«L'entrevue éclair avec...» Mickaël Spinnhirny, initiateur du projet collectif «La question des fleurs» | Bible urbaine

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«L’entrevue éclair avec…» Mickaël Spinnhirny, initiateur du projet collectif «La question des fleurs»

«L’entrevue éclair avec…» Mickaël Spinnhirny, initiateur du projet collectif «La question des fleurs»

Créer ensemble, à distance, pour innover dans la création

Publié le 18 juin 2020 par Olivia Gomez

Crédit photo : Sylvie-Ann Paré © Agence Mickaël Spinnhirny

Dans le cadre de « L’entrevue éclair avec… », Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur sa personne, sur son parcours professionnel, ses inspirations, et bien sûr l’œuvre qu’il révèle au grand public. Aujourd’hui, nous vous présentons Mickaël Spinnhirny, initiateur du projet de création collective La question des fleurs et co-directeur de l’Agence Mickaël Spinnhirny, qui se spécialise en communications numériques, stratégie, planification, promotion de spectacles et gestion d’organismes culturels.

Mickaël, d’où t’est venue l’idée de mettre sur pied le projet de création collective La question des fleurs dans une période où les arts vivants sont actuellement mis sur Pause? Parle-nous des sujets qui y sont présentés et abordés à travers cette œuvre?

«La crise nous a permis de voir que les outils numériques peuvent servir à la création, mais créer en confinement ne veut pas dire que les œuvres doivent être dédiées uniquement au Web. Les arts vivants sont appelés à innover dans le contexte actuel difficile, mais transformer son art en format virtuel n’est pas la réponse à tout.»

«Avec mon associée Lydie Revez, nous avons imaginé La question des fleurs comme un spectacle de relance conçu pour la scène: il sera prêt quand les diffuseurs pourront rouvrir les salles et les scènes aux spectateurs.»

Photo: Bobby León

 

«Dans l’optique de faire vivre les arts de la scène comme nous les connaissons et nous les aimons, c’est-à-dire en salle, en direct et devant public, l’Agence a proposé aux chorégraphes Andrea Peña, Christophe Garcia, Dominique Porte et Ismaël Mouaraki de créer un spectacle en quatre tableaux, unis par le thème et les interprètes. La question des fleurs se veut un hommage aux interprètes en danse, brusquement coupés de ce qui les fait vivre et vibrer.»

«Il est si rare de voir deux interprètes s’approprier, dans une unique œuvre, quatre langages chorégraphiques distincts. Travailler avec un couple sera une première pour les chorégraphes, que cette configuration inspire tout particulièrement. La question des fleurs explore le rapport de l’intimité, l’amour, le contact humain, le toucher si tabou en ces temps troubles et troublants, pour faire évader les sens et se réapproprier la liberté.»

Peux-tu nous en dire davantage sur le processus de création de La question des fleurs? On serait curieux de savoir comment vous avez choisi vos chorégraphes et vos danseurs, quelle musique vous avez adoptée et… la signification du titre aussi!

«Ce projet est avant tout une aventure humaine! Pour les interprètes, le choix de collaborer avec Daphnée Laurendeau et Danny Morissette vient d’abord d’une histoire d’amitié de longue date entre Daphnée et moi. Nous nous sommes suivis, depuis nos études à l’École supérieure de ballet du Québec pour danser plus de 10 ans ensemble.»

«Daphnée et Danny ont décidé, en février dernier, de se lancer dans une carrière pigiste. Pour eux, ce projet, c’est la chance de rencontrer quatre chorégraphes en une fois. Mais au-delà de tout ça, tous deux sont des danseurs virtuoses aux capacités physiques exceptionnelles; ils sont très polyvalents. Du côté des chorégraphes, nous voulions quatre univers chorégraphiques différents et complémentaires.»

«Concernant le titre, lors de nos premiers échanges, les chorégraphes ont réalisé qu’ils n’auraient peut-être pas pensé à travailler avec un couple de danseurs si la situation actuelle ne les y avait forcés. Il y a tant à explorer! Christophe Garcia a notamment mentionné qu’un geste simple avait disparu ces derniers temps: celui d’offrir des fleurs. Et cette tradition est d’autant plus forte dans le monde de la danse où l’on jette des fleurs aux artistes à la fin des représentations. De son côté, Andrea Peña, elle, n’aime pas recevoir des fleurs, car elle trouve que cela est beaucoup trop enraciné dans une idée de la féminité.»

