«Painted Ruins» de Grizzly Bear | Bible urbaine

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«Painted Ruins» de Grizzly Bear

«Painted Ruins» de Grizzly Bear

Sans tambour ni trompette

Publié le 30 août 2017 par Mathieu St-Hilaire

Crédit photo : RCA

Il fut un temps où le groupe new-yorkais Grizzly Bear était considéré comme étant à la fine pointe de la musique rock indépendante. L’époque, maintenant révolue, se voulait également la fin d’une décennie qui annonçait un certain étouffement de la musique rock. Certes, il y avait quelques groupes intéressants et bien présents, mais les guitares n’avaient assurément pas le vent dans les voiles. La décennie qui s’amorça ensuite allait confirmer le tout: les années de vache maigre allaient frapper fort. Et on en ressent plus que jamais les effets en 2017. Le parcours de Grizzly Bear, dont le nouvel album Painted Ruins vient tout juste de paraître, est relativement semblable à celui de la musique rock: fade, faussement prometteur et, avouons-le, parfois ennuyant.

Il faut remonter à 2012 pour retrouver le dernier disque du groupe, le solide-bien-que-peu mémorable Shields. Cinq ans, c’est plutôt long pour un groupe comme Grizzly Bear, dont les chansons ne restent pas nécessairement dans notre esprit longtemps, sauf pour quelques exceptions. Est-ce que ces cinq années auront servi à métamorphoser et revitaliser le groupe? Pas vraiment. Les arrangements et l’instrumentation sont probablement plus peaufinés que sur leur dernière offrande, mais Painted Ruins est sans doute l’album du quatuor de New York qui laisse le plus froid et, malheureusement, indifférent.

D’entrée de jeu, «Wasted Acres» est indicatrice de ce que sera l’album: ça sonne bien, mais ça ne lève pas vraiment. Bien sûr, les harmonies vocales et les interprétations sont solides, sauf que les chansons laissent un peu à désirer. «Mourning Sound» n’est pas le genre de premier extrait que l’on attend après une absence de cinq ans. L’écoute n’est pas nécessairement laborieuse, d’autant plus que les membres du groupe sont d’excellents musiciens et que la réalisation est excellente. Il y a toutefois un manque, voire une absence, de punch qui ferait sortir le groupe de sa zone de confort. «Four Cypresses» poursuit dans la même veine que les deux pièces précédentes, soit sans trop faire de bruit.

Grizzly-Bear-Tom-Hines

«Three Rings» est certainement l’une des meilleures chansons du disque, son ambiance très Radiohead et sa progression subtile mais efficace donnant grandement espoir pour la suite des choses. «Losing All Senses» possède de bonnes qualités de chanson pop, tout en préservant les caractéristiques qui définissent Grizzly Bear: structure inhabituelle, sonorités originales et harmonies vocales réussies. «Aquarian» sonne encore une fois assez Radiohead, avec une section rythmique ultraprésente, mais laisse un peu sur notre faim malgré son dynamisme.

Évidemment, les albums de Grizzly Bear sont habituellement conçus pour être écoutés plusieurs fois avant de pouvoir les apprécier à leur juste valeur. Auparavant, le groupe réussissait à accrocher plus aisément, notamment à cause de compositions plus fortes. Ici, même en écoutant souvent et en y mettant l’effort, la récompense ne vient pas vraiment. Les pièces «Cut-Out» et «Glass Hillside», par exemple, tombent rapidement dans l’oubli. «Neighbors» est prometteuse dans les premiers instants, mais ne livre pas la marchandise comme troisième extrait.

Bref, on aurait espérer mieux de Grizzly Bear, dont les offrandes précédentes fournissaient assez de moments forts pour y retourner. Malhreusement, Painted Ruins n’accomplit pas cette mission. Peut-être le groupe s’est-il trop attardé au peaufinage de son univers sonore et pas assez sur la qualité des chansons. Si le groupe veut redevenir ce qu’il était, il devra revenir à la charge.

Et ne pas attendre cinq ans pour le faire.

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