Le concert en 3D de Kraftwerk au Métropolis de Montréal | Bible urbaine

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Le concert en 3D de Kraftwerk au Métropolis de Montréal

Le concert en 3D de Kraftwerk au Métropolis de Montréal

De la musique électronique, des animations épileptiques et une rencontre du troisième type

Publié le 31 mars 2014 par Emmy Côté

Crédit photo : www.facebook.com/KraftwerkOfficial

C’est hier soir que Kraftwerk atterrissait au Métropolis de Montréal pour deux concerts époustouflants en 3D. La première représentation avait lieu à 18h30 et l’auditoire montréalais s’était pointé le nez aux portes de bonne heure afin de profiter des meilleures vues pour le spectacle. La bande d’automates allemande menée par Ralf Hütter, a réussi à éblouir, tant au point de vue sonore que visuel, la salle comble et fébrile.

Le public n’ignorait pas sa chance d’assister au concert 3D de ce groupe pionnier de la musique industrielle allemande en ce dimanche de fin mars encore tout blanc. D’ailleurs, aussitôt que des notes électroniques se sont  échappées dans la salle, avant même l’arrivée des membres de la formation sur scène, le Métropolis se saisissait de sa paire de lunettes blanche au look moderne qu’on lui avait remise à l’entrée. Il adaptait sa vision, ne souhaitant rien manquer du spectacle haut en sonorités et en couleurs qui allait débuter, et en moins de deux, l’assistance complète semblait s’être transformée en une armée de Man-Machine. Le public était prêt à recevoir la pop robotique et les animations flamboyantes et épileptiques de la «Station puissante» (Kraftwerk en français).

Ralf Hutter, Fritz Hilpert, Henning Schmitz et Falk Grieffenhagen sont apparus l’instant d’après, chacun vêtu d’un costume noir luisant quadrillé de lignes blanches. Ils se sont installés debout, comme des piquets, derrière leur machine électronique lumineuse. Ces machines allaient par ailleurs devenir de véritables caméléons pendant le concert, changeant de couleur à chaque chanson, pour mieux se fondre avec l’animation 3D qui jouait derrière en simultané.

C’est «The Robots» qui s’est imposé en tout premier lieu. Sur l’écran, les membres du groupe originaire de Düsseldorf tels des automates se détachaient d’un fond de couleur rouge sang, comme sur la pochette de l’album The Man-Machine (1978). L’animation rendait justice aux paroles machinales de ce titre métallique et impénétrable: «We are dancing mechanik / We are the robots». Les géants de l’électronique ont ensuite opté pour un titre de circonstance en interprétant «Metropolis», tandis qu’une chaîne de gratte-ciel aux lignes pures et simples, de tonalités neutres et d’un concept ultramoderne, se construisaient et bougeaient derrière eux. Nos tympans étaient au garde-à-vous, les arrangements sonores résonnaient nec plus ultra dans la salle de spectacle.

Kraftwerk a poursuivi avec les chansons fortes de l’album Computer World (1981), commençant par «Numbers», qui a réveillé la foule hypnotisée, trop attentive. Les chiffres en vert, de 1 jusqu’à 8, tournant à vive allure et sans cesse sur le fond noir, affolaient nos yeux, qui ne pouvaient s’en détacher. Puis la chanson «It’s More Fun to Compute», suivant le single «Computer World», a énormément plu avec ses sonorités qui se répondaient comme dans un jeu de Mortal Kombat. «Computer Love» a aussi été soutenue efficacement par des bandes passantes de toutes les couleurs, roses, bleues et jaunes, archi stimulantes visuellement.

Lorsque «The Man-Machine» a commencé, la rumeur de la foule a monté d’un cran, celle-ci applaudissant et sifflant (déjà) de satisfaction. L’animation de formes géométriques arrachait un sourire aux amateurs d’art, en rappelant notamment tous les Malevitch, Rodtchenko et Mondrian. On pouvait lire des mots dans la langue de Goethe; ils flottaient dans le vide, on tentait de les déchiffrer, mais on n’en comprenait rien. «Spacelab» a fait réagir la foule avec sa finale surprenante, un beau clin d’œil: une soucoupe volante atterrissait au Métropolis de Montréal le 30 mars 2014. Kraftwerk a enfin joué la très attendue «The Model», ce mémorable succès qu’on retrouve sur le même album (The Man-Machine).

«Autobahn», le premier hit dans l’histoire de Kraftwerk, a d’abord conquis la foule, mais la performance s’étirant quelque peu, plusieurs adeptes ont décroché quelques minutes avant la fin. Ce sont ensuite les différentes versions de «Tour de France» qui ont réanimé les troupes. «Radioactivity», ce dynamique hommage aux victimes de Tschernobyl, Harrisburg, Sellafield et Hiroshima, a eu plus d’incidence encore et s’est avérée le clou de la soirée. L’enchaînement de «Trans Europe Express», «Metal on Metal» et «Abzug» a été livré aussi de remarquable façon. Le concert s’est terminé avec «Music Non Stop» et Kraftwerk est revenu pour un rappel avec l’affirmée «Aero Dynamik», entre autres.

Le concert offrait une belle rétrospective de la carrière de Kraftwerk. On ne pouvait que se réjouir des choix musicaux présentés. Puis c’est sans compter qu’on profitait d’une occasion unique d’assister au concert de ce fabuleux et ingénieux quatuor qui a exercé une ascendance notoire sur nombre de musiciens depuis la fin des années 1970. Sans Kraftwerk, l’électro ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui.

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