«De nombreuses questions ont alors émergé: peut-on accepter le geste dans sa simplicité au-delà de l’objet qui est offert? Mais dans cette simplicité, le conflit peut exister: quelle idée a-t-on de la personne qui offre? Et de celle à qui on offre? Y a-t-il une question d’interprétation? Est-on plus à l’aise à offrir ou à recevoir? Cette histoire de fleurs posait tant de questions que le titre est apparu. La question des fleurs… Qui pose la question? À qui? Dans quel contexte? Et si on pose la question, c’est qu’il y a un problème. Si la question des fleurs est un problème, de quelle nature est le problème? Est-ce une énigme, une enquête, un danger, une complication? La question des fleurs est-elle entre nos deux interprètes? Ces fleurs les ramèneront-ils à leur relation personnelle?»

«Concernant la création, tous les choix artistiques sont pris par les chorégraphes, y compris dans l’assemblage final du spectacle. Cependant, nous restons très présents dans le soutien aux créateurs, c’est après tout notre mission première et notre raison d’être à l’Agence. Les chorégraphes ont carte blanche pour créer, nous n’intervenons en aucun cas dans la création, simplement parce que ça n’est pas notre place. Notre engagement se limite à la logistique, à la production et à la documentation de ce processus de création si singulier, grâce au journal de création qui soutient la diffusion et les activités de médiation culturelle. Ce sont les artistes qui vont choisir, ensemble, les concepteurs (musique, éclairages, costumes).»

Avec les règles imposées en matière de distanciation sociale, penses-tu que vos chorégraphes pourraient se sentir limités à travers leur démarche artistique? On aimerait surtout savoir si l’absence de contact physique aura des répercussions quant au résultat final de votre projet?

«Créer ensemble, à distance, c’est également la possibilité d’innover dans la création, de vivre un processus que ni les chorégraphes ni les danseurs n’ont jamais vécu auparavant. Et créer ensemble semble n’avoir jamais été aussi facile! Ce que nous sommes parvenus à faire en trois semaines pourrait prendre jusqu’à un an en temps normal.»

Photo: Bobby León

Et quel est ton engagement envers cette création? Te considères-tu comme étant l’un des chorégraphes et-ou chef d’orchestre de La question des fleurs? Parle-nous de ta motivation à faire vivre un projet comme celui-ci.

«Cette méthode de travail est une grande première pour tous les participants, qu’il s’agisse des danseurs, des chorégraphes ou de l’équipe administrative! Nous avions, depuis plusieurs années, déjà le rêve de monter un projet collectif, qui réunirait les talents des chorégraphes que nous avons la chance de représenter. Nous l’envisagions plutôt dans un horizon d’un an, peut-être deux; et finalement, la pandémie a réduit les échéances et nous a donné le courage de mettre notre projet en marche, celui de concevoir un espace pour que les artistes puissent créer, de proposer une alternative aux diffuseurs afin qu’ils maintiennent leur lien si précieux avec les publics, et de participer à ce que les arts du spectacle continuent de vivre.»

«Plus que jamais, ma motivation est de défendre nos artistes pour les faire connaître au grand nombre.»

«Cette expérience de création collective et ce processus d’échanges intimes et enrichissants représentent de véritables apprentissages, tant pour les artistes que pour l’équipe, car nous nous plongeons dans le monde de l’autre. Voir les artistes créer nous permet d’être mieux outillés pour les accompagner dans le développement de leurs compagnies et de leurs carrières, au-delà de cette création.»

En tant qu’ancien danseur professionnel et fondateur de l’agence Mickaël Spinnhirny, vis-tu présentement une préoccupation face à l’évolution des arts vivants à l’ère de la COVID-19, où les salles sont fermées et… que le futur reste tout de même flou et incertain?

«Le monde du spectacle est particulièrement bouleversé en ce moment. Nous faisons face à une situation complexe, tant pour les professionnels du milieu, les artistes, que les diffuseurs, et c’est pourquoi je choisis de l’aborder de la manière la plus positive et la plus constructive possible. En ces temps difficiles, notre milieu va devoir se serrer les coudes. Pour passer à travers cette crise, la danse devra être guidée par des valeurs d’ouverture et de partage. Un milieu solidaire, plus empathique et moins compétitif.»

«Pour terminer, bien que je salue le soutien important des gouvernements, il est essentiel de ne pas oublier tous les talents de notre secteur tant au niveau des interprètes, des créateurs, des techniciens et tous les corps de métiers qui permettent à la culture québécoise de rayonner.»

Pour lire nos précédents articles «L’entrevue éclair avec», et faire le plein de découvertes, consultez le www.labibleurbaine.com/nos-series/lentrevue-eclair-avec.

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