«L'entrevue éclair avec...» Morgane Le Tiec, danseuse et chorégraphe | Bible urbaine

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«L’entrevue éclair avec…» Morgane Le Tiec, danseuse et chorégraphe

«L’entrevue éclair avec…» Morgane Le Tiec, danseuse et chorégraphe

...Et initiatrice du projet de balado «L’envers des corps»!

Publié le 9 juin 2020 par Olivia Gomez

Crédit photo : Clémentine Schindler

Dans le cadre de «L’entrevue éclair avec…», Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur sa personne, son parcours professionnel, ses inspirations et, bien sûr, l’œuvre qu’il révèle au grand public. Aujourd'hui, nous vous présentons Morgane Le Tiec, chorégraphe et danseuse professionnelle, qui a lancé récemment L'envers des corps, un tout nouveau projet de balados visant à permettre aux artistes de la danse de s’exprimer pleinement et de partager leurs réflexions sur le métier.

Morgane, comment est née l’idée de produire et de présenter sur les réseaux sociaux un balado sur la danse? Raconte-nous la genèse de ton projet et dans quel but il a été créé, et parle-nous aussi de la signification de son titre, L’envers des corps!

«L’idée m’est venue lors d’une conversation avec ma grande soeur Audrey qui est une grande fan de balados. Je lui racontais mon sentiment que nous, danseurs-interprètes, avions un besoin criant de nous exprimer non seulement par le corps, mais aussi par la parole. Suite à cette discussion, j’ai donc décidé de créer un balado pour permettre aux artistes de s’exprimer pleinement et sans réserve, de partager leurs réflexions sur le métier, et de pouvoir véhiculer leurs idées et leurs désirs. Je voulais également faire parler les jeunes qui sont assez peu représentés dans ce monde, mais qui ont plein d’idées, de projections et d’envies. Le balado est une plateforme idéale pour cela!»

«Et pourquoi L’envers des corps? Eh bien, en fait, c’est un jeu de mots avec l’envers des décors. D’une certaine manière, l’auditeur peut découvrir une autre facette de ce qui définit un danseur, non plus seulement par son corps, mais aussi par sa pensée et ses mots. Que se passe-t-il derrière cette corporalité? Les danseurs se remettent en question et philosophent beaucoup!»

Tu as commencé la danse à l’âge de 5 ans au Conservatoire de Saint Maur et ensuite tu as poursuivi tes études à l’École de l’Opéra de paris. Tu as intégré le Conservatoire National Supérieur de Danse de Paris où tu sors diplômée. Tu as travaillé avec des compagnies comme La La La Human Steps, les Ballets Jazz de Montréal, Compagnie Marie Chouinard et le Cirque du Soleil.

«Haha! C’est drôle de voir tous ces noms de compagnies rassemblés d’un seul bloc! Oui, en effet, j’ai eu une carrière assez éclectique, car j’ai commencé par la danse classique pure et dure pour, petit à petit, évoluer vers du contemporain et, dernièrement, toucher à un genre plus commercial avec le cirque

«J’ai toujours eu la curiosité d’essayer des styles qui me permettaient de m’interroger sur ma vision de la danse. Mais je me rends compte qu’il m’en reste plein d’autres à essayer! Mon balado est un moyen de découvrir plein de nouveaux horizons que je ne connaissais pas et de rencontrer des artistes foisonnants d’idées et de propositions.»

«D’ailleurs, suite à une entrevue avec Ariane Boulet qui oeuvre dans les CHSLD depuis des années, j’ai décidé de faire partie de son projet, à savoir celui d’aller danser dans des résidences pour aînés. Nous avons eu notre première en extérieur la semaine dernière, c’était très émouvant.»

«La danse est toujours en renouvellement permanent et permet une multitude d’approches et de projets. C’est ça qui est excitant et qui me fait avancer.»

