«Chute Libre» de Dana Gingras à la Satosphère | Bible urbaine

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«Chute Libre» de Dana Gingras à la Satosphère

«Chute Libre» de Dana Gingras à la Satosphère

La poésie du vide

Publié le 19 avril 2019 par Florence Leclerc
Il est 18 h 50 et j’entre dans la Satosphère de la Société des Arts Technologiques (SAT) pour la toute première fois. De grands coussins de sable sont disposés de façon circulaire dans ce dôme immersif qui me plaît déjà beaucoup. La sensation d’être dans un cocon enveloppant m’habite alors que je m’installe confortablement sur l’un d’eux. Sur la toile du dôme, j’observe calmement le paysage épais, comme ennuagé, qui défile doucement, se fond et se transforme, passant du rose, au bleu, au noir, le tout dans un ballet orchestré calmement par une musique d’ambiance vaporeuse.

La porte se referme et le spectacle commence. Je me sens, dès lors, immergée dans cet univers projeté au-dessus et autour de moi. Une voix de femme résonne en anglais, puis en français, me partageant un rêve étrange empreint d’une tristesse immense, grande comme ce ciel qui s’étend à l’infini. Je sens mon cœur battre au même rythme que la musique, qui devient de plus en plus insistante, annonçant probablement plus un cauchemar qu’une jolie rêverie.

Ma gorge se serre lorsque la voix s’attarde à nous décrire ses dents ensanglantées qui s’échappent de sa bouche alors qu’elle se tient sur le toit d’un immeuble imposant. D’un calme presque perturbant, elle nous annonce qu’il ne lui reste plus qu’une chose à faire; sauter. Elle débute alors sa chute des étages.

Une douce désespérance se fait sentir alors qu’un corps apparaît à l’écran, tombant lentement dans le vide, tournoyant tranquillement, se dépliant pour mieux se replier sur lui-même l’instant d’après. Puis, d’autres corps se joignent à la chute et un paysage surprenant se crée.

Devant mes yeux, de plus en plus de corps tombent en chute libre et disparaissent dans les contours du dôme, me plaçant en témoin, flottant au milieu de ces âmes en perdition. Leurs corps semblent enveloppés d’un latex noir, un peu reluisant, presque verdâtre, à la lumière de ce ciel digital. La voix compte les étages qui défilent durant sa chute et, un à un, au passage, les corps virent au rouge et explosent en taches de sang, pour ensuite se diviser en de multiples petits corps rouges qui s’évanouissent dans le décor.

Les sensations physiques créées par cette présentation sont à leur comble lorsqu’une spirale immense semble vouloir m’aspirer en son centre et que, pour ajouter au malaise viscéral, des corps rouges culbutent dans un sens, alors que des corps noirs défilent dans un autre.

Entre l’hypnose et l’étourdissement, je me retrouve obligée de ramener mon regard vers le sol à quelques reprises et j’aperçois d’autres spectateurs ayant aussi besoin de revenir à la stabilité du réel.

Mon œil, cependant, retourne sans cesse vers l’écran, attiré par cette chorégraphie fascinante de Dana Gingras. Les mouvements des corps et des couleurs s’unissent parfaitement à  l’environnement sonore plus qu’inspirant de Roger Tellier Craig. Le texte et la voix de Marie Brassard, eux, ajoutent à cette œuvre une profondeur et une poésie étonnante.

Je ressors viscéralement atteinte de cette fabuleuse représentation. Quand le rêve est si beau qu’il me semble réalité, malgré le sérieux du sujet, je ne sais plus distinguer le vrai du faux, le fantasme du réel, je veux y croire à cette chute qui libère.

«Chute Libre» de Microclimat Films en images

Par Josh Sherrett (visuels) et Catherine Chagnon (affiche)

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