«Yeezus» de Kanye West | Bible urbaine

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«Yeezus» de Kanye West

«Yeezus» de Kanye West

Le Dieu du rap ne fait jamais les choses à moitié

Publié le 26 juin 2013 par Éric Dumais

Crédit photo : Universal Music

Le changement de cap ne pouvait être plus drastique pour Kanye West depuis la sortie de l’un des meilleurs albums rap de tous les temps, My Beautiful Dark Twisted Fantasy (2010). Avec Yeezus, contraction de son surnom Yeezi (Christ), l’incertitude demeure pendant les premières écoutes jusqu’à la confirmation finale qui nous force à s’incliner devant le Dieu du rap; Kanye West ne fait jamais les choses à moitié.

La compilation Kanye West Presents Good Music Cruel Summer (2012), qui comprend la présence de Jay-Z, 2 Chainz et Kid Cudi, entre autres, nous laissait déjà à entendre des textes superficiels mais une maîtrise sonore au-delà de toute espérance. Avec des morceaux tels que «Creepers» ou «Clique», Kanye West nous montrait dès lors qu’il était capable de faire mieux qu’A$AP Rocky et sa méga-production Long.Live.A$AP. Et avec Yeezus, qu’il nous présente tel un disque vierge ou gravé, serait-ce un clin d’œil à une époque pas si lointaine où l’objet fétiche des pirates en herbe avait autant sinon plus de valeur qu’un album acheté en magasin?

«On Sight» est le parfait indicateur du nouveau tournant entrepris par Kanye West avec Yeezus. Dès l’ouverture, un tourbillon de sonorités électroniques et distorsionnées envahit nos tympans, nous donnant ainsi l’impression d’assister, sans images à l’appui, à un combat de robots qui s’entretuent à coup de lasers en pleine gueule. La poésie de Kanye West, qui se compare désormais au Christ, est loin de faire compétition à celle des Saintes Écritures, avec des paroles aussi dégradantes qu’inutiles: «A monster about to come alive again / Soon as I pull up and park the Benz / We get this bitch  shaking like Parkinsons / Take my number and lock it in». À défaut d’être une chanson remarquable, celle-ci a au moins le mérite de bien nous introduire «Black Skinhead».

Ce morceau déconcertant que Kanye West avait présenté au grand public lors de son récent passage à l’émission populaire Saturday Night Live et qu’on pourra entendre sur le bande sonore du film The Wolf of Wall Street de Martin Scorsese, nous laissait entrevoir, sous fond de délire sonore et de cris au micro, des images saturées de loups-garous au regard mauvais, la bave s’écoulant de leur gueule béante. À défaut d’avoir instantanément conquis, «Black Skinhead» posait les fondations d’un nouveau genre auquel on devait accorder un peu de temps et de patience. Il faut certainement laisser une chance à Yeezus, car c’est un album qui s’apprivoise, et il comporte, de fait, son lot de pièces qui accrochent: «I Am a God (feat. God», «New Slaves» (surtout pour son solo simpliste mais enlevant à la guitare électrique), «Hold My Liquor» et «Bound 2» sont en effet les meilleurs morceaux du disque, avec leur fond texturé qui rappelle quelque peu l’excellente «Hell of a Lie» sur son album précédent.

À défaut d’offrir un opus aussi renversant que My Beautiful Dark Twisted Fantasy, Kanye West a su prouver qu’il avait le don de se renouveler et d’explorer d’autres territoires du rap et, dans le genre, nul n’a encore accoté le grand Créateur.

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