On nous dit souvent que la vie d’un danseur peut être parfois difficile, car ce dernier doit souvent affronter la critique, la douleur, la pression et le stress, entre autres. Qu’en penses-tu, toi? Dis-nous quelles sont les qualités requises pour réussir dans ce milieu artistique.

«Oui, c’est vrai que c’est un métier très difficile tant moralement que physiquement. Il faut être prêt à passer au travers de blessures tant physiques que psychologiques pour certains. C’est un métier où les artistes sont très exposés, et jusqu’à récemment, il y avait peu d’accompagnement pour les aider à surmonter certaines difficultés.»

«On apprend sur le tas à résister à la douleur, le stress, les pressions psychologiques. C’est par l’expérience qu’on acquiert tout ça, mais il faut quand même avoir une détermination très forte et une persévérance pour réussir dans ce métier. Les échecs sont nombreux, mais il faut toujours travailler plus fort et avoir la foi aussi.»

«Je pense que ce qui nous fait tenir et avancer, c’est cet amour du métier et ce besoin presque vital de danser. Cependant, nous sommes une génération qui n’est plus prête à tout accepter pour réussir, et nous nous battons pour nos droits et notre intégrité. Le monde de la danse s’organise de plus en plus en ce sens avec le soutien du RQD (Regroupement québécois de la danse), l’UDA (l’Union des artistes) ou même le CRTD (Centre de ressources et transition pour danseur).»

D’après ton expérience du milieu, quels sont les défis et les problématiques que les danseurs, interprètes et chorégraphes vivent dans cette période d’incertitude due à la COVID-19 en ce moment? Vois-tu une lueur d’espoir à l’horizon pour un retour à une vie «presque» normale?

«La pandémie nous a plongés dans une incertitude totale quant à notre métier et à son avenir proche. L’essence de notre art est le rapport au corps, au touché, au contact. Notre art se cultive par le travail et la pratique, principalement en groupe, et nous avons subitement dû arrêter toute activité. Je pense que tout danseur a eu besoin de s’adapter et de revoir son approche personnelle à la danse. Cela a amené de grands questionnements philosophiques.»

«Nous pouvons tout de même nous entraîner ou créer chez nous, mais au bout de quelques mois, cela perd sons sens, surtout si c’est uniquement pour nous-mêmes. Je pense qu’il y aura une transition inconfortable avant un retour à la normale, mais cela va engendrer de magnifiques initiatives. Grâce à la créativité de chacun, nous générons déjà des idées pour pouvoir de nouveau nous réunir et créer en respectant les règles de distanciation sociale.»

«Mais le retour à la normale prendra sûrement beaucoup de temps et sera teinté de cette expérience de vie inédite. Il faudra être très patient, mais l’être humain est ultra adaptable, alors le milieu de l’art sortira de cette pandémie avec de nouvelles ressources.»

Si tu avais carte blanche pour réaliser le projet le plus fou et ambitieux de ta carrière, avec quel.le chorégraphe aimerais tu créer et travailler, et pourquoi?

«Ohhhh! Hum, je crois que je demanderais à la compagnie Peeping Tom, qui est dirigée par les chorégraphes Gabriela Carrizo et Franck Chartier, de m’aider à concevoir un spectacle et de me guider dans ma recherche chorégraphique et scénographique. J’ai eu un coup de foudre pour leur travail qui mélange le théâtre et la danse, ainsi qu’une scénographie imposante et un univers unique presque cinématographique. Pouvoir échanger et entrer dans l’univers et la conception de Gabriela et Franck serait un grand rêve.»

«Ou sinon, danser pour eux, tout simplement, serait déjà un grand honneur!»

Pour découvrir sa série de balados, rendez-vous sur les plateformes Apple Podcasts et Spotify. Bonne écoute!

Et pour lire nos précédents articles «L’entrevue éclair avec», et faire le plein de découvertes, consultez le www.labibleurbaine.com/nos-series/lentrevue-eclair-avec.

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