L'exposition «Thierry Mugler: Couturissime» au Musée des beaux-arts de Montréal | Bible urbaine

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L’exposition «Thierry Mugler: Couturissime» au Musée des beaux-arts de Montréal

L’exposition «Thierry Mugler: Couturissime» au Musée des beaux-arts de Montréal

Présenter la galaxie d’un créateur sans limites

Publié le 12 mars 2019 par David Bigonnesse

Crédit photo : Dominique Issermann, «Jerry Hall». Photo: © Dominique Issermann. Tenue: Thierry Mugler, collection «Les Insectes», haute couture printemps-été 1997.

Travailler avec du latex, des paillettes et du métal. Concevoir une collection, des mises en scène et des vidéos. S’inspirer d’Hollywood, de la science-fiction et du Art déco. Le créateur français Thierry Mugler a fait tout ça et bien plus. L’exposition Thierry Mugler: Couturissime, présentée jusqu’au 8 septembre prochain au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), met en lumière l’univers éclaté d’un homme qui est allé au-delà de la mode. L’équipe muséale a fait de même en allant plus loin que la simple exposition, car le travail scénographique se révèle d’une grande inventivité.

Le jeu de lumières rythmées, qui attire notre attention sur le nom du créateur Thierry Mugler en grosses lettres, nous projette déjà dans l’univers de la mode. On pense tout de suite au fond de la passerelle d’un défilé, marqué par la griffe d’un couturier. Pourtant, nous ne sommes toujours pas rendus dans la première salle dédiée à Thierry Mugler: Couturissime.

Divisée en six actes, l’exposition s’ouvre avec MACBETH & LADY M, l’acte I. C’est dans une première salle sombre que les visiteurs découvrent une partie du travail de l’artiste français: la création de costumes pour le théâtre. Plus précisément pour la présentation de La Tragédie de Macbeth en 1985 par la Comédie-Française. Le costume pour le personnage de la première sorcière, des croquis affichés sur le mur ainsi qu’une installation multimédia de Michel Lemieux (4D Art), ne sont que quelques exemples des éléments nous transportant dans le monde shakespearien. L’éclairage peu présent mais précis donne encore plus de relief aux costumes présentés.

Quelques pas, plus loin, les paillettes qu’arborent d’autres robes de Mugler écarquillent immédiatement nos yeux. Ici, dans cette deuxième salle, il n’y a plus rien de sombre, nous sommes dans l’acte II, STARS & STRASS: LA MODE MISE EN SCÈNE. Photos et vidéos de stars vêtues de ses créations (Diane Dufresne, Cher, David Bowie, etc.), grand écran présentant le clip de la chanson Too Funky de George Michael, réalisé par l’homme de mode; robes éclatées et éclatantes, Mugler embrasse le monde du spectacle et de la célébrité avec fougue.

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Patrice Stable, Emma Sjöberg lors du tournage du vidéoclip de la chanson « Too Funky » de George Michael, Paris, 1992, réalisé par Thierry Mugler. Photo: © Patrice Stable. Tenue: Thierry Mugler, collection Les Cow-boys, prêt-à-porter printemps-été 1992.

Le chemin se poursuit dans ce qui s’apparente à un walk-in, avec ses créations présentées dans un immense espace de rangement fixé au mur. À notre gauche, une ligne du temps parcourt tout le long du mur, retraçant les moments marquants de la vie de ce créateur né à Strasbourg, en France, jusqu’à aujourd’hui. Bémol, il est malheureusement moins évident de trouver dans cette pièce les références des vêtements exposés.

Comme le monde de la mode est intimement lié à celui de la photographie, l’acte III nous fait connaître l’immense intérêt de l’artiste pour la photo de mode. Sa collaboration avec le réputé Helmut Newton s’affiche dans cette salle DANS L’OEIL DU PHOTOGRAPHE: NEWTON ET AL., séparée en noir d’un côté, en blanc de l’autre. Au centre, des robes de collections prêt-à-porter dévoilent un style un peu plus classique, mais privilégiant tout de même la forme anguleuse des vêtements.

