«Dance Me», un hommage à Leonard Cohen des Ballets Jazz de Montréal à la Place des Arts | Bible urbaine

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«Dance Me», un hommage à Leonard Cohen des Ballets Jazz de Montréal à la Place des Arts

«Dance Me», un hommage à Leonard Cohen des Ballets Jazz de Montréal à la Place des Arts

Comment rendre hommage à l'immense Cohen?

Publié le 8 décembre 2017 par Élise Boileau

Crédit photo : Thierry du Bois / Cosmos Image

Les hommages sont nombreux cette année pour célébrer l’oeuvre de Leonard Cohen. En même temps que l’exposition du MAC Leonard Cohen: Une brèche en toute chose / A Crack in Everything, et après notamment le concert Tower of Song au Centre Bell en novembre, c’est au tour des Ballets Jazz de Montréal de présenter leur vision du poète, auteur et compositeur québécois avec Dance Me. Un spectacle très attendu dans le milieu de la danse, notamment grâce/à cause de l’obtention des BJM de l’exclusivité des droits d’utilisation des chansons de Cohen pour une période de cinq ans.

Deux options s’offrent à moi dans l’écriture de ce papier. Prendre la tangente de tout remettre en question; que ce soit à propos des codes esthétiques et stéréotypés des BJM ou de l’incohérence de donner la chorégraphie d’un hommage à une oeuvre québécoise à trois artistes venus d’ailleurs. Ou, accueillir la pièce Dance Me en sachant par avance que l’on s’en va voir les Ballets Jazz de Montréal, acclamés pour leur virtuosité technique et leur univers accessible au grand public. Je choisis la seconde option sans oublier de nommer la première.

Assez proche de la composition d’un spectacle de cirque, la pièce est le fruit d’une collaboration  des BJM, imaginée par Louis Robitaille, avec une grande équipe d’artiste. Éric Jean signe la dramaturgie et la mise en scène, Martin Léon la direction musicale, Andonis Foniadakis, Annabelle Lopez Ochoa et Ihsan Rustem se partagent la chorégraphie. La liste d’artistes est longue. Le projet est donc non seulement une adaptation dansée de l’oeuvre de Leonard Cohen, mais également un travail conséquent d’association de media artistiques.

Le choix des chansons est assez judicieux, offrant un panel de grands classiques – Suzanne, Dance Me to the End of Love – mais aussi de pièces moins connues, notamment de son dernier album You Want It Darker (2016). L’ensemble est bien rythmé si l’on prend le parti d’accepter que nous assistons à une succession de chansons à travers lesquelles l’univers graphique change à chaque fois.

Deux monuments de l’oeuvre – So Long, Marianne et Hallelujah – sont même chantés en version acoustique par deux des danseurs et un guitariste sur scène. Les chansons sont donc traitées sous différentes formes. Je le disais plus haut, la dramaturgie est proche de celle du cirque contemporain.

Pour ponctuer le spectacle, des scènes de projection vidéo font respirer la suite de numéros avec notamment la figure incontournable de l’homme au chapeau. À la façon d’un fil conducteur reliant chaque chanson, le personnage de Cohen est incarné à la fois dans l’image projetée, mais aussi par l’un des danseurs errants, ou encore par des enregistrements de la voix du regretté. On note aussi un beau moment de silence, lorsque les paroles de I’m Your Man apparaissent peu à peu, comme si l’auteur les tapait à la machine à écrire en direct. Chapeau aux concepteurs vidéo qui ont permis un travail graphique assez intéressant dans l’esprit de la chorégraphie.

Du côté de la danse, Dance Me met en valeur la grande technique et l’aisance dans la rapidité des danseurs des Ballets Jazz. D’emblée dans une danse effrénée et très complexe dans les corps, les interprètes sont à la hauteur de la demande chorégraphique.

Pourtant, l’incarnation des thèmes de Cohen est peu ressentie dans les corps, notamment dans la première partie du spectacle. La technique aurait-elle pris le dessus sur l’hommage vibrant auquel on aurait pu s’attendre avec l’univers du chanteur?

Le mélange des trois chefs d’orchestre de la chorégraphie est parfois troublant dans les façons de faire et parfois très subtil, à un point tel que l’on oublie que trois chorégraphes ont oeuvré sur la même pièce. Car la danse est assez égale tout au long du spectacle. Le travail de porté – les filles toujours en l’air – est récurrent tout au long de la pièce. Est-ce pour incarner le rapport amoureux, très présent dans l’oeuvre de Cohen? Pas sûre de sentir de l’amour dans les corps dansants… Les duos sont très précis, complexes et travaillés dans la technique, donc propres, trop?

Mais quel plaisir d’écouter la musique de Leonard Cohen! Après tout, on a le choix de fermer nos yeux et d’apprécier chaque morceau pour son essence, en gardant un oeil sur les bonnes idées du spectacle des BJM. Le spectacle plaira forcément au public cible auquel il est destiné. Ceci dit, on passe un très bon moment grâce à Cohen.

Dommage que sa musique soit destinée exclusivement à une seule compagnie pour les quatre prochaines années.

L'événement en photos

Par Thierry du Bois / Cosmos Image

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