«Dans la peau de...» Étienne Paquette, créateur d'oeuvres immersives | Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Étienne Paquette, créateur d’oeuvres immersives

«Dans la peau de…» Étienne Paquette, créateur d’oeuvres immersives

Penser son art pour susciter la rencontre et le partage

Publié le 9 août 2019 par Alice Côté Dupuis

Crédit photo : Elias Touil

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Cette semaine, nous avons interviewé Étienne Paquette, créateur d’œuvres immersives dont la création Instrument à vent sera présentée pour une 2e fois dans le Quartier des spectacles, du 15 août au 14 octobre, à côté de la station de métro Saint-Laurent.

Étienne, tu crées des œuvres immersives sous forme d’installations. À quel moment as-tu eu le déclic pour la conception de ce genre de créations, et comment les conçois-tu?

«Je ne pense pas qu’il y ait un moment particulier, une journée précise dans ma vie où j’ai eu le déclic de l’installation, ça s’est fait progressivement. À mes débuts, je me destinais au cinéma. Au fil de mon travail, j’ai peu à peu quitté le terrain de l’image à proprement parler pour glisser vers celui de l’installation.»

«Je pense que c’est à travers un intérêt pour l’espace – l’espace dans lequel on vit, l’espace qu’on habite, comme la ville – et les matériaux que j’en suis arrivé à développer un amour de ce genre de création. Évidemment, en installation, puisqu’on se trouve dans une perspective tridimensionnelle de création d’environnements, le rapport à l’espace est vraiment particulier, et très riche pour raconter des histoires, pour penser des expériences narratives ou poétiques.»

«Même lorsque je crée des installations, je mets l’écriture au centre de ma pratique; je travaille d’abord le texte : l’écriture du concept. Mais je me garde beaucoup de latitude pour expérimenter et pour ensuite ajuster le concept. Je n’essaie pas d’imposer un sens ou une forme quand je commence à prototyper. Je me donne des bases, je commence l’expérimentation, et je fais ensuite évoluer le concept en fonction des résultats que j’obtiens. Je recommence ensuite l’étape des prototypes et je fais évoluer le concept… C’est une démarche itérative de création expérimentale par l’écriture et par le prototypage et l’assemblage.»

Photo: Elias Touil

Tu es également concepteur, scénariste, réalisateur et directeur artistique dans les domaines du multimédia et de l’exposition muséale. Peux-tu nous en dire plus sur ton parcours, qui semble pour le moins riche et diversifié?

«Mon parcours est marqué par d’assez longues études: j’ai fait un doctorat en communication. Ça a été pour moi l’occasion d’approfondir la pratique de l’écriture, celle par le texte, mais éventuellement, aussi, l’écriture par l’image.»

«Dans mon travail de création multimédia, la Lettre, ou une certaine forme d’humanisme et de réflexion sur l’existence, restent super importantes. Il y a une forme de transposition de cet esprit-là que je cherche à faire en création multimédia.»

«J’utilise également l’écriture comme relais: entre le cinéma, la vidéo, la musique ou le design sonore, la sculpture ou la scénographie… Mes installations empruntent un peu à différentes pratiques artistiques, et je dirais que le lien entre celles-ci, je le fais à travers l’écriture et le concept.»

Photo: Elias Touil

Parmi tes créations, on compte Au-delà des glaces (ONF / Musée canadien de la nature, 2017), Porteurs de lumière (Insectarium de Montréal, 2015) et  Mégaphone (Moment Factory / ONF / QDS, 2013). De quoi s’agit-il exactement, et qu’est-ce qui les unit?

«Ce qui unit ces projets, entre autres, c’est un questionnement sur le lieu que l’on habite. Une des constantes est la création d’une expérience relationnelle entre les participants. J’essaie la plupart du temps de faire en sorte que l’œuvre soit une occasion de rencontre et de partage pour le public. Je souhaite qu’il y ait un rapport à l’œuvre en tant que telle, direct, mais aussi une ouverture sur le public qui lui permette de partager quelque chose. D’où l’intérêt, je pense, de l’immersion; elle rend possible une co-présence des participants.»

