«Windigo», l’album orchestral d’Alexandre Désilets | Bible urbaine

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«Windigo», l’album orchestral d’Alexandre Désilets

«Windigo», l’album orchestral d’Alexandre Désilets

Déployer tout son potentiel d’artiste

Publié le 11 août 2016 par Alice Côté Dupuis

Crédit photo : Indica

Oubliez la notion de best of ou de vulgaire compilation; ce n’est pas parce que dix chansons sur les douze présentes sur Windigo, le quatrième album de l’artiste Alexandre Désilets, apparaissent sur ses précédents disques qu’on tombe dans la simplicité et la facilité. Ce serait mal connaître Désilets, qui ne fait jamais les choses à moitié et qui a, pour revisiter ses chansons favorites de son propre répertoire, fait appel à un orchestre de seize musiciens et à l’arrangeur François Richard pour concevoir complètement de nouveaux enrobages aux morceaux. Le tout donne un produit étonnant de beauté, mais aussi confortable, car pas trop dépaysant.

On ne sait trop si l’artiste voulait nous amener complètement ailleurs avec ses nouveaux arrangements orchestraux ou s’il souhaitait simplement voir se déployer autrement ses créations et mettre en valeur d’autres facettes de ses chansons. Toujours est-il que c’est un beau mélange de tout ça qui se produit à l’écoute de Windigo, alors qu’on tangue entre la découverte d’un tout nouvel univers qui semble se renouveler de morceau en morceau, et la prise de conscience de la beauté des textes d’anciennes pièces qu’on prend plaisir à reconnaître.

Même si plusieurs des chansons ne nous amènent effectivement pas complètement ailleurs, sont reconnaissables dès les premières notes et que la nouvelle orchestration suit de très près la mélodie déjà connue et pratiquement inchangée de la voix, il fait bon de découvrir les mille subtilités cachées dans les nouveaux arrangements de François Richard et qui permettent à chaque instrument, à un moment ou à un autre sur le disque, de briller et de démontrer toute son importance.

Alors que l’opus démarre en lion avec une «Plus qu’il en faut» hyper dynamique où le basson, les cuivres très graves, la batterie et les chœurs féminins font déjà bien ressortir la voix puissante d’Alexandre Désilets, il y a d’autres morceaux, comme «Le repère», où des cordes légères, comme en apesanteur, donnent une atmosphère plus éthérée. Le travail d’arrangement de cette dernière révèle une sensibilité dans la voix du chanteur, mais aussi dans le texte, mettant en relief la beauté et l’émotion dans les paroles.

«Perle rare» est carrément enlevante quand les cuivres, les cordes et tous les instruments se joignent et forment un tout complémentaire, magnifique et grandiose, tandis que «J’échoue» est très dépouillée et ne comporte rien de trop appuyé, souligné; pas besoin d’artifices pour révéler un interprète sensible aux belles nuances dans la voix, et un texte poignant. Quand les cordes solennelles viennent rejoindre les douces flûtes, on tombe dans le senti et le touchant, et c’est la même magie qui opère pendant la sincère et délicate «Rejoins-moi» et l’épurée «Si loin», qui débute même de façon a capella, avant que la voix soit appuyée par les graves cordes frottées d’une contrebasse, à laquelle s’ajoutent graduellement des instruments qui se feront plus harmonieux et joyeux, pour finalement créer un morceau lumineux et léger.

Décidément, il y a une belle variété dans les instruments et dans les arrangements, même si la livraison des chansons avec orchestre requiert sans doute une rigueur et une organisation plus grandes, ce qui se fait sentir sur «Tout est perdu». La musique de celle-ci semble quelque peu enfermer la bête Désilets dans une cage, le laissant un peu moins libre de ses envolées vocales et plus forcé de suivre un rythme bien précis et réglé au quart de tour, sans possibilité de dévier, d’étirer, même de profiter. Le résultat est néanmoins magnifique et la voix comporte de belles nuances et une belle sensibilité, mais on la sent malgré tout moins libre que dans sa version originale.

Indéniablement, les arrangements orchestraux confèrent instantanément un côté grandiose et enlevant aux compositions; c’est notamment le cas pour «L’éphémère». Malgré tout, certaines pièces sont plus entraînantes, voire même dansantes, comme les deux nouvelles, «On sème», sur laquelle la batterie insistante et les vents, cuivres et chœurs soutenus créent des rythmes très entraînants, et «Pavé comme appui», l’une des plus magnifiques où la voix tout en retenue, sentie et sensible, est suivie de sublime façon au refrain par les cordes majestueuses.

Les plus étonnantes sont sans doute «Les prévisions», avec ses sonorités inquiétantes, son tempo et sa voix un peu plus lents qu’à l’accoutumée, ce qui crée une ambiance sombre mais solennelle, imposante, même dans le sinistre, et «Hymne à la joie», qu’on n’attend pas, lorsque la musique se fait d’abord entendre, avant de reconnaître les paroles chantées par Alexandre Désilets. Le tableau d’ensemble de cette dernière, en soit, est grandiose, mais le résultat global est soufflant de beauté.

«Je crois en la beauté, mais elle n’est plus la même», y chante-t-il. Non, la beauté n’est plus la même depuis que les magnifiques compositions de l’artiste se sont transformées en ces bijoux orchestraux, orchestrés de main de maître par François Richard et livrés avec grande sincérité par des musiciens de talent dont Robbie Kuster, Olivier Langevin et Mathieu Désy, et un chanteur exactement à sa place, révélant son plein potentiel d’artiste.

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