Dans la pièce nommée BELLE DE JOUR & BELLE DE NUIT, le noir et blanc se poursuit, mais les paillettes figurent en plus sur les créations. L’excentricité revient aussi et les corps sont plus dénudés. Mugler amène le latex et d’autres références issues du fétichisme dans la mode. Les cristaux composant les cinq magnifiques lustres suspendus au plafond, réalisés par Tord Boontje, rappellent les matériaux utilisés par le designer dans ses œuvres vestimentaires. Encore ici, une parfaite adéquation entre le fond et la forme.

Un tout autre univers s’offre aux visiteurs dans la salle MÉTAMORPHOSES: LE BESTIAIRE FANTASTIQUE, avant-dernier acte. Il s’agit d’une véritable plongée sous l’eau grâce à l’installation visuelle immersive conçue par Rodeo FX. Des poissons longent virtuellement les murs et on constate toute l’influence de la faune dans les créations de Mugler. On retrouve de fausses textures reptiliennes, des morceaux évoquant les écailles ainsi que des extensions ajoutées aux vêtements, jouant du même coup avec la corporéité de celles qui les habitent. Une collection datant de 1997 se nomme d’ailleurs, tout simplement, Les Insectes!

Yasmin Le Bon

Alan Strutt, Yasmin Le Bon, Palladium, Londres, 1997; Evening Standard Magazine, octobre 1997. Photo: © Alan Strutt. Tenue: Thierry Mugler, collection La Chimère, haute couture automne-hiver 1997-1998.

Thierry Mugler: Couturissime se clôt en coup de maître, tant la scénographie épouse l’appétit du créateur de mode pour le futurisme, la dystopie et le transhumanisme.

Avec un titre comme COUTURE GYNOÏDE & FUTURISTE, la dernière pièce salue l’avant-gardisme de l’homme en exposant des tenues robotisantes, tout droit sorties de la science-fiction. L’artiste allemand Philipp Fürhofer fait éclater la présentation de la collection prêt-à-porter fall/winter 1987-1988 Les Aviateurs avec des néons, des tuyaux et des fils électriques qui jonchent le sol. Il donne une réelle profondeur à la scénographie de cet espace fermé.

En exposant d’une telle manière l’œuvre sculpturale et saillante d’un géant de la mode comme Mugler, le Musée des beaux-arts de Montréal nous fait réaliser, en quittant la dernière salle, que Thierry Mugler: Couturissime est plus qu’une simple exposition.

C’est un véritable tour de force.

Les créations de Thierry Mugler en images

Par Pascal François, David LaChapelle, Christian Gautier, The Helmut Newton Estate et Dominique Issermann

  • L’exposition «Thierry Mugler: Couturissime» au Musée des beaux-arts de Montréal
    Thierry Mugler, costume pour le personnage de la première sorcière. Centre national du costume de scène, D-CF-2234G. Photo: © CNCS Pascal François
  • L’exposition «Thierry Mugler: Couturissime» au Musée des beaux-arts de Montréal
    David LaChapelle, Danie Alexander; London Sunday Times, mai 1998. Photo: © David LaChapelle. Tenue: Thierry Mugler, collection Jeu de Paume, haute couture printemps-été 1998.
  • L’exposition «Thierry Mugler: Couturissime» au Musée des beaux-arts de Montréal
    Christian Gautier, costumes pour les Mugler Follies, 2013. Photo: Christian Gautier / © Manfred Mugler. Tenues: Thierry Mugler.
  • L’exposition «Thierry Mugler: Couturissime» au Musée des beaux-arts de Montréal
    Helmut Newton, Johanna; Vogue (US), novembre 1995. Photo: © The Helmut Newton Estate. Tenue: Thierry Mugler, Collection Anniversaire des 20 ans, prêt-à-porter automne-hiver 1995-1996.
  • L’exposition «Thierry Mugler: Couturissime» au Musée des beaux-arts de Montréal
    Helmut Newton, Jerry Hall et Thierry Mugler, Paris, 1996. Photo: © The Helmut Newton Estate.
  • L’exposition «Thierry Mugler: Couturissime» au Musée des beaux-arts de Montréal
    Dominique Issermann, «Jerry Hall». Photo: © Dominique Issermann. Tenue: Thierry Mugler, collection «Les Insectes», haute couture printemps-été 1997.

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