Catherine Gaudet au Théâtre La Chapelle avec «Tout ce qui va revient» | Bible urbaine

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Catherine Gaudet au Théâtre La Chapelle avec «Tout ce qui va revient»

Catherine Gaudet au Théâtre La Chapelle avec «Tout ce qui va revient»

Trois interprètes à ne pas manquer

Publié le 10 mars 2018 par Élise Boileau

Crédit photo : Robin Pineda Gould

Quand Catherine Gaudet parle d’ambivalence à propos de son rapport à la scène, à l’état performatif, on entre au coeur du sujet de la quête ultime inhérente au programme Tout ce qui va revient. Présenté au Théâtre La Chapelle du 7 au 15 mars 2018, le programme est en fait composé de trois solos, créés dans trois contextes différents entre l’automne 2014 et 2015. Pourtant, une recherche similaire relie intrinsèquement chacun des trois portraits féminins, tant dans le rapport au public que dans la tension dramatique finement menée sur scène par Sarah Dell’Ava, Clara Furey et Louise Bédard.

L’art de mettre une interprète en valeur

Catherine Gaudet semble être de ces chorégraphes qui usinent, façonnent et dialoguent avec le corps et l’âme de la personne en face d’elle. À partir visiblement d’improvisation, la créatrice pousse chacune des interprètes dans ses retranchements pour en faire ressortir des états d’âme, par le corps et la voix. L’exploration voyage dans leur «désir d’être vue et entendue et cette difficulté de la mise en représentation de soi», explique la chorégraphe sur le papier. C’est justement cet entre-deux qui devient matière chorégraphique et dramaturgique. Difficile, donc, d’imaginer la transmission de ces solos sur différentes interprètes, tant la matière colle à la peau des trois artistes. 

Sarah Dell’Ava arrive à créer un lien très puissant avec le public, à qui elle a distribué préalablement un shooter de vodka ainsi qu’un chapeau pointu – humour décalé, le lien est installé avec le spectateur. Rapidement, la fête tourne au malaise silencieux que l’artiste mène avec brio. Jeu de regard, tension silencieuse, l’interprète nous emmène dans son bouillonnement intérieur, qu’elle laisse transparaître à travers une exploration faciale, oscillant entre subtilité et grotesque. 

Clara Furey, quant à elle, remonte sur scène avec un solo créé à l’occasion du Cabaret Gravel – ce dernier est d’ailleurs sur scène aux côtés de Tomas Furey pour accompagner musicalement l’interprète -. Talons hauts, col roulé et culotte sophistiquée, la sombre femme entonne quelques notes avec sa voix sur une gestuelle relativement simple et à priori déconnectée de tout sens figuratif. Par un processus d’accumulation et de répétition, notre oreille reconnaît soudain l’air à succès Drunk in Love de Beyoncé, qui offre tout à coup une seconde lecture, beaucoup plus ironique et tragique. Reconnue pour sa présence intense et sa maîtrise vocale, Clara Furey frappe à nouveau grâce à cette collaboration judicieuse avec Catherine Gaudet. 

Enfin, Louise Bédard – dont le solo avait été créé dans le cadre du projet Pluton, dirigé par Katya Montaignac et permettant la rencontre artistique de différentes générations – nous offre une performance d’interprète de haut calibre. Davantage dans le noir de la salle pour son propre travail chorégraphique, Louise Bédard rayonne de tout son être sur scène. Solide, infaillible malgré les réactions du public, son regard et la poésie de son visage nous suspendent et nous surprennent. Comme les deux autres, la frontalité du solo et l’adresse directe au public créent une tension physique chez le spectateur, interpellé dans sa passivité d’observateur. 

Une façon de composer sans filtre

Catherine Gaudet ou l’art du rythme intelligent, l’art de mener le spectateur au bout d’une idée jusqu’à la cassure drôle d’une Louise Bédard ou d’une Sarah Dell’Ava qui nous dénoncent: «Tu trouves ça long hein?!…» Chaque portrait coule fluidement, le fil se déroule sans brisure. Les transitions entre les états sont progressives ou très drastiques, créant toujours l’envoutement ou la surprise. «Je n’osais pas bouger tellement j’étais en suspension devant l’éventail de possibilité d’états des interprètes», me confie ma voisine de siège. 

Le travail d’états dans le corps

L’intérieur émane, sort des colonnes d’air, dans les visages, dans les gestes. L’essence commune des trois portraits réside sans doute dans le fil tendu entre le rire et les pleurs. La folie amnésique de Louise Bédard fait sourire dans ses adresses piquantes au public. Mais lorsque Sarah Dell’Ava s’emploie à une danse sensuelle et violente sur la musique de Tove Lo – Habits (Stay High) – Hippie Sabotage Remix, en nous criant: «Et maintenant tu vas pouvoir t’amuser!», la tonalité vire davantage à une tristesse palpable.

Que montre-t-on de soi? Que laisse-t-on transparaître de ce qui se passe à l’intérieur? Dans la vie, c’est une chose, mais sur scène et en représentation, l’artiste touche à un autre degré de vulnérabilité et d’apparence. Gaudet semble maîtriser avec brio l’art d’amener l’interprète au plus près de ses émotions, dans des performances de haute qualité où chaque détail est important. Mises à nues, les interprètes doivent travailler très fort à trouver des solutions pour être constantes et solides face à la proximité avec le spectateur. 

Trois portraits de femmes tragiques et touchantes. Tout ce qui va revient est à voir absolument!

L'événement en photos

Par Robin Pineda Gould

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