«Saudade», le premier album de Mathieu Bérubé – Bible urbaine

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«Saudade», le premier album de Mathieu Bérubé

«Saudade», le premier album de Mathieu Bérubé

Du banal à la poésie, révéler le charme du quotidien

Publié le 25 juillet 2016 par Alice Côté Dupuis

Crédit photo : Ad Litteram

On l’a vu et entendu dans des concours tels Ma Première Place des Arts, l’Étoile montante Ford, le Festival international de la chanson de Granby ou encore les Francouvertes, et il suffit d’écouter Saudade, son tout premier album, pour constater tout le métier et l’expérience du jeune auteur-compositeur-interprète qu’est Mathieu Bérubé. Celui-ci n’a rien livré à la légère et a bien mûri son matériel folk intimiste avant de l’immortaliser sur disque, et ça donne un résultat bien enraciné qui devrait servir de leçon pour ceux qui veulent une première offrande franchement réussie.

C’est la poésie de Mathieu Bérubé qui nous happe d’abord, sur chaque pièce, même avant sa voix presque nonchalante mais terriblement captivante. Ses textes simples, qui témoignent du quotidien ou plutôt d’un regard précis sur ce qui l’entoure, démontrent une vision particulièrement poétique de la vie, et se révèlent d’une grande beauté. On remarque rapidement les jeux sur les sonorités et les contrastes de «Armistice» et «Pieds nus», cette dernière comprenant aussi de belles lignes comme «mais en attendant que ça n’arrive jamais» et donnant de l’espoir et l’impression d’aller mieux après son écoute.

Mais il faut être patient et à l’affût pour se laisser prendre par l’un des plus beaux textes: celui de «De jour et d’ennui», qui comporte une progression dans les propos, mais aussi dans l’intonation et dans la musique. Représentant les pensées angoissantes et les dérives de l’esprit de la jeune génération, les paroles de l’artiste sont saisissantes. «La plante dans mon salon perd ses eaux / avorte subitement le projet de vivre plus longtemps  / mais pour l’instant j’ai  peur de sortir de mon appart’ apathique / tomber dans le domaine public / détruire ce qui ne m’appartient pas / autre chose que mon mobilier IKEA».

Le morceau «Polichinelle» est certainement le plus diversifié et le plus étonnant. Première à ajouter une voix féminine à celle, plutôt grave, du chanteur pour créer de belles harmonies, cette pièce – qui est la deuxième plus longue du disque, et pour cause! –, semble proposer un nouvel élément à chaque couplet, ce qui mène vers une fin où chaque tableau qui compose le morceau semble se superposer pour donner un apogée grandiose où cuivres, voix féminine et masculine, cordes graves, mais aussi violon enjoué et jolie mélodie à la guitare, rythmes plus dynamiques et pop, se répondent et s’unissent, avant une finale dans un appareil plus simple, mais tout aussi saisissante.

«Le huard» se révèle trop courte pour sa beauté et le sentiment d’apaisement qui nous habitent à l’écoute des sons de la nature et de la forêt, en arrière-plan de la douce mélodie à la guitare acoustique et des cordes pincées du banjo, tandis qu’on raffole des paroles un peu comiques de la plus rythmée «La plus belle de tes tasses de thé», qui raconte l’histoire d’une tasse de thé cassée. «Cimetière» est un véritable ver d’oreille qui nous saisit et durant laquelle l’artiste semble nous prendre par la main pour nous raconter sa belle histoire, alors que «Des lifts à vélo» révèle la plus belle et douce des histoires d’amour.

Mais malgré la beauté des textes, de la voix chaleureuse et des arrangements tantôt plus rock, tantôt plus pop ou même planants, mais toujours bien ancrés dans un folk mélancolique et bien construit, un sentiment de monotonie nous habite vers la fin de Saudade. La voix de Mathieu Bérubé ne change jamais de registre, ne comporte pas d’envolée saisissante, et emprunte toujours la même intonation, ce qui nous fait penser qu’après 13 chansons, le disque se fait plutôt linéaire et manque peut-être un peu d’étincelles pour nous captiver.

Tout de même, «Parachute», la pièce de clôture qui s’approprie les mots de Robert Charlebois – «une crisse de chute en parachute», sauf que Bérubé ne retrouve pas sa Sophie –, est réussie et nous change d’ambiance en se montrant lente, comme une lente descente du parachute qui virevolte, d’abord, puis amorce une descente droite jusqu’à gagner en vitesse et en intensité, à la toute fin, avant de connaître un regain de légèreté pour poser pied-à-terre et mettre fin à l’envolée de 55 minutes que dure Saudade.

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