«Danses Buissonnières / New Waves 2016» de Tangente au Monument-National | Bible urbaine

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«Danses Buissonnières / New Waves 2016» de Tangente au Monument-National

«Danses Buissonnières / New Waves 2016» de Tangente au Monument-National

Une soirée hétéroclite pour la cuvée 2016

Publié le 1 octobre 2016 par Marine Morales-Casaroli

Crédit photo : Frédéric Chais et Nathalie Duhaime

Jeudi soir se tenait au Monument-National la première soirée présentée par Tangente. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec l’évènement, Danses Buissonnières est une soirée dédiée à de jeunes créateurs, parfois fraîchement diplômés. Choisies parmi une vingtaine de propositions par un jury composé de professionnels du milieu, 6 courtes pièces se sont partagées la soirée.

Six pièces, sept créateurs, onze interprètes

Struwwelpeter d’Ariane Dessaules ouvre le bal. Un masque blanc relié par des langues de tissus aux coins de la salle, un costume de velours avec un jabot donnent corps au petit garçon du conte d’Hoffmann. Ce personnage, mi- enfantin, mi- farfadet, anonyme de visage, trouve sa narration dans un corps expressif, et se raconte grâce à une danse-pantomime. Tantôt sautillant, tantôt rampant, narguant joyeusement le spectateur, Struwwelpeter n’en semble pas moins l’instrument d’une force sombre. L’univers est ambigu: à la fois coloré et onirique, mais en même temps hostile. On est happé par une proposition qui nous tient en haleine.

La seconde pièce, Selk, un solo interprété et chorégraphié par Eryn Tempest, ne retient que peu l’attention. La danse est certes très bien portée par sa créatrice: les gestes sont fluides, précis, et la technicité maîtrisée et harmonieuse. Cependant la construction chorégraphique, très académique et peu novatrice, peine à intéresser réellement. On aurait aimé que la virtuosité soit mise au service d’une proposition moins narrative et plus axée sur la recherche.

Troisième de cette première partie, Hors d’œuvre, créée et interprétée par Manuel Shink, est une pièce qui interroge le genre et place un corps masculin dans des archétypes féminins. Par des jeux de tissus, le chorégraphe se drape, se travestit, incarne une certaine vision de la féminité, et joue avec les codes. L’interprétation, très convaincante, amène le sujet d’une manière ludique et brouille les clichés. La deuxième partie, plus décousue, est moins évidente à lire, mais la pièce dans son ensemble traite de son sujet avec réussite, pour notre plus grand plaisir.

Après l’entracte, c’est au tour de Geneviève Jean-Bindley de présenter Rainblow, son solo qui propose une mise en mouvement de la dépression. Chaussée de chaussures rouges à paillettes, traçant son chemin sur des briques de lumière jaune, la chorégraphe inscrit sa proposition dans l’univers du Magicien d’Oz. La Dorothy de Rainblow, à la moue boudeuse et au corps engagé, se jette à terre, se fait violence, partage son mal-être, sur fond de chants d’oiseaux et de «Over the Rainbow»: le résultat est doux-amer, entre le monde fantastique et la réalité brutale et destructrice. Une proposition à la fois dure et délicate dans laquelle on entre en se laissant toucher.

La pièce suivante, Who Cares, est proposée par Virginie Desroches. Explorant la dichotomie désir-dégoût à travers un duo, la chorégraphe propose une pièce engagée physiquement. La thématique est traitée de manière un peu attendue, mais convaincante. Dans une ambiance sonore très nerveuse créée par le groupe Quétzal Snåkes, deux corps s’attirent et se repoussent, se cherchent, se mesurent l’un à l’autre, se fuient, s’entrechoquent. La tension est palpable. Portée par une interprétation tout en nuance, Who Cares est une pièce à la fois physique et sensible.

La soirée est clôturée par une proposition du Collectif ephfem, Movement in Serra – 3rd movement, durant laquelle les spectateurs sont invités à faire cercle autour de six danseuses, brouillant l’habituel face à face avec le public. Le point de départ de cette création est une citation de Richard Serra, artiste contemporain, qui parle de jeu et d’expérimentation dans le processus créatif, occasionné dans son cas par une série de verbes d’action. La piste est intéressante, mais la proposition dansée prend son sujet au pied de la lettre: elle semble vouloir recréer mot pour mot ce dont parle l’artiste et l’invoquer elle-même. Le résultat est à la fois démonstratif et trop premier degré pour lui rendre justice.

Bilan de la soirée

Avec une fois encore un parti pris pour la diversité, Tangente nous offre pour le début de sa saison une soirée intéressante dans son hétérogénéité. Malgré quelques bémols, l’ensemble des créations est très abouti et riche de propositions. Les pièces programmées, variées et assumées, portées par de jeunes talents, sauront piquer votre curiosité tout en restant accessibles. C’est une belle opportunité pour les créateurs en début de carrière de développer et présenter leur travail, et pour les spectateurs de découvrir une nouvelle génération d’artistes en danse.

Le spectacle collectif «Danses Buissonnières/ New Waves 2016» est présentée au Monument-National du 29 septembre au 1er octobre 2016 dès 19h.

L'événement en photos

Par Frédéric Chais et Nathalie Duhaime

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