«J’aime également beaucoup la notion de voyage. Je souhaite que l’installation soit une occasion de sortir du commun pour entrer dans un espace un peu fantastique ou extraordinaire qui nous dérange ou qui nous déstabilise, dans le bon sens du terme. Par exemple, Mégaphone, c’est une sorte de voyage poétique dans la ville citoyenne, Porteurs de lumière, c’est un voyage poétique dans la ville industrielle, et Au-delà des glaces, c’est un voyage poétique dans l’Arctique en transformation, à l’heure des changements climatiques.»

Photo: Chloé Larivière

Cette année, et pour une seconde édition, ton installation interactive Instrument à vent va être présentée à la sortie du métro Saint-Laurent au cœur du Quartier des spectacles. Comment as-tu été amené à imaginer ce concept, et quel message souhaitais-tu communiquer aux visiteurs avec cette œuvre?

«C’était LA SERRE – arts vivants, en collaboration avec l’ONF et le Partenariat du Quartier des spectacles, dans le cadre du 375e anniversaire de la Ville de Montréal, qui voulait clore une année d’expérimentation artistique avec une œuvre interactive portant une réflexion sur la participation citoyenne et sur des enjeux d’importance internationale.»

«Un enjeu qui me préoccupe depuis longtemps, c’est le bruit – sans jugement préconçu… c’est un mot qui me fascine parce qu’il nous cache des choses. Dans le contexte posé par La Serre, ma réflexion s’est tournée vers la quête du silence. Or, plus je travaillais, plus je me disais que ça ne faisait pas de sens de chercher le silence dans des endroits où le bruit est omniprésent – c’est à peu près juste une façon d’être fâché en permanence, si tu cherches le silence! J’en suis donc arrivé à retourner la question: plutôt que de me demander comment on pouvait éliminer le bruit, j’ai cherché comment on pouvait en faire quelque chose d’autre.»

«La réponse à laquelle je suis parvenu est une sorte d’invitation à la créativité à travers un questionnement sur notre attitude face aux bruits et sur la nature de nos interventions sur le paysage sonore – dans ce cas-ci, urbain. Instrument à vent utilise les fréquences harmoniques et les intensités sonores présentes dans son environnement pour générer des harmonies. La ville, l’environnement sonore urbain, servent donc ni plus ni moins d’interprètes animant l’instrument.»

«L’instrument procède par addition sonore; je ne cherche pas à étouffer le bruit, c’est le contraire: j’ajoute du bruit dans la ville, mais sur un mode harmonique. Les gens font partie de l’environnement sonore, et quand ils s’emparent de l’œuvre de façon interactive, toutes leurs interventions sonores – qu’elles soient douces ou fortes, que ce soit un cri ou une parole – se transforment en harmonie.»

Photo: Elias Touil

Toi qui sembles aimer la transdisciplinarité artistique, quelle œuvre folle et improbable souhaiterais-tu prochainement réaliser dans le cadre d’une collaboration, avec qui, et pourquoi?

«Il me semble qu’actuellement, les outils multimédias que nous utilisons dans la vie de tous les jours tendent à rendre fragile la frontière entre la fiction et ce qu’on appelle la réalité. On le voit par exemple avec les fake news… Si on aborde le phénomène d’un point de vue dramatique et artistique, sous l’angle de la création d’un récit, je trouve qu’il y a un potentiel fascinant. Je ne sais pas encore de quelle façon ni à quelle échelle mener l’exploration, mais il y a quelque chose de frappant, il me semble, et à questionner à travers l’art, dans l’effritement de la frontière entre la fiction et la réalité.»

Pour découvrir nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le www.labibleurbaine.com/Dans+la+peau+de…

*Cet article a été produit en collaboration avec le Quartier des spectacles.

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