Fin tragique à l’Opéra de Montréal: «Lucia di Lammermoor» de Gaetano Donizetti | Bible urbaine

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Fin tragique à l’Opéra de Montréal: «Lucia di Lammermoor» de Gaetano Donizetti

Fin tragique à l’Opéra de Montréal: «Lucia di Lammermoor» de Gaetano Donizetti

Doux pour les yeux et les oreilles, malgré quelques choix artistiques douteux

Publié le 13 novembre 2019 par Gabrielle Lebeau

Crédit photo : Yves Renaud

Lucia di Lammermoor du compositeur Gaetano Donizetti fut créé en 1835 au Teatro San Carlo de Naples. Le récit tragique de Lucia est tiré d’un roman de Walter Scott. Cette fois, c’est Michael Cavanagh qui met en scène cet opéra italien pour les spectateurs de la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts: de superbes décors et costumes, un éclairage parfois osé, un orchestre qui accompagne superbement l’action, et surtout, une distribution où le talent est intelligemment partagé avec une Lucia qui joue avec autant d’aise et d’émotion qu’elle chante. Seul hic: les spectres figés dans leur luminescence sont peu convaincants!

Chœur, solistes et fantômes brillent sous les projecteurs

Le premier acte se déroule sur un fond noir, orné d’une pleine lune luminescente. Au fil des scènes sombres, seuls les visages et les costumes bleutés brillent, illuminés par l’astre de la nuit. Le premier tableau est impressionnant: une vingtaine d’hommes envahissent la scène et chantent en chœur.

On nous raconte qu’Edgardo aurait été vu secourant Lucia, alors attaquée par un taureau. Dans le tableau suivant, Enrico, le frère de Lucia, fait vibrer sa voix de baryton. Une scène réunit ensuite la voix soprano et chargée d’émotions de Kathleen Kim (Lucia) et celle, mezzo-soprano, de Florence Bourget (Alisa), qui peine toutefois à atteindre l’oreille et le cœur du spectateur. Doublée d’une gestuelle surjouée, cette performance ne convainc pas.

C’est à la fin de cette scène que survient la première intervention d’un figurant drapé de voiles blancs translucides et brillants sous les projecteurs. Représentant le spectre d’une femme morte noyée, ce fantôme surgit inopinément de la fontaine en surprenant Lucia, qu’il fixe en face à face, avant de se diriger tranquillement en coulisse, côté cour.

Cette étrange apparition aurait pu être intéressante avec un peu plus de créativité, notamment avec un jeu prolongé où les acteurs se frôlent sans le savoir, à la limite entre deux mondes parallèles. Il est surtout étonnant que le fantôme mette fin à son apparition en marchant tout bonnement en coulisse… S’il est bien entré en scène par la fontaine où, aux dires de Lucia, il repose depuis sa noyade, il est insensé, à mon sens, qu’il en sorte par un autre «portail», celui appartenant au monde visible!

Sinon, du côté de la performance vocale, se mariant très bien à la voix de Kathleen (Lucia), celle du ténor Frédéric Antoun (Edgardo) transmet toutefois très peu d’émotion, voire pas du tout, et ce, jusqu’au troisième acte. Alors, la gorge d’Antoun semble s’ouvrir, se donnant tout entière aux spectateurs visiblement touchés par toute sa charge émotionnelle. Tout comme la projection vocale de Frédéric, son costume aurait gagné à être marqué d’un rouge plus brillant, ainsi il se démarquerait davantage du chœur.

La voix de Kathleen, pour sa part, embrase tous les duos, que ce soit lorsqu’elle chante en chœur avec Gregory Dahl (Enrico), ou avec Oleg Tsibulko (Raimondo), dont la voix magnifiquement basse porte en soi une gravité propre au drame.

Mise en scène magique, mais non sans failles

En plus des deux entractes, deux pauses de trois minutes interrompent la lancée des actes. C’est le temps requis pour renouveler le décor: l’éclairage crée une salle de mariage tout en profondeur. Emplissant cet espace, un chœur immense chante en attendant la venue de Lucia. À son arrivée, elle aperçoit de nouveau un fantôme, cette fois justifié: c’est sa mère décédée.

Malgré les faiblesses mentionnées précédemment, quelques moments forts du spectacle demeureront cependant gravés dans les esprits, notamment chaque scène où les voix du chœur impressionnant (plus de dix choristes) s’unissent; également, cet instant qui précède la signature du contrat de mariage – scène qui aurait toutefois pu être encore plus puissante –, qui provoque une chute de soupirs du chœur lorsque la feuille signée est arrachée sous la plume que tient Lucia; de même que ce moment où la voix d’Edgardo, qui tend alors le contrat signé à Lucia, se brise de chagrin; enfin, la scène de folie – un peu longue toutefois – que Kathleen mène admirablement bien du début jusqu’à la finale tragique.

Sauf qu’à la toute fin, l’arrivée des fantômes des morts du récit a provoqué des éclats de rires dans toute la salle… ce qui n’était probablement pas l’effet escompté par le metteur en scène!

Enfin, voilà un spectacle qui mérite tout de même d’être vu par les grands amateurs d’opéras, pour les grandes voix qu’il met de l’avant, en particulier celles de Kathleen Kim, Frédéric Antoun et Oleg Tsibulko. C’est un spectacle doux pour les yeux et les oreilles, notamment grâce à l’orchestre et aux superbes costumes, décors et éclairages.

Il va s’en dire, en définitive, que la présence des fantômes, la durée de chaque acte et le jeu de certains chanteurs pourraient être améliorés pour notre plus grand plaisir.

L'opéra «Lucia di Lammermoor» en images

Par Yves Renaud

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