Hawk», LA chanson punk de l’offrande, est un pur délice!

Ce groupe constitue une très bonne représentation de la diversité culturelle présente à Montréal et offre un regard réaliste sur la transition entre la banlieue et la métropole. Leur attitude respire l’honnêteté et la structure des chansons est novatrice, tant au niveau du rythme que du flow. Nous sommes curieux de voir quelle voie empruntera leur carrière dans l’avenir.

Le lancement de l’album aura lieu ce mercredi 13 novembre au Cabaret du Mile-End.

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