«Near to the Wild Heart of Life» de Japandroids | Bible urbaine

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«Near to the Wild Heart of Life» de Japandroids

«Near to the Wild Heart of Life» de Japandroids

Le confort avant l'indifférence?

Publié le 1 mars 2017 par Mathieu St-Hilaire

Crédit photo : www.japandroids.com

Beaucoup de choses changent en cinq ans. Pour les deux membres du groupe de Vancouver Japandroids, Brian King et David Prowse, les cinq dernières années ont fort probablement apporté leurs lots de changements. Après tout, ils sont maintenant dans la mi-trentaine, leurs meilleures années folles et festives probablement maintenant bien derrière eux. En 2012, le groupe lançait son deuxième album, le toujours excellent Celebration Rock, célébrant le style de vie que les musiciens expérimentaient en tournée, avec ses hauts et ses bas. Cinq ans plus tard, King et Prowse reviennent avec un troisième album, Near to the Wild Heart of Life, qui prouve hors de doute que la vingtaine n’est pas éternelle, même pour Japandroids. Et ils le savent très bien.

N’allez toutefois pas croire que le groupe s’est complètement rangé et donne dans le soft rock où règne les ballades. Oui, le son y est moins musclé. Oui, on y retrouve des synthétiseurs (quelques touches ici et là). Sauf que le duo canadien possédera toujours cette même fureur de vie et cette même tendance à donner dans le rock ‘n’ roll mélodique et énergique. Il est étonnant de voir un groupe dont l’une des grandes qualités de sa musique réside dans sa spontanéité prendre autant de temps entre les albums.

La chanson titre, qui donne le ton de fulgurante façon, fait un peu penser à Blink-182 (vous avez bien lu). «I used to be good but now I’m bad», scande sarcastiquement Brian King. D’ailleurs, Near to the Wild Heart of Life est l’album où le groupe utilise le plus des temps de verbe au passé, non sans surprise. Le disque ne donne toutefois pas trop dans la nostalgie, chose qui aurait été embarrassante pour Japandroids.

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King et Prowse, bien qu’un peu assagis, ne sont pas complètement déracinés de leur environnement qui leur a toujours bien servi: une bonne partie de l’album a été enregistré à la Nouvelle-Orléans. «North East South West», probablement la meilleure pièce du disque et qui devrait dans un monde idéal être un succès, et «Arc of Bar» font d’ailleurs référence à la Nouvelle-Orléans. Cette dernière pièce, avec son intro aux synthétiseurs, surprend tellement qu’on a l’impression qu’on a activé une playlist de musique pop sur Spotify.

Et il faut bien se le dire: Japandroids ne donne pas dans la musique cool  en 2017. De lancer un album rock avec des gros refrains à la Springsteen ou The Who n’est certes pas ce qui domine les palmarès de nos jours. Alors avoir le cran de lancer une telle offrande doit certainement être salué, et le tout est aussi complètement assumé. Évidemment, on s’ennuie parfois de leur côté plus sauvage, mais le groupe ne réécrira jamais «The House that Heaven Built» ou «The Nights of Wine and Roses». La qualité des chansons est tout de même encore au rendez-vous, sauf que ces dernières ne sont pas soulevées avec autant de vigueur et d’énergie qu’auparavant. «No Known Drink or Drug» est la pièce qui rappelle le plus les derniers albums, sauf qu’elle pourrait elle aussi avoir plus de mordant.

Alors la formule Japandroids fonctionne encore, mais il est permis de se demander: pour combien de temps encore? Il faudra sans doute revoir cette formule sur le prochain disque (et peut-être aussi faire différent de leur classique huit chansons pour 35 minutes) avant de tomber dans l’indifférence.

Car on sait tous qu’il n’y a rien de pire qu’un groupe rock ‘n’ roll qui laisse les gens indifférents.

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