«Mezzanine XXI»: attaque massive de son, de lumière et de lucidité | Bible urbaine

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«Mezzanine XXI»: attaque massive de son, de lumière et de lucidité

«Mezzanine XXI»: attaque massive de son, de lumière et de lucidité

Ou pourquoi vous deviez absolument être au spectacle de Massive Attack!

Publié le 15 septembre 2019 par Myriam Majeau

Crédit photo : Tous droits réservés

La tournée nord-américaine de Massive Attack s'est arrêtée à Montréal en ce samedi 14 septembre, après plusieurs mois d'attente et de mécontentement. C’est que les fans ont dû s’armer de patience, vu le report du concert prévu à l'origine en mars à la Place des Arts. Hier soir, dans l'amphithéâtre du Centre Bell, la grogne était oubliée, et tout autour de moi, je sentais que l'excitation était à son comble. Avec cette récente tournée, le groupe mythique m’a fait revivre l'intégralité de l’album Mezzanine, paru il y a de cela vingt et un ans. Récit de ma soirée passée aux côtés des membres Robert Del Naja, Grant Marshall, Horace Andy ainsi qu'Elizabeth Fraser des Cocteau Twins.

Pour la vue: ce que tes yeux contemplent restera à jamais gravé dans ta mémoire

Les artistes, vêtus sobrement de noir, apparaissent devant nous à 20 h 50, acclamés depuis cinquante bonnes minutes par une foule impatiente de vivre un moment qu’elle considère déjà comme historique. Sans plus attendre, les écrans géants, couvrant l’entièreté de la scène, s’allument et ne s’éteindront que pour la fin du concert, quatre-vingt-dix minutes plus tard. Le public, subjugué, se tait, hypnotisé qu’il est par l’écran blanc qui lui martèle le cerveau de ses flashs lumineux stroboscopiques.

Cette mise en scène initiale met la table pour des projections hors du commun, créées en collaboration avec Robert Del Naja, Mario Klingemann et Adam Curtis. Nous nous retrouvons bombardés d’un flot d’images à la seconde, ce qui engendre un plongeon profond et douloureux dans une réflexion sur notre monde.

Robert Del Naja de Massive Attack / Getty Images.

Je suis encore marquée à vif par les images de guerres, de corps et de familles en deuil. Mais je me questionne aussi sur différents sujets tels que la consommation excessive, la production massive, et la destruction volontaire de notre planète. Pendant «Dissolved Girl», on joue avec notre discernement du vrai et du faux, alors qu’une vidéo tirée de YouTube nous montre une jeune femme chantant ce succès à la perfection.

Plusieurs spectateurs croient fermement à une performance live, mais la femme arrête de chanter à l’écran, et la chanson continue… directement sur la scène! (On m’a bien bernée… je l’avoue!) On y critique aussi brillamment l’individualisme et l’hyperindividualisme par une surabondance de selfies d’internautes plaqués les uns sur les autres.

Il faut souligner l’utilisation de messages, majoritairement en français, qui, savamment agencés aux images projetées, créent un tout cohérent et directif. Des phrases telles que «On a cru que les données allaient nous libérer» donnent le ton à un argumentaire controversé sur l’accumulation de données par les géants du web. Le contrôle de masse est ainsi dénoncé.

Pendant la très attendue «Inertia Creeps», une liste de médicaments est projetée, conjointement avec des images déformées et floues, critiquant une société endormie au jugement éteint.

Cet alliage éblouissant de projections m’a fait oublier durant un instant que des musiciens étaient sur scène. J’aurais aimé apercevoir les membres du groupe mythique en action. Malheureusement, ils étaient effacés par les jeux de lumière quelquefois trop puissants, et bien trop souvent tapis dans l’ombre…

Pour l’ouïe: ce que tu écoutes aujourd’hui forge ce que tu deviendras demain

Avril 1998 marque au fer rouge l’histoire du groupe, originaire de la ville de Bristol, puisque cet album signe un tournant important dans leur style musical, les ancrant parfaitement dans le courant trip hop.

De ce fait, la tournée Mezzanine XXI est, pour Massive Attack, l’occasion de rendre hommage aux personnalités musicales qui ont influencé le contenu et le genre de cet album légendaire. En effet, les premières notes hypnotiques que j’entends en ouverture sont celles de «I Found a Reason» des Velvet Underground.

Par la suite, le groupe s’attaque à The Cure en nous livrant un «10:15 Saturday Night» parfaitement fidèle à la performance post-punk de Robert Smith. Le public a également eu droit à «Where Have All the Flowers Gone?» de Pete Seeger, à un dynamique «Rockwrok» d’Ultravox, et même à «Level» d’Avicii.

J’ai particulièrement apprécié, au milieu du concert, la reprise de la chanson «See a Man’s Face» de Horace Andy, par nul autre que lui-même. L’ambiance reggae a adouci, pour un moment, la tonalité oppressante du concert. Sauf que ma favorite reste «Bela Lugosi’s Dead» de Bauhaus. Les sons de basse et les bombardements d’images teintées d’un vert horrifique m’ont littéralement clouée sur place!

Évidemment, la foule était présente pour entendre et pour vivre l’atmosphère planante, sombre et envoûtante de Mezzanine. Le disque, en version intégrale, a percuté nos oreilles. «Angel» était LE titre attendu par la majorité, soulevant la foule d’enthousiasme dès les premières notes.

Le son a dû être ajusté en cours de route, pendant «Black Milk», interprétée par Fraser, puisque les voix étaient enterrées sous les airs de basse. Hormis cela, j’ai ressenti une petite déception, car l’album a été joué dans le désordre et entrecoupé des succès ayant influencé sa création. L’ambiance particulière que crée la lecture des pistes dans l’ordre original est, selon moi, ce qui fait que ce disque est aussi unique en son genre aujourd’hui.

Malgré quelques petits bémols, je me couche ce soir avec une multitude d’images inquiétantes en tête et avec une surabondance de messages à analyser et à digérer lentement pendant mon sommeil. Mais cette surcharge mentale, je l’assume, car j’ai vécu l’expérience Massive Attack! J’ai vécu l’atmosphère oppressante de la tournée Mezzanine XXI.

Je fais partie de ces quelques milliers de personnes qui ont pu littéralement contempler l’histoire de ce disque marquant et entrer généreusement, et de façon privilégiée, dans l’univers particulier de ces grands créateurs britanniques.

La tournée «Mezzanine XXI» en images

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    STRADBALLY, IRELAND - SEPTEMBER 1: Robert Del Naja of Massive Attack performs at Electric Picnic 2018 at Stradbally Hall Estate on September 1, 2018 in Stadbally, County Laois, Ireland. (Photo by Debbie Hickey/Getty Images)
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L'avis


de la rédaction

Grille des chansons

1. I Found a Reason (reprise de Velvet Underground)

2. Risingson

3. 10:15 Saturday Night (reprise de The Cure)

4. Man Next Door (avec Horace Andy)

5. Black Milk (avec Elizabeth Fraser)

6. Mezzanine

7. Bela Lugosi's Dead (reprise de Bauhaus)

8. Exchange

9. See a Man's Face (reprise de Horace Andy cover) (avecHorace Andy)

10. Dissolved Girl

11. Where Have All the Flowers Gone? (reprise de Pete Seeger cover) (avec Elizabeth Fraser)

12. Inertia Creeps

13. Rockwrok (reprise d'Ultravox)

14. Angel (avec Horace Andy)

15. Teardrop (avec Elizabeth Fraser)

16. Level (reprise d'Avicii)

17. Group Four (avec Elizabeth Fraser)

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